Akim – « La beauté est dans tout »

Aujourd’hui il sera question d’un homme, d’un photographe. Un petit gars de chez nous, un Lillois de 30 ans d’âge nommé Akim, dont le travail, l’ingéniosité et l’imagination vous transporteront littéralement à travers l’espace et le temps, le sublime et l’inconnu, la lumière et l’obscurité. Artiste polyvalent et autodidacte, son travail est le reflet d’un personnage, de son personnage, celui d’un amoureux des couleurs et de la vie, soucieux du détail et doté d’un sens aigu et peu commun de l’esthétique.

Maniant avec brio l’art de la pellicule, c’est non seulement par l’image mais aussi le style qu’il se démarque, nous invitant ainsi par une réflexion de tous les instants à venir contempler la beauté et la complexité de l’Homme. Tout cela, il le réalise par le filtre de son appareil. Pour lui, la photographie est une histoire, un récit. Son protagoniste fixe l’objectif par un regard qui vous pénètre, vous invite et vous installe dans les profondeurs d’une humanité si complexe et si totale, que même l’art et la symphonie des mots ne pourraient en eux-mêmes suffire pour la décrire. C’est cet artiste que j’ai le privilège de vous présenter aujourd’hui.

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Bonjour Akim, une question toute simple pour commencer : Qui es-tu ?

Je m’appelle Akim, j’ai 30 ans et je suis originaire de Roubaix.

Pour toi, quelle est la définition d’une bonne photographie ?

Tu ne peux pas avoir une manière de penser la photo et faire toutes tes photos en fonction de cette manière de la penser, c’est impossible. Ou sinon, c’est assez triste et répétitif. Ce que tu vises par ta photo, tu le vises en fonction de ce que tu photographies. Par exemple, si tu photographies un homme, une femme ou quelque chose qui te touche particulièrement, le but n’est pas forcément de raconter une histoire, une fiction. Il s’agit en fait de prendre les choses telles qu’elles sont, en essayant de mettre le moins de toi possible, le moins d’ego, le moins de « moi je dis que… » ou encore, « moi ma vision des choses c’est…. ». Pendant des années j’étais dans ce schéma-là, essayer d’avoir une logique, une cohérence. Aujourd’hui plus du tout. Même si c’est naturel de vouloir interpréter et donner un regard. Il s’agit en fait d’aller contre le naturel pour essayer de nourrir ton regard, ta vision, ta photo par le plus d’humilité possible.

C’est donc plus « l’objet » qui t’intéresse que le message qu’il y a derrière ?

Ce qui m’intéresse c’est un certain rapport à la réalité, de toucher la beauté, qui est là, qui est tout le temps là. Mais sans la dénaturer, sans la truquer, et surtout sans crainte de l’aborder avec toutes ses aspérités et ses défauts qui en font justement sa singularité. Quand je fais un portrait, je ne commence pas à enlever les boutons, les taches de rousseur ou encore les rides par exemple. En fait, je ne recherche pas à créer quelque chose d’idéal, mais de voir le réel tel qu’il est. Tout ça c’est une démarche non seulement photographique, mais en mon sens surtout humaine. Les deux vont ensemble : je fais de la photographie pour m’inspirer dans le quotidien, et c’est le quotidien qui m’inspire dans la photo.

Quelles sont tes principales sources d’inspiration ?

Je suis quelqu’un d’extrêmement épars. J’ai beaucoup d’humeurs, beaucoup de cycles, et mon point fixe c’est le style. Comme la couleur, la composition, ça c’est ma manière de faire. Quelques soient les images que je prends, j’ai un rapport à la composition, à la proportion qui revient.  Ceux sont mes affinités.

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Peux-tu développer ces affinités ?

C’est assez complexe. J’aime travailler avec les couleurs chaudes, orangées, et les mettre en relief avec du bleu par exemple. En résumé, prendre des couleurs froides et les intégrer dans un ensemble chaud. Ce qui fait que je n’ai pas de sujet fixe. Je pourrais prendre des femmes dans un rapport sensuel, chercher à mettre quelque chose d’érotique dans l’image, une séduction, ou à l’inverse prendre une femme nue sans n’y mettre aucun rapport à la sexualisation. Idem pour le paysage. Selon ce qui se présente, il faut l’aborder et interpréter au grès de ce que ça t’apporte. C’est comme une conversation humaine avec quelqu’un.

 Peux-tu nous parler de ta méthode de travail ? Travailles-tu à heure fixe, le jour ou la nuit ? Et est-ce que cela revêt une importance sur ton humeur et ta photographie ?

Photographier la nuit c’est compliqué en raison de l’absence de lumière qui t’oblige à utiliser le flash, ce qui peut être sympa. Mais de manière générale je travaille le jour car rien ne vaut la lumière du soleil. Certaines heures en particulier, par exemple l’aube et le crépuscule, avec la présence d’une lumière très douce et puissante, très agréable à travailler. La photographie se déroule en plusieurs phases, la prise de vue puis le développement et le travail technique en logiciel. Ça je le fais toujours la nuit. En fait je suis un insomniaque, je ne dors jamais la nuit, en tout cas pas avant 6 heures du matin.

Qu’est-ce que cela t’apporte de travailler la nuit ?

Ce qui est intéressant quand tu travailles la nuit, c’est que bien qu’il y ait la fatigue, tu es dans un certain état d’inspiration, un état de veille, ou ta manière de penser et de travailler l’image change. Cela te donne plus d’initiatives. Parce que le jour tu vas chercher la meilleure image, la meilleure orientation, la meilleure composition dans le sens commun du terme. Alors que la nuit, tu peux, dans ton état de fatigue vouloir, sans forcément en être conscient, avoir goût pour des images qui pourraient sembler imparfaites. Je pense en fait que la nuit modifie le rapport à la lumière et donc à la vision.

Pour revenir à ma méthode de travail, je suis de moins en moins dans la démonstration. A l’époque je voulais trouver un public, me mettre en scène. Aujourd’hui je ne suis plus à la recherche de la « technique ». Je l’ai acquise. Pas au sens où je maîtrise tout, mais j’ai fait mes armes et je suis moins dans la recherche d’une photo qui soit techniquement impressionnante. Au contraire je reviens. C’est à dire qu’au plus j’avance, plus je signe un retour vers quelque chose de plus simple.

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Lorsque tu prends des photographies, tu préfères qu’elles soient réfléchies, travaillées ou plutôt spontanée ?

C’est une affaire d’humeur, mais en règle générale il peut se passer quelque chose de magique entre ce qui est regardé (une personne ou un décor) et l’œil de celui qui regarde. Et cela ne se prépare pas. Le hasard joue beaucoup. La personne que j’ai en face de moi ne va pas forcément se comporter comme prévu, elle peut faire un geste totalement inattendu, comme se pencher, et je peux voir quelque chose qui va m’émouvoir énormément. Je pars donc d’une base réfléchie et petit à petit cela dévie vers ce que l’image doit être. La photographie te mène, plus que tu mènes la photographie.

Quand on regarde tes photographies, on remarque qu’il n’y a presque exclusivement des femmes. Est-ce qu’il y a une raison particulière ?

A la base de tout art il y a un rapport au goût. J’ai goût à la beauté féminine dans toute l’acception du terme. Donc à la fois de manière sensuelle mais aussi de manière contemplative. Quand j’ai commencé la photographie je prenais des femmes parce que j’étais quelqu’un de très timide et que ça me permettait « d’accéder » à une certaine beauté, d’établir un dialogue et d’exprimer certaines choses. Et aujourd’hui j’utilise la photographie pour éduquer mon goût.

Donc selon toi la beauté est partout, dans chaque modèle ?

La beauté est dans tout effectivement. Elle est évidente. La rééducation dont je te parlais, elle consiste à redécouvrir la beauté dans absolument tout. Tout est beau en soi, mais il faut y porter attention.

Est-ce qu’il y a un sentiment, chez le modèle que tu photographies, qui te plaît plus qu’un autre ?

Pas un sentiment, mais plutôt une attitude. Tout est intéressant en soi. Tu peux photographier quelqu’un de fermé, de timide ou de prostré. Mais de manière générale, ce qui m’intéresse c’est de voir ce qui a de lumineux chez la personne.

Dans beaucoup de tes photographies, on remarque qu’il y a des femmes dénudées. Comment arrives-tu à installer une confiance avec ton sujet ?

Les personnes avec qui je travaille sont souvent des amies, qui ont un rapport de confiance, qui aiment mes images et qui savent que je ne suis pas là pour me rincer l’œil. Là où c’est plus difficile, c’est que la plupart des gens n’ont pas confiance en leur propre corps. Ça demande donc un vrai effort pour eux car le corps est en quelque sorte sacralisé. Et cela dépend aussi des femmes. Certaines vont être très pudiques, d’autres vont montrer plus facilement leur corps.

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Selon toi, que doit-être la photographie du XXI ème siècle ? Comment peut-elle faire preuve d’originalité ?

Comme pour tout art, tout a déjà été dit. Il ne s’agit pas de trouver de nouvelles choses à dire mais une nouvelle manière de les dire. Aujourd’hui plus que jamais tout n’est qu’image. Elle se consomme et a donc de moins en moins de sens. Tout le monde fait de l’image. L’image est partout, elle se partage, et son sens se perd. C’est pour ça que ce n’est pas de la photographie. La différence pour moi est qu’il n’y a pas de rapport réel et tangible.

Quel modèle d’appareil utilises-tu ?

J’ai travaillé au reflex pendant presque 10 ans. Maintenant je suis passé à un matériel qui s’appelle le foveon qui est une technologie à part et unique, un système propriétaire de sigma. Ceux sont des appareils très lents (une trentaine de secondes entre chaque photo). C’est bien un appareil numérique mais tu ne peux pas l’utiliser sans le développer. Mais la contrepartie de ça c’est que le résultat est vraiment très beau, et ça te permet d’apprendre la lenteur.

Comment développes-tu tes photos ?

Généralement pour les tirages de moyenne qualité je pars chez un développeur classique. Mais pour les tirages d’exposition et photographiques purs, je travaille avec une société allemande. Elle m’a proposé des matériaux de bases pour le développement et j’ai choisi l’aluminium. Selon la photo, je m’adresse à différentes sociétés pour trouver le meilleur rendu possible.

Est-ce que tu as un photographe qui t’as marqué ?

Il y en a trois qui m’ont marqué quand j’ai commencé la photographie et qui m’ont accompagné réellement. A l’époque celui qui m’a le plus marqué c’est David Lachapelle. C’est à dire de la technique pure, de l’imagination, de la folie. Il n’avait pas peur du « quand dira-t-on ? ». Il composait ses images comme un peintre. Ensuite Steeve Mc Curry, pour son portrait connu de la jeune afghane avec les yeux bleus. Tous ses portraits sont magnifiques, et encore une fois il utilise énormément la couleur. Même si c’est assez rudimentaire, mais c’est vraiment bon. Enfin, quitte à me faire quelques ennemis j’aimais beaucoup également David Hamilton. Il a été connu pour faire des photos de très jeunes filles, ce qui lui a valu quelques ennuis. Il était attiré par la beauté absolue et prenait beaucoup de nus ans des photos très épurées. C’est aujourd’hui devenu très kitch, très imité. C’était quelqu’un d’entier dans ce qu’il faisait, et ça m’a beaucoup inspiré.

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L’Afghane aux yeux verts, célèbre photographie de Steeve McCurry

Pourquoi cet autoportrait ?

Je porte du maquillage d’un lendemain de soirée où on s’est tous déguisés. J’avais des traces séchées sur la tête. J’aimais bien la texture. Et ce qu’il me plaît dans cette image c’est qu’elle est tactile, elle donne l’impression de pouvoir la toucher et la caresser. Comme tu le vois il y a des défauts. C’est ce qui me plaît justement car je ne voulais absolument pas me mettre en valeur, mais être pris tel que j’étais, en l’occurrence fatigué. Ce qui est intéressant dans l’autoportrait c’est que l’on est en recherche perpétuelle de soi-même. C’est un art en soi. Pour mon autoportrait, je me suis pris devant une fenêtre à la lumière du matin.

 

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