I still have a dream

L’égalité des droits entre les noirs et les blancs aux Etats-Unis, ça vous parle ? Alors que beaucoup reprochent au président américain de favoriser les tensions raciales avec une politique basée sur la peur de l’étranger, je m’en remets aux précieuses paroles de Martin Luther King et garde l’espoir qu’un jour le racisme ne soit qu’un très mauvais souvenir.

Si vous me demandez pourquoi, je vous répondrais « au nom de la justice sociale et de l’ouverture d’esprit« . Ce week-end je me suis replongée dans une émission de 5 colonnes à la Une, premier magazine de reportages à la télévision française, encore considéré comme une référence du genre de nos jours en dépit de sa disparition. « I had a dream » est un assemblage de quatre vidéos tournées entre 1962 et 1966 aux Etats-Unis. Elles retracent le quotidien des noirs américains dans un pays qui ne veut pas d’eux. Ces derniers sont sans cesse pointés du doigts, défavorisés, discriminés. Certains choisissent de se venger et de former une classe à part quand d’autres, au contraire, maintiennent une irrésistible envie d’être intégrés.

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5 colonnes à la Une (1959-1968) une émission de Pierre Desgraupes © Rue des Archives

« Pensez-vous pouvoir vous marier avec un noir ? » demande un journaliste. « Non, ça ne serait pas correct pour les enfants, je veux dire c’est pas facile d’être mixte. » En une seule phrase, cette jeune femme de couleur blanche résume la réalité sociale des Etats-Unis au XXe siècle. A l’époque, les noirs ne représentent que 10 % de la population du pays. Pourtant, 53 % des personnes arrêtées pour des vols ou des meurtres sont des noirs. La plupart des commerces appartiennent aux blancs. Ces derniers préfèrent rester entre eux et laisser aux noirs les ghettos, Harlem… Les inégalités économiques et culturelles s’ajoutent aux inégalités sociales. Los Angeles, territoire typique du rêve américain, ne fait pas exception. Les entreprises refusent d’employer les noirs sous prétexte qu’ils n’ont pas assez de qualification. La fausse politesse est aussi à l’oeuvre. « C’est bien, tu es un bon noir » cache souvent « un sale nègre » quelques minutes plus tard. Face à cette ségrégation, des mouvements se forment, des manifestations s’organisent.

« La voix des noirs commencent à compter, même s’ils acceptent tous de se taire. »

Au début des années 1960, les noirs se réunissent lors de réunions pour protester contre leur condition. Tous se mobilisent, jeunes et moins jeunes. Les sentiments se mélangent. Rage, tristesse, détermination et rancune se confrontent. Lors des cours d’art dramatique d’Harlem, les étudiants en profitent pour punir les Blancs qui leur paraissent intouchables dans la réalité. Ils sont jugés coupables « de ne pas savoir rire, de ne pas savoir pleurer, de ne pas savoir aimer. » 

Des images aussi bien touchantes que choquantes. Des zoom sur des visages inquiets, révoltés ou désillusionnés. Des visages également plus connus. Le reportage de 5 colonnes à la Une rend hommage aux grands hommes ayant lutté pour les droits des noirs marquant à tout jamais l’histoire des Etats-Unis : Malcom X, Martin Luther king, James Meredith, Marlon Brando. 1966, une grande marche est organisée, rassemblant des milliers d’américains noirs. Ils parcourent le pays pendant des jours, drapeau américain à la main, dans l’espoir d’être un jour considérés comme tel. Martin Luther King en appelle à la paix, à la réconciliation et à la disparition du racisme dans son célèbre discours « I have a dream ». Marlon Brando, célèbre acteur blanc, apporte son soutien et entend « descendre de la scène et intégrer leur monde ». Cette marche, aujourd’hui connue sous le nom de la Marche de la peur, annonce un réel tournant. Positif, vous pensez ? Non, ce serait trop beau. Parmi cette foule, se trouve aussi Karl Michael. Karl Michael refuse la ségrégation au même titre que ces alliés mais veut que les noirs aient des pouvoirs en tant que noirs. C’est la naissance d’une nouvelle lutte, celle du Black Power.

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Marche pour les droits civiques des noirs américains le 28 août 1963 à Washington. ©Rue des Archives/BCA/CSU

Musique. Générique. Ecran noir. La dernière vidéo de « I had a dream » s’achève sur les événements de 1966 divisant les noirs sur la question raciale. Elle ne raconte pas les luttes extrêmement violentes et sanglantes qu’ont connu les Etats-Unis en raison de la radicalisation des mouvements. Elle ne parle pas de l’assassinat de Martin Luther King deux ans plus tard alors qu’il se rendait à Memphis pour soutenir les éboueurs noirs locaux réclamant de meilleurs salaires. Elle ne dit pas si tous les Américains sont aujourd’hui égaux en droit.

Et nous, pouvons-nous le dire ? Chers citoyens, avec ce reportage, j’en appelle à votre clairvoyance. Il serait temps que tout le monde prenne conscience du fléau qui touche la première puissance depuis des siècles. Si les choses se sont améliorées, elles ne se sont pas résolues. Le 14 novembre 2017, un rapport du FBI annonce que les infractions motivées par un préjugé contre une communauté ethnique, religieuse ou sexuelle ont augmenté d’environ 5% en 2016 par rapport à 2015 aux Etats-Unis. Six victimes sur dix ont été ciblées en raison de leur race. 123 noirs auraient été abattus en une seule année.

Nous pouvons nous empêcher de penser aux derniers épisodes déroulés à Charlottesville (Virginie) en aout. Une altercation entre des groupes suprémacistes venus protester contre la disparition d’une statue d’un chef militaire sécessionniste et des militants antiracistes provoque un mort et une vingtaine de blessés. Mais aussi au massacre de l’église de Charleston lors duquel Dylan Roof abat 9 noirs parce qu’il les juge « stupides et violents »… Alton Sterling, vendeur de BD tué par deux policiers pour avoir refusé d’obtempérer à ces agents en juillet 2016, Dajerria Becton, une adolescente agressée par un agent de force de l’ordre sans raison apparente ou encore Walter Scott en avril 2015 qui reçoit 8 balles dans le dos lorsqu’il prend la fuite après une arrestation pour infraction au code de la route.

Nous savons que la violence policière infligée aux noirs américains n’est pas un phénomène récent en raison d’une tradition raciste et discriminatoire aux Etats-Unis. Rien ni personne n’agit réellement en dépit des tragiques événements que cela entraîne, et je ne parle pas que des noirs. Des fusillades comme celle opérée à Dallas en juillet 2016 pourraient très bien se multiplier. A l’époque, des milliers de manifestants protestent contre la mort de deux Noirs tués par la police en Louisianne et dans le Minnesota. Au total, 5 policiers sont tués et sept sont blessés. Le suspect voulait « juste tuer des policiers blancs. »

Je ne soutiens pas ces méthodes inhumaines. Je condamne la violence. Mais je comprends la rage qui est en train d’envahir les noirs américains. Ces noirs qui sont en colère aujourd’hui, ce sont aussi ceux qui dansent et chantent dans les cabarets quelques années plus tôt. Ce sont ceux qui ont vu leurs ancêtres se battre pour une cause légitime sans en récolter de véritables bénéfices. Ce sont ceux qui veulent partager des moments de joie et d’allégresse, qui se tiennent la main dans les rues et qui prient dans les Eglises. Ce sont des humains qui ont le droit d’avoir des droits. Ce sont nous, ce sont moi et j’espère que ce sont aussi toi. Ce sont tous ceux qui continuent de faire un rêve, celui de l’égalité entre les noirs et les blancs.

 

 

Ben Harper, Like a King. Un titre qui fait le parallèle entre les injustices raciales contemporaines et les luttes et discours passés, notamment de Martin Luther King.

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