UN ELEPHANT CA TRUMP ENORMEMENT

Le 16 novembre dernier, l’administration du Président américain Donald Trump prend une décision invraisemblable, annoncée lors d’un forum pro-chasse, en Afrique du Sud. Elle concerne l’autorisation d’importer des trophées d’éléphants. Autrement dit, cela autorise le rapatriement d’une partie du corps du pachyderme (têtes, ivoires, pieds, queues), tué par arbalète ou arme à feu, en Zambie et au Zimbabwe. Cette annonce est en parfaite contradiction avec les mesures prises quelques années auparavant par l’ancien président Barack Obama qui, en 2014, avait interdit l’importation de tout ivoire sur le territoire américain.

Alors que personnalités et associations de défenses des animaux s’unissent pour faire entendre leur voix face à cette absurde décision, Trump se justifie. D’un côté, un de ses arguments consiste à dire qu’autoriser l’import de trophées de chasse permettrait de financer des programmes de conservation. De l’autre côté, cela permettrait également de protéger cette espèce menacée, du fait de la prise de conscience des populations locales. Le Président s’appuie ici sur une faille de la loi américaine, selon laquelle “l’importation de tels trophées peut être légale si preuve est apportée que la chasse bénéficie à la conservation plus large des espèces”.

famille éléphants.jpg

Face à cette justification, l’association PETA Reminders réplique, sur son compte Twitter : “Cela revient à vendre un enfant sur le marché noir pour financer le combat contre les violences faites aux enfants”, soulignant toute l’absurdité des propos du président. Toutes les 15 minutes, c’est un éléphant qui est tué, autrement dit 100 pachydermes par jour (The Elephant Project). Cela représente entre 25 000 et 35 000 mammifères assassinés chaque année, rapporte l’IFAW (Fond International pour la Protection des Animaux). « Entre 2007 et 2014, 30% de cette espèce a disparu », raconte Great Elephant Census, « dont 6% au Zimbabwe ». Ainsi, cette annonce n’aurait d’autre conséquence que d’augmenter, de manière conséquente, le braconnage, et de légaliser l’assassinat d’une espèce menacée, vulnérable, et en voie de disparition. 

The US Fish and Wildlife Service (USFWS), l’organisme de gestion et préservation de la faune s’est félicité de cette annonce, arguant les bienfaits de la chasse. Le retour du permis de trophée de chasse “permettait l’importation de partie du corps de l’éléphant assassinées entre le le 21 janvier 2016 et le 31 décembre 2018, au Zimbabwe et en Zambie” et permettrait également « l’amélioration de la survie de l’éléphant d’Afrique ». L’USFWS a aussi déclaré que : « La chasse pour le loisir, légale, bien encadrée, dans le cadre d’un programme, peut bénéficier à la conservation de certaines espèces en incitant les populations locales à conserver les espèces et en injectant l’argent dans la conservation ». Absurde.

Un mois auparavant, ce sont les trophées de chasse au lion qui ont été autorisés dans ces deux mêmes pays d’Afrique, avec la possibilité d’étendre cette autorisation à la Tanzanie, à la Namibie et au Mozambique.

Safari-Trump-11
Donald Trump Junior, posant fièrement avec une queue d’éléphant, devant le cadavre de ce dernier, au Zimbabwe. DR

Par ailleurs, le cercle familial a pu influencer cette volonté d’autoriser les trophées de chasse. En effet, la famille Trump est une adepte de la chasse en Afrique, à l’instar des deux fils du Président, Eric et Donald Junior. Au Zimbabwe, les deux hommes avaient alternativement posé fièrement avec un léopard, un alligator, un éléphant, un koudou, une civette, une antilope, un buffle, tous fraîchement abattus.

Cependant, et heureusement, 24h plus tard, le 17 novembre, Trump revient sur cette décision controversée, annonçant, sur son compte twitter, le « gel de la décision sur les trophées le temps de vérifier les faits sur la conservation ». Ryan Zinke, le ministre des Ressources naturelles, s’est également exprimé dans un communiqué : « Le président et moi avons parlé et nous pensons tous les deux que la conservation et des populations (d’animaux) en bonne santé sont essentiels. Par conséquent (…), la délivrance de permis est gelée pendant que la décision est passée en revue« .

Parmi les personnalités mobilisées contre cette décision, Ellen DeGeneres, animatrice de télévision américaine. Cette dernière s’est tout d’abord exprimée pendant son émission sur le retour plus que critiqué du permis en question. « Les animaux africains font preuve de compassion, de sympathie, d’une intelligence sociale, d’une conscience de soi. Ils sont doués pour acquérir des capacités, toutes ces choses que je n’ai pas encore vu dans ce Président ». Elle a alors lancé le hashtag #BeKindToElephants sur les réseaux sociaux, accompagné d’un dessin d’une tête d’éléphant. Pour chaque mention aime et retweet, elle assure faire une donation à la fondation David Sheldrick Wildlife Trust qui s’occupe de sauver et réhabiliter les éléphants orphelins au parc national de Nairobi, au Kenya. 

elen.png
Une des photos postées sur le compte Instagram @theellenshow afin de sensibiliser à la cause animale.

De l’autre côté de l’Atlantique, Brigitte Bardot, actrice et militante française des droits des animaux a rédigé une lettre, adressée au Président Trump. Elle y fait notamment mention de son incapacité à gouverner les Etats-Unis : « Aucun despote dans le monde ne peut prendre la responsabilité de tuer des espèces aussi vieilles et qui font partie de l’héritage mondial de l’humanité ».

Bardot.jpg

Le braconnage n’arrêtera pas tant que la demande d’ivoire restera aussi importante. Le 6 juillet dernier, 7,2 tonnes d’ivoire ont été saisies par les autorités douanières à Hong Kong (Chine, premier marché mondial de l’ivoire), représentant « la plus grande saisie d’ivoire de ces 30 dernières années ». Pour une somme estimée à plus de 9 millions d’euros. La chasse peut rapporter jusqu’à 2 000€ pour un éléphant possédant deux défenses, chacune pensant 5kg. À la suite de la saisie, l’ONG Pro Wildlife s’est indignée : « La saisie doit être un appel au réveil pour le gouvernement de Hong Kong. Le commerce de l’ivoire doit être interdit une fois pour toute et maintenant ! Plus de retard dans l’interdiction de l’ivoire serait mortel pour les éléphants d’Afrique ». La Chine, premier pays demandeur d’ivoire, avait annoncé, fin 2016, qu’elle interdirait toute vente et transformation d’objets en ivoire d’ici fin 2017, avant d’interdire définitivement tout commerce d’ivoire en 2021. A travers un communiqué, le Conseil d’État, gouvernement du régime communiste s’était exprimé affirmant qu’ « Afin de mieux protéger les éléphants et mieux combattre les trafics, (la Chine) va arrêter peu à peu la vente et la transformation à des fins commerciales d’ivoire et d’objets en ivoire ». En Asie, un kilo d’ivoire vaut jusqu’à 1.500 dollars. Si l’interdiction devient effective, le pays succéderait à la France, qui a été le premier pays européen à interdire le commerce d’ivoire, dans la lutte contre le braconnage et la protection de cette espèce animale.

Le braconnage décime progressivement ces pachydermes. En Afrique, leur nombre est passé de 20 millions (début des années 1900) à 1,2 millions (1980) à moins de 500.000 mammifères aujourd’hui. A quand une prise de conscience internationale et unanime des chefs d’Etats du monde entier sur la situation critique et alarmante qui touche à la fois les éléphants mais aussi les autres espèces en danger d’extinction ?  

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s