Les piliers fondateurs [Epix & Combat]

ATTENTION : cette tribune a été écrite à deux mains entre  Jérôme Ruchou, fondateur d’Epix et moi-même en tant que Présidente de Combat. Saurez vous retrouver qui est qui ?

Vaste péril qu’est l’exercice de la Tribune : étant amateur de brèves et de synthèses concises pour expliquer rapidement des idées, cela me donne l’impression d’être mis à nu car le travail est exigeant. Donner à écrire une tribune, c’est courir le risque de vous dévoiler, dans vos affects les plus subtils comme vos défauts inconscients. Il est évident que je ne suis pas le premier à partir dans des logorrhées verbales sans fin (mais le premier à produire du charabia sans sens, je vous l’accorde). Cependant, on pourrait croire que cela fait partie des pré-requis au regard des éléments que constitue la production d’un journal. il y a tellement à faire, tant de combats à mener et d’étapes à réaliser au coeur du processus de création interne qu’on a vite fait de se perdre. Un journal, c’est l’alliance contre-nature entre l’adaptation aux goûts des autres et la revendication de l’originalité et de la liberté de ton. C’est du moins une opinion tranchée; tout le monde n’est pas spécifiquement de cet avis et choisit d’autres chemins (d’ailleurs, tant mieux).

 

                 Vous pensez qu’il s’agit d’un projet de longue haleine ?  Funfact : C’est le cas.

 

Dans un monde où tout est complémentaire, j’affirme ma méconnaissance du laconisme face au manque de prolixité de mon partenaire. Si le dernier hésite parfois, plume sagement suspendue au-dessus d’une phrase à l’état embryonnaire, la mienne a tendance à filer trop vite, noircissant les pages, encore et encore, jusqu’à ce que l’inspiration s’éteigne et que l’encre supplie qu’on lui offre une pause. Ecrire, tellement plus facile que parler. « Ecrire, notait Jules Renard dans son Journal, c’est une façon de parler sans être interrompu. » Or, quand l’on est jeune, quand le monde tremble à nos pieds, quand nous rêvons d’apporter notre pierre à l’édifice, quand notre voix est sans cesse recouverte par les cris de ceux que l’on dit «plus expérimentés », comment acceptons-nous d’être encore interrompus ? Puisque l’on refuse de nous entendre, nous décidons de parler plus fort qu’eux. Nous faisons ce que Marguerite Duras définissait comme « hurler sans bruit » : nous écrivons. Et parce que la jeunesse a l’avantage de la croyance naïve, de la sensibilité accrue, son cri muet est un déchirement à fleur de peau. Parce qu’elle croit encore pouvoir défier l’ordre établie, elle frappe à coup de jargons embrouillés dans une société qui ne cesse de rouiller. Pour toutes ces raisons, un journal est l’arme la plus périlleuse, et pourtant la plus fructueuse offerte à ce que nous appelons « la génération Y ». Périlleuse, car, comme l’a déjà mentionné le co-auteur de cette tribune, un journal jeune est « une alliance contre-nature », une créature polycéphale, où nous permettons à toutes les passions, quelles qu’elles soient, d’où qu’elles viennent, de se confronter en son sein. Fructueuse, parce qu’aucune autre expérience ne nous permet autant de mûrir, de bâtir un pont solide entre l’adolescence et l’âge adulte : si la maturité absorbe parfois notre naïveté d’enfant, elle conserve nos rêves parfois ingénus.

 

Un journal jeune est certes « un projet de longue haleine », mais la passion reste le souffle qui lui permet d’avancer.

 

Un célèbre peintre et photographe américain du nom de Chuck Close disait : « L’inspiration, c’est pour les amateurs, […] nous nous pointons et nous nous mettons au travail. Et l’idée que les choses viendront de l’acte même, et par le travail, vous ouvrirez des portes et tomberez sur des possibilités que vous n’auriez jamais imaginées si vous étiez juste restés assis à attendre qu’une idée grandiose vienne à vous. » Il me semble que ce genre de citation peut s’appliquer à chaque moment de la vie. Créer, ce n’est pas attendre des heures que l’inspiration vous tombe dessus, c’est se mettre à travailler; que quelque chose d’extraordinaire se produise ou pas. L’essentiel est de rester ouverts à toutes les possibilités qui pourraient arriver. C’est à ce prix-là que l’on peut espérer produire quelque chose, donner un nouveau souffle dans la perception du monde et implicitement, laisser un peu de nous quelque part, comme une bouteille jetée à la mer.

Prendre des décisions et croiser les doigts, tel est le quotidien qui peut attendre chaque personne engagée dans la création. Alors, gardez bien en tête cette maxime de vie délivrée par l’Illustrateur Christoph Niemann (n’importe qui aurait pu donner ce conseil, mais j’ai choisi cet homme; on a les références que l’on mérite) : ne jamais cesser de poser des questions valides.

 

En effet, la curiosité, c’est ce qui vous pousse à rechercher l’ouverture.

Je n’aurais pas grand-chose à ajouter à la tirade de mon partenaire sur le caractère chimérique de « l’inspiration », nom étrangement long de l’excuse que nous secouons sous le nez de nos consciences après une journée de paresse : « Aujourd’hui, je n’ai rien fait pour exister ; il faut dire que je n’étais pas inspiré.e » Comme l’écrivait le grand Jean Anouilh, « l’inspiration est une farce que les poètes ont inventée pour se donner de l’importance. » Nous n’avons pas eu la chance d’être des poètes ; maintes fois nous avons cherché la muse qui avait omis de se pencher au-dessus de nos berceaux. Et, comme elle ne venait toujours pas, il a fallu la créer. Il a fallu réaliser que nous voulions, nous aussi, empêcher le monde de se défaire, lutter, se donner, s’affranchir, exister jusqu’à en mourir. Il y a quelques mois, voire quelques années, nos créations étaient des graines minuscules, visibles uniquement par nos esprits émoustillés, et que nous avons arrosé de nos espoirs, de nos labeurs, de notre travail acharné, jusqu’à rendre un projet visible de tous, et qui ne cesse de grandir, encore et encore. Puisque l’initiative n’attend pas le nombre des années,

 

nous avons fait profit de nos jeunes âges pour prouver que les poètes, aussi grands soient-ils, n’ont pas le monopole de la Création.

 

C’est d’ailleurs très exactement ce que s’est proposé de faire le journal Epix à ses débuts. Même dans son heure la plus sombre, le credo a toujours été de donner une chance de créer quelque chose; faire partie d’un projet plus large et permettre, même au plus réfractaire d’entre nous, de pousser son cri et/ou sa vision du monde. C’est d’ailleurs assez significatif et proche du quart d’heure de célébrité que prévoyait Andy Warhol à l’ère des années 60. “Apporter sa pierre à l’édifice de l’évolution du monde” dans le style bien plus revendicatif de ma partenaire. Aujourd’hui, il me semble que chaque journal suit une sorte de logique intrinsèque : le média est puissant car il incarne la vision de ses fondateurs, mais demeure invincible quand il suit celles d’une équipe toute entière. C’est un passage fragile mais obligé. Nous ne pouvons plus prétendre à être les mêmes qu’à nos débuts et c’est tant mieux. A l’opposition et la divergence des idées s’est rapidement ajoutée une véritable rigueur dans la création, d’un aspect revendicatif, couplé par un engagement plus féroce et enfin ponctuée d’une ambition sans borne. Certains sont partis, d’autres ont pris leur place mais le journal s’est transformé sans cesse grâce à une histoire commune. Alors aujourd’hui, à l’heure où la société a décidé de se complaire dans une forme de bienséance malsaine où la pensée n’est qu’une option, que le choix est facultatif et où la remise en cause des opinions n’est pas obligatoire;

 

j’invite chacun d’entre vous à vous lancer dans la construction de vos rêves et nous rejoindre. 

 

C’est face au constat de ce rejet d’une jeunesse véhémente et créatrice, bousculée mais prête à bousculer davantage, bâillonnée et prête à crier, que le journal Combat est né. Il se voulait alors être la rencontre fracassante des opinions, des origines et des cultures ; des confrontations littéraires, des batailles par les mots et les idées. La neutralité de l’information ne devrait pas être du ressort de la jeunesse. Parce que « la jeunesse est un art » c’est à elle de se placer au cœur du débat, et même de le provoquer. Elle doit se débarrasser de ce carcan qui la pousse à décrire le monde plutôt qu’à le bouleverser, comme une terre stérile, sans vie, sans mouvement. Il faut en finir avec cette exhibition de la « neutralité » de l’écriture comme des sentiments, cette retransmission simple et insipide de l’information comme le ferait un bon article Wikipédia, sous le prétexte faussement didactique que cela permet au jeune lecteur de forger sa propre opinion au travers d’une écriture sans âme. Comme le disait si justement Albert Camus, « un journal est le reflet d’une nation », alors un journal doit être à son image mutante, plurielle, bouleversante, et surtout ambitieuse. Cracher sur la jeunesse, c’est cracher sur l’avenir. Et dès lors que l’on crache sur l’avenir, c’est l’espoir que l’on piétine. Alors oui, la jeunesse n’a pas assez vécu. La jeunesse n’a pas assez appris. La jeunesse n’a pas assez souffert. Elle ne « sait » pas assez. Mais la jeunesse a cette chose splendide que le temps parfois détruit et que seule elle porte ainsi: elle a l’espoir. L’espoir qui, à lui seul, ouvre grandes les portes sur le changement. Elle a l’espoir, et elle a la liberté, et elle a la fraîcheur ; et le cœur à vif, l’oreille pointée, la voix qui la démange. Elle a le temps pour vivre ;

 

laissez-la s’exprimer avant qu’elle ne perde ses plus beaux atouts et que l’avenir lui paraisse aussi sombre que celui que vous voyez à notre place.

 

Lié à ce goût pour le changement et la volonté de bien faire, nous choisissons de parler au pluriel et nous lancer dans une nouvelle collaboration. Soudés par des objectifs communs, nous décidons de rédiger une nouvelle page de notre folle aventure et aller toujours plus loin. Guidés par notre même soif d’aller de l’avant en unissant nos différences et nos ambitions, le partenariat entre Combat et Epix prenait là tout son sens. A partir de ce jour, et après maintes discussions, les deux journaux ont pris la résolution de travailler ensemble afin d’avancer main dans la main. Productions, projets, événements, entraide ; vous serez informés tout au long de l’année de toutes les initiatives que nous ferons entre nos deux équipes.

 

Tribune co-écrite entre Charlotte Meyer et Jérôme Ruchou, respectivement fondateurs des médias jeunes Combat et Epix. 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s