« Nous n’avons tué personne et ils nous ont fait subir pire que la mort»

Installée devant ma feuille, le stylo à la main, les mots me manquent. Désirant écrire sur le sort réservé aux femmes en Syrie, je ne peux plus après avoir visionné ces 72 minutes de témoignages glaçants. Je ne saurais trouver des mots assez forts pour décrire ces sentiments de tristesse et de rage qui m’envahissent alors face à ces actes barbares. Le documentaire « Syrie, Le Cri Etouffé » met en lumière les témoignages de femmes, frappées, violées, crucifiées, échangées, torturées physiquement et psychologiquement par les forces armées du régime de Bachar El Assad. Des larmes coulent et ne s’arrêtent plus. Je revois alors leur regard. Je les revois les unes après les autres raconter leur histoire respective, raconter leur combat, leur combat pour la liberté, leurs contributions à l’apport de soins pour les blessés. Tout cela faisant d’elles des « terroristes » et aboutissant à leur incarcération . « Les coups le matin et les viols le soir, les coups le matin et les viols le soir », « Ils nous ont toutes violées » témoignent-elles éclatant en sanglots. Toutes racontent qu’en ayant vécu ce qui fut le pire moment de leur vie, elles ont également perdu leur âme : « Mes pensées n’étaient plus à mon corps, et mon corps plus à mon âme. Mon âme était quelque part. Et mon corps entre les mains d’un monstre », « Nous avons payé de nos vies, de notre dignité, notre avenir s’est envolé. Mon cœur, lui, est mort. Mon âme est morte. Un spectre, je suis devenue un spectre. Seul mon corps est devant vous. »

syrie-le-cri-etouffeSyrie, le cri étouffé, documentaire diffusé le 7 décembre 2017 sur France 2

C’est alors qu’une femme lieutenant prend la parole, une femme qui a déserté l’armée de Bachar El Assad après avoir servi 8 années dans ses rangs. Elle nous raconte la façon dont les femmes ont été, et sont encore, utilisées, comme monnaie d’échange afin d’emprisonner les hommes qui, considérés comme des terroristes, ont participé à la révolution. «Tout citoyen libre ou tout citoyen engagé dans la révolution a eu une des femmes de sa famille envoyée en détention ». Le viol des femmes était alors utilisé « pour briser l’homme », « pour le détruire » affirme t-elle. Au début, ces viols avaient lieu exclusivement en incarcération puis sont rapidement devenus quelque chose de planifié. Ne se limitant plus aux prisons, les femmes se font désormais également violer aux barrages, à leur domicile, devant leur maris et leurs enfants, dans la rue. Une nouvelle pratique consiste à les enregistrer, ajoute l’ancienne militaire, les enregistrements étant envoyés aux combattant et aux époux refusant de se rendre.

Je les revois encore, ces femmes, témoignant des pires atrocités que le régime leur a fait subir. Elles qui ont été forcées à se livrer et assister aux viols d’autres prisonnières mais aussi de leurs filles, de leurs sœurs et de leurs amies. Elles, qui sous les bombardements, ont dû voir leurs fils, leurs filles, leurs époux, leurs amis, mourir sous leurs yeux. Elles, encore en vie, sont brisées à jamais. Combien de femmes ont disparu ? Combien sont mortes ? Combien sont-elles, enfermées, battues et violées, à l’heure ou je rédige ces lignes ? Sachant que la plupart des femmes arrêtées après 2013 ne sont jamais ressorties.

« Ça s’est passé il y a 5 ans maintenant et à chaque fois que je ferme les yeux, je revois ce qu’ils ont fait »

« Nous n’avons tué personne et ils nous ont fait subir pire que la mort, le viol est bien pire que la mort, la mort est préférable au viol ».

« Maintenant quand on entend qu’ils arrêtent une femme on lui souhaite de mourir ».

Pour revoir le documentaire, « Syrie, le cri étouffé » diffusé sur France 2 le 7 décembre 2017 : 

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