Le concours général : l’excellence superflue ?

Depuis 1749, le concours général distingue les meilleurs lycéens français dans un éventail de disciplines toujours plus large : des arts plastiques aux mathématiques en passant par le russe. Les candidats composent sur des sujets, certes conformes aux programmes officiels, mais dans le cadre d’épreuves plus longues (entre quatre et six heures) et aux exigences du supérieur, les présidents du jury enseignent souvent en faculté.

A l’arrivée, pas de classement général mais des récompenses divisées en prix, accessits et mentions dont le total peut-être porté à un maximum de dix-huit. Un nombre à comparer avec les deux mille terminales concourant chaque année au concours général de mathématiques et aux mille premières tentant l’exercice de la composition française. De plus, la participation augmente continuellement depuis une dizaine d’années passant de 11 510 candidats en 2006 à 16 320 en 2013. Une poussée décorrélée de l’évolution du nombre de lycéens témoignant de l’intérêt grandissant porté au concours général.

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Maurice Druon, ancien Président de l’assciation des lauréats du concours général

Comment expliquer cette popularité croissante d’« un prix qui ne donne droit à rien » selon les mots de Maurice Druon, ancien président de l’association des anciens lauréats, et aux probabilités de récompenses quasi-nulle ? Le concours général n’offre que des prix honorifiques, même si des bourses sont parfois accordées. Le palmarès, révélé en juillet, n’offre aucun avantage puisque l’orientation via Parcours Sup ou des concours a lieu en amont.
Paradoxalement, le très faible ratio de récompensés constitue un atout : la participation n’est soumise à aucune pression puisque les chances d’être classé sont quasiment nulles. Ce qui est cherché au concours général n’est pas la compétition, mais l’enrichissement intellectuel. Stérile certes, puisque notre réflexion sera perdue dans un flot de copies, condamnée à l’oubli. Un créneau à contre courant des politiques éducatives que Christian Laval explique dans L’école saisie par l’utilitarisme : » l’école tien[t] d’ailleurs un discours souvent fort contradictoire  si, pour réussir, on recommande de se passionner pour l’art et pour la science, la passion est donnée comme un moyen d’accomplissement professionnel. Car s’il faut s’intéresser au savoir pour réussir, c’est la réussite qui doit surtout intéresser dans le savoir”.

 

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Christian Laval

Le succès du  concours général prouve qu’un nombre croissant d’élèves ne se satisfait   pas de l’utilitarisme scolaire et lui préfère la masturbation intellectuelle, l’envie de réfléchir pour réfléchir, sans autre finalité. La quête de l’excellence offre une jouissance certaine, la confrontation à des épreuves difficiles ; l’humilité, la préparation de l’épreuve, le dépassement de soi. Le niveau est si élevé que les gagnants se retrouvent, pour certaines disciplines comme les mathématiques ou la philosophie, presque intégralement quelques années plus tard à l’école Normale Supérieure de la rue d’Ulm. Surprenant ? La durée des épreuves et l’exercice demandé s’avèrent souvent semblables au concours général et si les exigences évoluent, les primés qui ont su dès le lycée triompher de cet exercice partent fortement avantagés. Pour autant, si des établissements fidèles réussissent à s’octroyer des prix chaque année, ce constat ne saurait le remettre en cause. Sans copies de lauréats (contrairement à d’autres concours comme Sciences Po), le concours général se prépare difficilement. La réussite flamboyante des quelques lycées fidèles au palmarès ne doit ainsi pas interroger sur le bien-fondé du concours général mais bien sur la discrimination spatiale des cartes scolaires et de notre modèle d’éducation “égalitaire”. École et savoir dans les banlieues… et ailleurs (1992)  mettait en lumière que la plupart des élèves issus de quartiers populaires n’étaient intéressés que par le diplôme et l’emploi auxquels conduisent les études. Et depuis ? Guillaume Meurice montrait dans sa chronique de 2016 “Le bac et après”  que les exigences du monde du travail sont intégrées chez une jeunesse, au risque d’une certaine aliénation : les rêves enfantins se muent en objectifs productifs. Le concours général doit ainsi devenir le thermomètre évitant la scission entre une école de savoir et une école qui, se référant à Bourdieu, pense que “la condition étudiante ne peut tenir son sérieux que de l’avenir professionnel auquel elle prépare”.

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