Mariposas meravillosas #StopVFF

« Mariposa de ensueño, te pareces a mi alma y te pareces a la palabra melancolia. » – Pablo Neruda

«  Papillon de rêve, tu ressembles à mon âme et tu ressembles au mot mélancolie. »

 

O Mariposas, papillons fébriles, papillons éphémères, ou papillons résistants. On pourrait croire à l’introduction d’une tirade de Frida Kahlo ou une chanson de Silvio Rodriguez – mariposas, ce mot ingénu, métaphore de l’insouciance, allégorie de la beauté, image des temps heureux.

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Les soeurs Mirabal DR

Mariposas, c’est aussi le surnom donné aux sœurs Mirabal, ces trois jeunes femmes martyres de la lutte contre le dictateur dominicain Rafel Trujillo, sauvagement assassinées le 25 novembre 1960, devenues un symbole de la résistance féminine et féministe ; à la fois héroïnes et victimes. Leur histoire aujourd’hui semble s’effacer ; mariposas voltigeurs, qui passent et puis s’en vont.

 

Nées de riches commerçants, nos trois chenilles ont vu le jour à Ojo de Agua, dans la province d’Espaillat, entre 1924 et 1935. Si leur sœur Bélgica Adela (Dédé) arrête ses études au collège et devient femme au foyer, Patria enfilera des lunettes de dactylo et seules Minerva et Maria Thérésa iront au-delà du baccalauréat.

 C’est pendant leur enfance que Rafael Leonidas Trujillo prend les rênes de la République

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Le dictateur Trujillo 

Dominicaine grâce à un coup d’Etat militaire, en 1930. Fils de petits commerçants d’ascendance canario-haïtienne, à peine éduqué, ce dernier avait tenu un modeste emploi de télégraphiste avant de s’associer avec son frère José Aismendi pour voler le courrier et falsifier des chèques ; activités délictueuses qui le mèneront droit en prison. C’est pourtant ce simple fils d’origine paysanne, né dans une famille nombreuse à l’éducation limitée, qui deviendra l’un des plus grands dictateurs du pays, gardant la main mise sur presque tous les revenus agricoles du pays et amassant une richesse considérable.

 

« Quand nous sommes allés à l’école cet automne, on nous a donné de nouveaux manuels d’histoire avec une photo de vous-savez-qui estampillée sur la couverture de sorte que même un aveugle pouvait dire à qui appartenaient ces mensonges. Notre histoire a maintenant suivi l’intrigue de la Bible. Nous, les Dominicains, attendions depuis des siècles l’arrivée de notre Seigneur Trujillo sur les lieux. C’était assez dégoûtant. »  

Minerva Mirabal, dans Le Temps des Papillons de Julia Alvarez

Image associée
Minerva Mirabal © Collection de la famille Mirabal

 Mariposa fabulosa, Minerva Mirabal ressemble à une héroïne des frères Grimm – beauté légendaire, caractère érudit, et destin tragique ; à faire pâlir un conteur d’antan. Dans ses souvenirs, sa sœur Dédé la décrira comme d’une beauté remarquable, mais aussi une passionnée de littérature et de poésie, peintre et comédienne amatrice, brillamment diplômée.

 

Le tournant tragique des sœurs Mirabal, jusqu’alors aussi placide que celui des sœurs Marsh, a lieu un jour de juin 1949, lors d’une fête organisée par les autorités de leur province en l’honneur du dictateur Trujillo. Un bal peut lancer des destinées : Cendrillon y trouva le bonheur, Minerva le point de départ de la chute familiale. Captivé par sa beauté, le dictateur ne ménage pas ses avances, avances repoussées par la jeune chrysalide qui fréquentait déjà Pericles Franco, jeune dirigeant communiste, co-fondateur du Parti Socialiste Populaire, plusieurs fois incarcéré pour raisons politiques par le dirigeant étroitement lié aux Etats-Unis. De l’inauguration de l’Hôtel Montana de Jarabacoa à la fête de la Villa Borinquen, dans les alentours de San Cristobal, le tyran insiste et Minerva refuse. Cette valse incessante prend un nouveau virage le jour où, effrayée par les empressements de Trujillo, toute la famille Mirabal s’enfuit. Irrité par cet excès d’affronts, le dictateur met fin à la sérénité familiale que les quatre sœurs avaient toujours connue. Répression, arrestations arbitraires, tortures, le régime va s’acharner sur ceux qui refusèrent de s’abaisser face aux désirs du tyran. Après avoir subi d’invariables humiliations et tortures, le père Mirabal finira par décéder en 1953. Le cocon familial a bien été réduit à néant par le tyran Trujillo.

 

 « Il est temps que nous, les femmes, ayons une voix dans la gestion de notre pays. »

« Toi et Trujillo, » dit un peu fort Papa, et dans cette nuit claire et paisible ils se taisent tous. Soudain, le noir se remplit d’espions qui sont payés pour entendre les choses et les dénoncer à la Sécurité. Don Enrique affirme que Trujillo a besoin d’aide pour diriger ce pays. La fille de Don Enrique dit qu’il est temps que les femmes prennent le pouvoir.  Des mots répétés, déformés, des mots recréés par ceux qui pourraient leur en garder rancune, des mots cousus aux mots jusqu’à ce qu’ils soient la feuille sinueuse dans laquelle la famille sera enterrée quand on aura retrouvé leurs corps dans un fossé, leur langue coupée pour trop parler. »

Minerva Mirabal, dans Le Temps des Papillons de Julia Alvarez

1959, mariposas resistentes. Le temps bat de l’aile, les trois sœurs s’agitent entre leur vie

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Maria Theresa Mirabal © Collection de la famille Mirabal

quotidienne entrecoupée d’arrestations fréquentes et de coups d’état ratés. Minerva est alors la première femme docteure en droit du pays, bien que Trujillo lui ait fait comprendre qu’il ne lui donnerait jamais l’accès au barreau. Au crépuscule des années 50, le vent tourne mal pour les dictateurs : chute de Pinilla en Colombie, puis de Jiménez au Venezuela et de Batista à Cuba, des espoirs de changement se profilent en Amérique latine. Cette année-là, Minerva crée Le mouvement révolutionnaire du 14 juin, un groupe clandestin révolutionnaire qui cherche à en finir avec la dictature de Trujillo. C’est alors la naissance des Mariposas, surnom mélodie-mélancolie, derrière lequel se cachent en réalité trois sœurs à la lutte farouche bien plus que de jeunes papillons aux ailes fragiles. Méfiez-vous des papillons : leur faiblesse feinte est une force calfeutrée, leur élégance une promesse de courage ignorée.

 

« Ce n’est pas seulement une cause pour les hommes mais aussi pour les femmes …  … On ne peut pas laisser nos enfants grandir dans ce régime corrompu et tyrannique, nous devons nous battre contre cela, et je suis prête à tout donner, même ma vie si nécessaire. »

                                                                                                                             Patria Mirabel

 Le groupe ne met que quelques mois à être découvert. Arrêtés par centaines, les membres sont emprisonnés et torturés pour avoir « attentés à la sécurité de l’Etat ». Seule l’Organisation des Etats Américains forcera Trujillo à libérer les femmes. Leurs maris toujours enfermés, nos trois papillons s’épuisent. A trop se frotter à une dictature enracinée, leurs ailes s’abîment contre la violence gouvernementale.

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Patria Mirabal © Collection de la famille Mirabal

Trujillo décide alors d’en finir avec ces femmes prêtes à tout pour défendre leurs droits. Le 25 novembre 1960, les trois sœurs rendent visite à leurs maris en prison. Volent les papillons sur le chemin du retour ; dernier frisson d’aile avant l’embuscade meurtrière. En pleine montagne, entre Puerto Plata et Tenares, une voiture leur barre soudainement la route. Leur mort est un carnage sanglant. Tabassées à coups de matraque, étranglées dans un champ de canne à sucre, elles sont remises dans leur voiture qui finira poussée dans un fossé. Le lendemain, le journal local évoquera « un accident tragique ».

 

Mariposas muertas ; voilà comment finirent ces trois papillons qui, au fond, n’avaient commis comme crime que d’avoir voulu voler librement. Muerta, Maria Teresa, la jeune sœur de 24 ans qui  se destinait à des études en mathématiques. Muerta, la belle Minerva, victime de sa beauté, âgée de seulement 34 ans. Muerta, la sage Patria, aînée de 36 ans, entrée en révolution après que sa maison eut été détruite et sa propriété arrachée et mise en vente aux enchères. Mariposas libres, jusque dans la mort.

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Dédé Mirabal DR

 

Mariposas libres, y mariposas victoriosas. L’indignation générale suscitée par l’assassinat des trois jeunes femmes mènera à une révolte nationale. Trois mois plus tard, Trujillo finit assassiné dans une embuscade organisée par le CIA et les Etats-Unis.

 

Mariposa sobreviviente, Dédé élèvera les enfants orphelins de ses sœurs défuntes. Celle
qui se destinait à vivre dans l’ombre des trois héroïnes révolutionnaires sera le flambeau de leur mémoire jusqu’à sa propre mort, le 1er février 2014, à l’âge de 88 ans.

« – Le cauchemar est fini, Dedé. Regardez ce que les filles ont fait.

Il fait un geste expansif. Il veut dire les élections libres, les mauvais présidents maintenant mis au pouvoir correctement, pas par les chars de l’armée. Il veut dire que notre pays commence à prospérer, que les zones franches montent partout, que la côte est un fouillis de clubs et de centres de villégiature. (…) Lío a raison. Le cauchemar est fini. nous sommes libres enfin. Mais la chose qui me fait trembler, que je ne veux pas dire à haute voix – et je le dis une seule fois :  

Était-ce pour cela, le sacrifice des papillons? »

Dédé Mirabal, dans Le Temps des Papillons de Julia Alvarez

 La lutte de Dédé n’avait pas été vaine. En 1999, l’ONU fait ainsi du 25 novembre, date du meurtre des sœurs rebelles, la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes.

Parce qu’à travers le monde entier, que leurs ailes soient noires, jaune, rouges ou blanches ; quel que soit le Dieu qu’elles prient ou qu’elles ne prient pas, quel que soit la patrie qu’elles embrassent, jeunes ou moins jeunes, passionnées ou non, fidèles ou moins fidèles, rêveuses ou ambitieuses, mères, filles, femmes ; chacune d’entre nous est l’un de ces papillons.

Nos ailes semblent fragiles ; mais même brisées, nous resterons libres.

« Oh mariposa ¿ qué sueñas cuando agitas tus alas ? »

Kaga No Chyio

Pour en savoir plus sur les soeurs Mirabal :

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