Clotilde Rousseau « Il y a aujourd’hui différentes manières de s’engager »

Peux-tu-te décrire à Combat ?

Clotilde : Née à Lyon en 1991 et venue à Paris pour mes études (Sciences Po Paris, HEC), je travaille maintenant dans une startup d’ad-tech (Advertising Technology). J’aime bien la musique, voyager, l’égalité homme-femme et Netflix.

Pourquoi après ton parcours académique avoir préféré une start-up à une grande entreprise ? Ce choix s’inscrit-il selon toi dans une volonté de suivre une mutation plus générale du monde du travail telle que définie par E.Macron dans Révolution où « l’entreprise n’[est] plus le travail de toute une vie sous le régime du contrat à durée indéterminée« et où « on change de plus en plus d’entreprise, de secteur et de statut » ?

Clotilde : Auparavant j’ai effectué un stage chez Morgan Stanley. Je me sentais interchangeable et donc peu utile, tout cela au sein d’une hiérarchie très cadrée où il est difficile de trouver sa place. Certes, le stage comportait ses avantages : une bonne logistique, un salaire assez élevé, des facilités à se créer un réseau professionnel… Mais j’ai été plus attirée par la start-up où l’environnement est moins formel, et où je me sens plus investi sur les projets que je porte (même si j’y suis arrivée 100% par hasard). A terme, je me vois bien monter la mienne.

Quand j’en parle autour de moi, au final, c’est plutôt un parcours très classique pour quelqu’un qui a fait mes études, et représentatif d’une mutation du monde du travail amorcée par la génération Y, qui ne voit pas pourquoi le travail devrait être un fardeau et est moins soumise que les précédentes. Je pense que l’un des enjeux maintenant est de démocratiser ce genre d’opportunités, ce n’est pas encore toute la génération Y !

Je pense que l’un des enjeux maintenant est de démocratiser ce genre d’opportunités, ce n’est pas encore toute la génération Y !

Si les termes « fainéante » (des conférences sont organisés pour comprendre et mieux faire travailler la génération Y), « désintéressée« , « attirée par les extrêmes » sont souvent utilisés par les médias, comment décrirais-tu la jeunesse actuelle ? Es-tu optimiste quant à son futur dans une société en pleine mutation ?

Clotilde : Vivant à Paris et fréquentant un entourage plutôt favorisé, ma vision n’est d’emblée pas objective.  Je suis cependant très optimiste quant au devenir de la génération Y. Nous sommes plus éveillés,et globalement plus ouverts. Les Y sont accusés d’un manque d’engagement politique sur la base des chiffres de participation aux scrutins électoraux, mais je pense qu’il y a aujourd’hui différentes manières de s’engager: abstention ne saurait être synonyme de dépolitisation. En parallèle de l’engagement politique, je vois beaucoup autour de moi des engagements “citoyens” à plus petite échelle, notamment dans les modes de consommations (coopératives, AMAP…)  

Alors qu’A.Finkielkraut fustige sur France Inter les féministes « ces mauvaises joueuses d’un nouveau genre » refusant d’admettre leur supposée victoire, Eugénie Bastié journaliste au Figaro, explique les inégalités salariales par une mauvaise conciliation entre congé maternité et horaires de travail. En tant que jeune femme active, approuves-tu les nouvelles initiatives luttant contre le sexisme au travail comme le testing, le congé menstruel … ou penses-tu que celles-ci relèvent d’une vision punitive et inefficace du féminisme ?

Clotilde : Je n’ai pas vraiment réfléchi à la question des congés menstruels. Si les règles sont invalidantes, pourquoi ne rentrent-elles pas dans le cadre du congé maladie ? Il faut être naïf pour penser qu’une femme réclamera ses congés menstruels dans un environnement de travail masculin. La meilleure solution : flexibiliser. En Angleterre on peut travailler jusqu’à la fin de la grossesse et prendre l’ensemble du congé maternité après. En France, les femmes sont infantilisées : on sait mieux qu’elles quand elles ne sont plus aptes à travailler. Cette “protection” est liberticide.

Le testing est une bonne idée pour mettre en lumière les inégalités de recrutement. Je doute cependant de sa capacité à changer les mentalités. Souvent l’équipe a une idée assez précise du profil à recruter et inconsciemment prévoit plutôt un homme pour les postes à responsabilités. La femme ambitieuse est perçue comme opportuniste, masculine et autoritaire. Sheryl Sandberg l’explique très bien dans En avant toutes : les femmes, le travail et le pouvoir.

Il faut être naïf pour penser qu’une femme réclamera ses congés menstruels dans un environnement de travail masculin

Te sens-tu victime du sexisme ?

Clotilde : Au travail, j’ai installé, à l’origine plutôt comme une blague, une tirelire censée se remplir à chaque blague sexiste mais elle demeure vide sans que le registre des plaisanteries ait évolué – au final je ne suis pas sûre que le sujet soit vraiment pris au sérieux.

Le harcèlement de rue n’a rien de la psychose collective. Lorsque j’ai commencé mes études supérieures à Sciences Po, certains de mes cours se terminaient tard et j’ai découvert les joies du métro de nuit. Il y a beaucoup d’insultes à laquelle on ne sait pas quoi répliquer. Lorsqu’un homme se colle pour passer au tourniquet, nous devrions aussi agir, rappeler au moins l’indécence de ce genre d’attitude. Mais souvent nous y renonçons par peur ou lassitude. Nous ne devrions pas mais nous laissons faire. Dans le débat public, le harcèlement de rue ne semble exister que pour les féministes alors que l’école devrait l’aborder pour l’éliminer

Comment vis-tu tes idées féministes au quotidien ?

Clotilde : Mon copain et moi partageons les tâches ! C’est un premier pan apparemment trivial mais concrètement loin d’être atteint dans tous les couples : mon père n’a appris à se débrouiller qu’après le divorce. Je m’intéresse aussi  à plusieurs associations féministes, sans avoir encore sauté le pas d’en rejoindre une particulièrement.

J’apprécie spécialement le travail de celles qui interviennent dans les établissements scolaires pour lutter contre l’orientation genrée. Au vu du nombre de femmes développeuses, le combat est toujours d’actualité.

On sait que l’électeur ne met pas tous les thèmes des programmes politiques à poids égal dans son choix final. Gilles Boyer (ex trésorier de la campagne LR de F.Fillon) qualifiait d’”impressionniste” le jugement porté sur un candidat. Chez toi, quelles thématiques sont décisives ?

Le sexisme est rédhibitoire. Je n’ai pas du tout apprécié d’entendre le candidat Fillon parler de “libérer les femmes tôt pour qu’elles puissent aller chercher leurs enfants à l’école”. Je pense que je suis plutôt libérale dans tous les sens du terme et je regrette le manque de candidats sur ce crédo : beaucoup de courants surtout à droite restent très interventionnistes, notamment sur le plan social ! Je suis très attentive aux programmes économique, social et à l’éducation qui façonne la génération future.

Beaucoup de courants surtout à droite restent très interventionnistes, notamment sur le plan social !

Jeune du mois, nous te laissons la parole, as-tu un dernier message à faire passer ?
Clotilde : je crois que je n’ai rien à ajouter 🙂

Merci à Clotilde Rousseau de s’être prêtée à l’interview

Propos recueillis par : Mariane Woodward

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