Zellidja, les fauchés peuvent voyager

Vous aimez voyager, moi aussi, vous n’avez pas d’argent, moi non plus. Mais j’ai la solution et son nom : Zellidja.

Créée en 1939 par Jean Walter, cette association permet de « Donner aux jeunes le moyen de compléter leurs études par des connaissances qu’ils n’ont pas acquises dans les établissements scolaires et n’acquerront pas davantage dans les grandes écoles ou en faculté. »

Zellidja, c’est une promesse de voyage grâce à une bourse de 900 euros, distribuée chaque année à plus de 200 jeunes Français de 16 à 20 ans. Les seules conditions à remplir sont de partir un mois minimum, avec l’obligation de tenir un carnet de compte et de voyage qui permettront au retour de rédiger un compte rendu.

Les dossiers de voyages réalisés abordent le plus souvent des thèmes d’actualité mais aussi l’art, l’histoire, et toute autre discipline. Ils constituent en quelque sorte une “mini-thèse”.

Beaucoup de boursiers « Z » sont à la recherche d’exotisme : des dizaines de pays sont chaque année foulés par les pieds de ces jeunes explorateurs. Isabella en fait partie et c’est son histoire qui nous en apprendra plus sur Zellidja.

C’est en 2015 qu’Isabella organise son voyage avec en maître mot le « Dépaysement ».  En laissant son doigt glisser au-dessus du globe terrestre, elle cherche une destination et s’arrête sur la Colombie.

« J’ai toujours voulu aller en Amérique Latine, en partie pour pratiquer l’espagnol, mais surtout parce que la diversité des populations qui y habitent me fascine. A l’origine, je voulais aller au Costa Rica, mais étant donné le type de voyage que je voulais faire (rester proche des locaux) je me suis rendue compte que je ne disposais pas d’assez de temps : je n’y avais trouvé aucun contact. J’ai donc choisi d’aller en Colombie car je connais un Colombien qui m’avait donné l’envie de découvrir son pays. De plus, c’est un pays dont on parle assez peu en France (en dehors de l’affaire Bettencourt ou du trafic de drogue) et je voulais donc confronter les stéréotypes à la réalité de la vie quotidienne. Enfin, c’est un pays qui a une diversité de paysages incroyable !« 

Étudiante en sociologie et très attirée par le milieu latino, Isabella décide donc de partir découvrir les populations locales et plus particulièrement les Yanacona un des peuples amérindiens ayant fui les campagnes colombiennes touchées par les guerres civiles. En marge de la société, ils constituent une population très attachée à l’héritage indien, et au mode de vie bouleversé par l’urbanisme. Isabella les a donc étudiés avec le souci de comprendre comment maintenir un équilibre entre identité indienne et quotidien urbain colombien.

Elle a aussi dû s’y recréer un « chez soi » pour les trois mois de recherches qui l’attendaient. Les voyages Zellidja se préparent longtemps à l’avance et les dossiers sélectionnés chaque année (à déposer avant le 31 janvier) sont placés sous la tutelle d’un bénévole Zellidja. Le parcours, le budget, le sujet et la durée du périple seront alors plus réalistes aux conditions qui attendent le voyageur. Le logement est sûrement l’une des affaires les plus compliquées à gérer. Comment cela s’est déroulé pour toi ?

« J’étais logée chez l’amie d’un ami colombien, j’ai donc vécu au rythme de la vie quotidienne de Cali (la ville colombienne où j’étais). Elle a été très accueillante avec moi et tenait à ce que je reparte en France avec une image positive de la Colombie, elle a donc tout fait pour me mettre à l’aise et je lui en suis très reconnaissante !« 

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Isabella a aussi pu découvrir les campagnes environnantes, comme lors de son “escapade préférée” à Silvia dans les hauteurs colombiennes aux paysages verdoyants..

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..aux rues peu touristiques…

 

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…et aux églises d’un blanc immaculé.

 

Après avoir fait de Zellidja l’utopie du voyageur, il reste maintenant à s’intéresser aux autres aspects de ces voyages hors du commun.

Une inquiétude récurrente des boursiers Z est le fait de partir seul. Le voyage est généralement bouclé en deux ou trois mois, période durant laquelle le boursier Z est en totale autonomie. Cette indépendance doit être vue comme un avantage : elle permet non seulement d’en “apprendre plus sur soi-même” mais aussi de bousculer les préjugés et les habitudes du jeune voyageur : “Au-delà de 20 ans, ou un peu plus, les schémas mentaux sont fixés, les principaux choix sont faits. Avant 16 ans, il est trop tôt pour parler d’initiative, de responsabilité, de projet autonome. Vers 16 ans, la plupart sortent d’une période consacrée essentiellement à l’acquisition des connaissances, à la première formation de l’intelligence”.

Isabella a aussi pu découvrir les campagnes environnantes, comme lors de son “escapade préférée” à Silvia dans les hauteurs colombiennes aux paysages verdoyants..

Jean Walter voyait ainsi la séparation entre jeunesse et vie adulte : c’est le moment où l’interprétation des connaissances se fait plus personnelle, et où l’autonomie est plus que requise pour prendre du recul. Brassé dans une foule de collégiens et de lycéens depuis des années, le voyage et ses découvertes est un moyen de briser la routine du quotidien. Mais pour voyager il faut être autonome. Partir seule fut donc plutôt une peur ou une envie ?

« J’ai toujours voulu partir seule pour avoir plus d’autonomie quant à l’itinéraire et au rythme journaliers. Mais plus que tout, c’était un défi personnel. Je suis assez timide, et partir seule m’a obligée à interagir avec pleins de personnes différentes, sans pouvoir compter sur quelqu’un d’autre pour me présenter à d’autres personnes, pour trouver le mot en espagnol s’il ne me venait pas à l’esprit ou pour me sortir d’un mauvais pas.
J’étais bien sûr un peu anxieuse quant à l’idée de partir seule, mais une fois sur place, je me suis rendue compte qu’une majorité de mes peurs étaient infondées. C’était donc une excellente manière de sortir de ma zone de confort ! »

A chaque voyage ses difficultés, et c’est aussi sûrement ce qui en fait l’unicité. A l’étranger, seule, dans un pays au contexte politique instable le quotidien peut parfois être laborieux. Rappelons que l’accord de paix entre le gouvernement colombien et les FARC ne date que de fin 2016, les civils des terres colombiennes reculées sont encore terrorisés par les groupuscules armés. Quelles ont donc été tes principales difficultés ?

« Je dirais que la première difficulté est que la famille qui m’a accueillie était parfois surprotectrice et avait du mal à laisser une jeune femme étrangère de 19 ans sortir seule pour faire les interviews. La deuxième, c’est que j’ai choisi d’aller à la rencontre d’un Cabildo amérindien (unité politique des amérindiens à Cali) et que je suis partie à un moment particulièrement tendu pour eux, alors que des grèves paralysaient certaines régions et qu’il y avait des affrontements avec le gouvernement. Ça n’était évidemment pas prévu, mais cela m’a permis de voir la place des personnes amérindiennes dans la société colombienne. »

Et après ce voyage, après ces multiples escapades et découvertes qu’est ce qui fait pour toi de Zellidja un univers et non pas une simple bourse ?

« Pour moi, ce qui fait la spécificité des voyages Zellidja, c’est le sentiment de liberté complète qu’ils véhiculent. Du choix du sujet, au pays, au type de rapport final, aux rencontres et au budget, c’est au boursier de décider. Bien sûr, cela sous-entend de pouvoir assumer de telles responsabilités, mais pouvoir monter son projet de A à Z est énormément gratifiant. Ce que je garde par-dessus tout, ce sont les rencontres que j’ai tissé au fur et à mesure de ces voyages. Je reste en contact avec les personnes qui m’ont hébergées et qui ont partagé un bout de leurs histoires personnelles avec moi. D’ailleurs, j’ai récemment hébergé une de ces mêmes personnes, donc même si mon voyage est terminé, les liens ne sont pas brisés !« 

Ce fut un voyage qui ouvrit à notre exploratrice les portes du Costa Rica l’année d’après, cumulant deux voyages et devenue ainsi lauréate Zellidja.

Pour rester un dernier moment en Colombie et se déhancher au rythme de la musique de Cali, capitale de la Salsa latina, vous pouvez encore écouter « La Loma De La Cruz » de l’auteur colombien Piper Pimienta.

Merci à Isabella pour ses réponses, et à Jacques Millet référant Zellidja pour ses informations pointilleuses.

 

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