Tribune solitaire d’un espoir déchu

Ça a commencé en rampant, doucement, le long de notre société. Nous attrapant parfois un bras, une jambe, s’accrochant à nous comme une sangsue. Et puis les choses se sont accélérées, plus pressantes, elle sont devenues plus présentes. Tout autour de nous, nous étions asservis par cette laideur mise en lumière. Elle a commencé en rongeant quelques femmes, et maintenant que tout se diffuse si facilement, elle ronge la société. D’un coup, elle a surgi, elle nous a éclaté au visage et il n’était plus possible de fermer les yeux. On ne pouvait plus passer à côté, on ne pouvait plus user de ces faux semblant de naïveté. C’était là, face à nous, se reflétant dans chaque vitre qu’on croisait, se dissimulant dernière chaque passant, c’était là, face à nous comme une bête noire qui prenait la forme de nos plus horribles cauchemars.

Le paroxysme de cette violence a été pour moi cette tribune et cet article. Paroxysme, non parce qu’ils étaient plus affreux que les #balancetonporc, non parce qu’ils étaient plus ignobles que tous les témoignages mais bien parce qu’ils ne laissaient aucun espoir derrière eux.

Je n’ai jamais cru en cette organisation qu’est l’UNEF, je n’ai jamais crue en ces militant.e.s plus occupé.e.s à se battre entre eux que pour des étudiant.e.s. Je n’y ai jamais placé mon espoir, mais d’autres l’ont fait : des ami.e.s, des connaissances, des camarades… Ils y ont cru, eux, parfois ils y croient toujours. Il m’arrivait de les envier pour leur détermination à espérer pourvoir changer cette organisation, espérer en tirer quelque chose de bénéfique. Je les enviais et je me disais que j’avais peut être eu tort, peut être que je n’aurais pas du baisser les bras si vite.

Je ne les envie plus, je ne les comprends plus.

Tout ça m’a heurté si violemment. Je me suis retrouvée là, avec mon espoir désuet, mes convictions en lambeaux et cette hargne éparpillée. La bête me ronge, elle s’attaque à toute ma foi en un futur meilleur. Elle la dévore avec une rage sanglante.

Et je suis assise, là, à jouer avec les quelques notes qui résonnent encore dans ma tête : elles sonnent faux. Je balaie du doigts ces mots, qui ne veulent plus rien dire : espoir, détermination, progrès… 

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Je suis assise là, le regard dans le vide, et tout est creux, tout est sans plus aucune nuance, tout se déchire, c’est un sens qu’il manque. Un sens positif à ma vie, c’est avec ça qu’elle est partie la bête.

Tout a été si rapide, si fracassant. Comment peut on prétendre agir pour un futur meilleur si on ne vaut pas mieux que ce présent démystifié ? Comment croire en un progrès alors que notre génération commet les même ignominies ?

Nous n’avons finalement aucune leçon à donner, nous ne valons rien, nous ne serons pas mieux qu’eux, ceux qu’on prend plaisir à critiquer. Mes espoirs ne valent rien non plus. Comment puis-je porter encore quelque conviction, quelque revendication si même mes camarades ne les respectent pas ? C’est un dégoût amer qui laisse place à cette douceur sucré du « on peut changer les choses. » Alors les choses ne se changent pas ? Alors ça y est, c’est fini ? En tout cas moi, je ne peux plus me battre pour que certains en profitent pour assouvir leur soif de pouvoir.

Alors que j’essayais de me tenir encore droite devant cet espoir, que j’essayais de le protéger avec le peu de forces que j’avais, je finis par m’effondrer, détruite par des gens qui devraient partager le même combat que le mien. Ce sont des amis qui deviennent mes plus féroces ennemis. Je me heurte une nouvelle fois à cette frontière invisible qui me ramène sur terre alors que je ne voudrais que partir vers ce beau futur lointain, tellement beau, trop lointain.

Je suis assise là, au plus bas, sans avoir la force de me lever pour le défendre, il est devenu inatteignable. 

Qu’est ce que je vais leur dire maintenant, à ceux qui n’y croyaient pas ? Comment je vais pouvoir défendre en face d’eux cet espoir qui m’animait ? Je ne peux plus, je ne peux plus parce que vous, à côté, vous étiez censés montrer l’exemple avec moi… Je n’ai plus rien sur quoi m’appuyer, à quoi bon continuer à me battre si personne n’y croit, si personne n’y met du sien ? Mais si seulement ça ne touchait que moi tout ça… Je ne peux même pas imaginer tous ceux qui liront avant et après moi ces articles. Ceux qui, comme moi, vivaient animés par des convictions et de l’espoir. Comment vont-ils réagir ceux-là ? Il n’auront pas la force de chasser la bête à eux seuls. C’est donc comme ça que ceux qui doivent nous représenter, que ceux qui sont censés être porteurs de ce même espoir nous aurons tous détruit.

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La bête me laisse là, vide et sans force, sans même la force de regarder dans les yeux ceux à qui j’exposais toutes ces convictions solides. Je reste là, les yeux dans le vide.

En face de moi il y a tout ces morceaux éparpillés, ceux qui me permettaient d’avancer, ils ne forment plus que des images brisées de rêves fourvoyés.

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