Le Monde sur Snapchat : entretien sur une nouvelle forme de journalisme

Je vous emmène aujourd’hui sur Snapchat,  et plus précisément dans sa rubrique Discover, où chaque jour, différents médias y publient des séries de “snaps” dans lesquels sont diffusés des contenus pour la plupart informatifs. Parmi ces médias, on peut notamment constater la présence de Melty, du journal L’Équipe, de Paris Match ou même de Konbini, Vogue… Mais c’est la présence du quotidien Le Monde qui a attiré mon attention. En effet, sur un réseau social ou 71 % des utilisateurs ont moins de 25 ans, il convient de se demander comment s’organise l’équipe en charge de l’édition du Monde pour tenter d’informer correctement ces jeunes et ce avec les contraintes du réseau social. Jean-Guillaume Santi, chef de service de l’édition Le Monde Snapchat, a accepté de répondre à mes questions afin de m’immiscer un instant dans les coulisses d’une nouvelle forme de journalisme !

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Jean-Guillaume Santi, chef de service de l’édition Le Monde Snapchat (© Le Monde)

Comment est apparu Le Monde sur Snapchat ?

On a commencé à avoir des discussions avec Snapchat courant 2015, avec des premiers contacts préliminaires pour finalement passer un accord avec eux courant 2016.

Quelle est la date de la première édition ?

C’était le 15 septembre 2016 : cela fait donc un an et demi que l’on y est, avec près de 425 éditions depuis.

Combien de personnes constituaient l’équipe à ce moment ?

Nous sommes toujours autant, c’est-à-dire sept. L’équipe est composée de 2 motion-designer (ce sont des graphistes qui font des animations, des vidéos…), 2 journalistes vidéos, 2 rédacteurs (des éditeurs de texte) et moi-même.

Comment s’organise une journée typique dans la rédaction ?

On commence le matin avec une conférence de rédaction à 9h30 : pendant 1 heure, on fait le tour de l’actualité. On regarde à la fois les actualités incontournables, mais aussi les petites actualités, qui nous font réagir, qu’on a vu sur des sites d’agence vidéos… À partir de là, on détermine un conducteur et la liste des 12 sujets qui composeront notre édition que l’on boucle autour de 17h.

Que faites-vous en cas de manque d’idées ?

Il y a à la fois des sujets d’actualités mais aussi les portraits de telle ou telle personnalités. Si cela ne rentre pas dans l’édition du jour, on l’envoie dans le frigo. C’est là où l’on stocke une liste de sujets que l’on n’a pas encore fait qu’on peut récupérer parfois en les mettant dans une autre édition. Quand on a plein d’idées, on essaie de ne pas toutes les griller en regardant ce qui est reportable selon l’actualité.

Combien avez-vous de vues sur les éditions ?

On fait 5 à 6 millions de visiteurs uniques par mois, uniquement en France, mais des discussions sont actuellement en cours avec Snapchat pour être vus au-delà des frontières. On observe une croissance régulière de cette audience. On a dû multiplier par 15 notre audience depuis la création.

Quels sujets attirent le plus de gens ?images

Les sujets sociétaux, qui intéressent beaucoup la communauté : notamment autour des discriminations, des sujets qui parlent, comme le sexisme, ce ne sont pas que des sujets d’adultes. Malheureusement on a eu beaucoup de jeunes lectrices de 13/14 ans qui nous ont écrit qui sont déjà confrontées au harcèlement (même moral) à l’école : c’est intéressant de voir que l’on peut poser des débats comme cela sur Snapchat. Sinon les sujets sur les sciences attirent aussi.

Les utilisateurs sont pour la plupart très jeunes : comment vous adaptez votre contenu par rapport à cela ?

On reprend des articles déjà faits dans le journal ou le site, on les déstructure complètement et on en extrait des chiffres importants, une carte, des éléments visuels intéressants et on retravaille la matière autour du principe de base de navigation de Snapchat, c’est-à-dire une série de 12 snaps vidéos. L’idée c’est de transformer des articles existants pour les adapter de manière plus pédagogique. On se pose souvent la question “Est-ce que moi quand j’avais 14 ans j’étais au courant de ça ? Est-ce que je connaissais le nom du Ministre de la Défense ?” et si la réponse est non, on le précise pour être le plus compréhensible possible.

Pensez-vous qu’avec ce type de médias les jeunes sont en général mieux informés ?

Pas sûr. Ce serait relativement prétentieux de dire ça ; par contre on informe bien, en tout cas on essaie. Notre idée était d’aller parler à ce public, sur son réseau social et ce tout en gardant notre identité, notre âme, notre marque de fabrique et notre rigueur pour vérifier des informations, tout en s’adaptant de manière plus visuelle, ludique avec des infographies, des dessins, dans l’univers pop-culture et très visuel de Snapchat. L’important est aussi de rester fidèle à nos fondamentaux, à savoir que l’on est un site d’actualité, qui est sérieux et qui entend informer correctement les gens. Je n’ai rien contre Buzzfeed ou d’autres sites de ce type, mais on ne voulait pas faire semblant d’être quelque chose que l’on ne voulait pas juste pour être sur le Discover Snapchat, on voulait rester fidèles à nos valeurs.

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Journalisme et Réseaux Sociaux : les nouveaux médias

La direction du Monde vous laisse-t-elle carte blanche ou à l’inverse elle vous impose ou restreint certains sujets ?

On détermine nos sujets en fonction de ce que Le Monde a fait. Notre circuit-copie (les personnes qui relisent les articles, qui vérifient que les infos soient bonnes) est pleinement intégré à la rédaction. Aussi, quand on écrit un papier, un rédacteur en chef relit les articles pour s’assurer qu’ils soient “raccords” à ce qui est proposé initialement. Sinon, on n’est pas “censurés” par la direction, on est vraiment extrêmement libres ; ceci dit, on n’a jamais vraiment fait de fautes de mauvais goût… La direction et la rédaction en chef nous font confiance pour trouver la meilleure proposition éditoriale tous les jours !

Dans le même sens, est-ce que Snapchat a déjà interféré sur votre contenu ? Avez-vous déjà eu des mises en garde sur un sujet ?

Non, vraiment pas, on n’a jamais eu de problème par rapport à ça ! Snapchat nous propose la plateforme, nous proposons la ligne éditoriale, c’est ce qui faisait partie de l’accord de base. En même temps, ils seraient mal placés pour nous faire ces retours là. Après, il y a des règles communes qui sont fixées à l’ensemble de Snapchat, pour éviter des types de contenus, trop sexuels ou violents par exemple ; je pense que c’est surtout pour protéger l’audience, qui est jeune. Même si je pense qu’il faut montrer l’actualité telle qu’elle est, y compris dans ses aspects les plus horribles (parce que malheureusement quoi qu’on en dise il faut le montrer), on n’est pas assez idiot pour montrer des cadavres, on s’impose nous-même des règles de bonnes conduites.

On parle beaucoup de désinformation aujourd’hui, qui se fait énormément via les réseaux sociaux comme Twitter ou Facebook. Est-ce que, selon vous, Snapchat a la volonté de se démarquer en évitant les fake news tout en développant une nouvelle forme de journalisme ?

Oui, effectivement, ils veulent avoir une position différente des autres réseaux. Facebook permet à tout un chacun – y compris des obscurs néo-nazis – de créer leur pages. Sur Snap, ce n’est pas le cas. Ils font appel à une dizaine de médias, il les choisissent pour leur qualité et il n’y a pas de fake news, cela fait partie de leur stratégie.

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