Asli Erdogan et le poids des mots #JIEP1

Souvenons-nous, le 15 juillet 2016, une partie de l’armée prend d’assaut l’aéroport d’Istanbul et s’empare des locaux de la chaine publique TRT pour se déclarer totalement maitres du pays, sans résultat. Une dizaine de milliers de Turcs descendent dans les rues pour soutenir le président Recep Tayyip Erdogan qui retourne la situation en son avantage. Depuis le putsch manqué, les actions de répressions n’en finissent plus en Turquie. Pas un jour ne passe sans que des professeurs et des policiers soient licenciés, des médias fermés, des journalistes arbitrairement emprisonnés. Parmi eux, Asli Erdogan, 50 ans, romancière et journaliste reconnue pour son combat en faveur des droits de l’Homme.

« Personne n’est jamais prêt à la prison. Mais, depuis 4-5 ans, j’avais comme un pressentiment. Mes écrits sur les violations des droits de l’homme et les minorités n’ont jamais plu en Turquie. Mais ce qui m’arrive dépasse la fiction: si j’avais inventé mon arrestation, personne ne m’aurait cru. Imaginez une douzaine de membres des forces spéciales qui débarquent chez moi en plein après-midi! Ils étaient encagoulés, portaient des gilets pare-balles. L’un d’eux a pointé son arme automatique sur moi … »

Le 17 aout 2016, la journaliste est arrêtée et enfermée dans la prison Bakirkoy d’Istambul au même titre que 20 autres membres de la rédaction du quotidien Ozgur Gundem. Les motifs ? Ils appartiendraient à une organisation terroriste et nuiraient à l’unité nationale. Pourtant, le seul véritable tort d’Asli Erdogan serait celui de ne pas se taire, d’oser poser des mots sur ce que le régime autoritaire tend à passer sous silence. En ce jour national des écrivains prisonniers, il paraît impossible de ne pas mettre à l’honneur la carrière de cette femme engagée et dévouée dans sa profession.

Asli Erdogan naît le 8 mars 1967 à Istanbul dans un milieu intellectuel. La chance semble sourire à la petite fille. A 4 ans, elle commence déjà à lire, est décrétée surdouée puis intègre les meilleures écoles. Pourtant, son adolescence est marquée par le contexte historique de l’époque. Ses parents, originaires de Salonique et de Circassie sont détenus et torturés par les régimes turcs issus de putschs dans les années 1980 et 1990. Ces événements la pousse à quitter la physique pour se consacrer à l’écriture. Elle rédige plusieurs livres (L’homme écorce, Le Mandarin miraculeux). La vie en terre étrangère, le défi du danger et l’amour impossible sont ses principaux thèmes. Parallèlement, elle se lance dans la défense des droits de l’Homme, notamment des femmes et des kurdes, populations opprimées par le gouvernement. Elle rédige des chroniques pour le quotidien de gauche Radikal et devient représentante turque du PEN Club international de 1998 à 2000. Son engagement en faveur de la paix lui vaut deux prix, le prix Tucholsky en 2016 et  La paix Erich-Maria-Remarque en 2017.

Des romans, des articles… Mais l’accusation contre Asli Erdogan porte essentiellement sur son rôle de collaboratrice au sein du quotidien pro-kurde Ozgur Gundem. En Turquie, les Kurdes représentent une minorité importante évaluée à 20% de la population. Pourtant, l’Etat turc nie leur existence et opère une répression permanente contre eux. Le conflit s’est intensifié depuis la création du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) en 1978, parti nationaliste prêt à agir par la force armée pour défendre ses droits. Selon le gouvernement, le PKK n’est rien d’autre qu’un mouvement et l’un des acteurs du putsch manqué.
Asli Erdogan le répète : elle n’est pas d’accord avec les actions du PKK. Seulement derrière ces attaques, il y a aussi des hommes, des femmes, des enfants, des individus qui n’ont pas accès aux mêmes droits que d’autres par le simple fait d’être kurdes. La journaliste milite alors pour plus de droits à l’enseignement et encourage la création d’un parti politique légal. Elle dénonce les viols commis par les autorités turques sur les mineures et cette guerre civile qui n’en finit plus.

«Au bout des phrases, des points, des nuits, des années, après avoir traversé histoires et légendes, bravé la vie et la mort, voici qu’est arrivé le second mot. La répétition du premier: guerre» Guerre et Guerre

20161229154504962
Manifestations contre l’arrestation d’Asli Erdogan

Après 4 mois d’emprisonnement, Asli Erdogan a été libérée le 29 décembre 2016 et mise sous contrôle judiciaire dans l’attente de son nouveau procès. La prochaine audience est fixée au 6 mars 2018. Elle risque toujours l’emprisonnement à vie. Plusieurs appels internationaux ont été lancés, notamment par le web magazine français keidstan mais son destin n’en est pas pour autant moins en danger. Les motifs ? Elle serait coupable d’avoir exercé son métier, d’avoir voulu sauver la liberté d’expression. Raison officielle, raison officieuse, à vous d’en juger.

«Je ne veux pas être complice de l’assassinat des hommes, ni de celui des mots, c’est à dire de la vérité.»

Une réflexion sur “Asli Erdogan et le poids des mots #JIEP1

  1. Bonjour. Pouvez-vous corriger ? La prochaine audience du procès dans lequel Asli est appelée à comparaître n’aura pas lieu le 25 décembre, mais le 6 mars 2018.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s