Zineb Ouadih : « Mon roman était la manière la plus naturelle pour moi d’allier mes trois passions »

Zineb Ouadih est une étudiante de première année à Sciences Po Paris, campus de Menton. Originaire de Meknès au Maroc, elle a écrit un roman, Jusqu’à la lune, qui se passe pendant la Deuxième Guerre Mondiale à New York principalement. Combat l’a rencontrée pour parler de son parcours hors normes.

Combat : A quel moment as-tu commencé à écrire ton roman ?

Zineb Ouadih : D’aussi loin que je me souvienne, j’écris de manière générale depuis que je sais écrire et que j’ai un minimum d’imagination. Mais au début, c’était juste de petites histoires assez niaises. J’ai réellement commencé à écrire au collège, j’ai d’ailleurs plusieurs romans non aboutis. J’ai commencé à écrire celui-ci en 5ème et je l’ai fini la même année, mais l’esprit qui s’en dégage est totalement différent de la version finale, et mon professeur de français m’a conseillée de le revoir. Je n’ai donc conservé que les cinq ou six premiers chapitres et ai modifié la totalité de l’histoire. J’ai fini la seconde version en octobre 2016 après une césure de trois ans, grâce à un ami qui a lu les premiers chapitres et m’a fortement encouragée à terminer l’écriture de mon roman. Il est d’ailleurs la première personne que j’ai contactée au moment où je mettais le point final à cette histoire.

C : Raconte-moi les circonstances de l’écriture de ton roman. Comment t’es venu l’intrigue ?

ZO : A la base, c’est la période historique qui me fascinait, mais je ne savais pas ce que je pouvais construire autour de cette période. Je ne voulais pas faire quelque chose de “cliché” et raconter les choses horribles qui se sont passées pendant la Seconde Guerre Mondiale que tout le monde raconte déjà. Je voulais adopter un point de vue original et je me suis dit qu’il valait mieux parler de petites histoires au lieu de me concentrer autour de grands personnages historiques. En ce qui concerne l’intrigue, ça me venait sur place, c’est-à-dire que j’ai commencé à écrire les premiers chapitres et au fur et à mesure que je continuais, des idées me venaient. J’ai imaginé l’histoire de plusieurs personnages au même moment, sous forme de petits « flashs » qui décrits comme ça n’ont pas forcément de sens. Vous trouverez certaines de ces scènes au milieu voire à la fin du roman. Tout ce qu’il me restait à faire était de coucher ces idées sur le papier et de tisser un lien entre elles. Ainsi, la plupart des événements les plus déterminants de l’histoire n’étaient pas du tout prévus à l’origine. Certains personnages ont été introduits sur un coup de tête, sans que je ne sache précisément quel rôle ils auraient à jouer. En revanche, le destin de mes personnages principaux était scellé avant même que je ne commence le travail d’écriture.

C: Comment passer de la fascination pour une période historique à l’écriture d’un roman ?

ZO : Depuis que je suis toute petite, j’aime lire, mais je n’ai jamais osé écrire avant. C’est en grandissant que j’ai développé un esprit critique vis-à-vis de mes lectures et je me suis rendue compte qu’il y avaient plusieurs choses que je n’aimais pas dans la lecture de certains livres. J’ai donc décidé d’écrire le mien. Donc je suis partie de cette période de l’Histoire, et puisque celle des Etats-Unis en particulier m’intéresse beaucoup, j’ai décidé que la plupart des scènes se dérouleraient là-bas. J’ai une imagination débordante et je m’étais prise de passion pour la Seconde Guerre Mondiale ainsi que pour les États-Unis. Ce roman était la manière la plus naturelle pour moi d’allier ces trois passions.

C : Pourquoi ne t’es-tu pas adressée à une maison d’édition pour imprimer ton roman ?

ZO : Le monde de l’édition au Maroc est extrêmement pauvre. Si tu n’as pas de relations ou de contacts au sein d’une maison d’édition, tu as très peu de chances d’être publié. Et même en étant publié, ça va pas servir à grand-chose pour ton roman parce que les Marocains francophones consomment plus les livres issus des maisons d’édition françaises. En plus, j’évoque dans mon roman certains thèmes, tels que l’alcool, et je ne suis pas sûre que ça passerait auprès des lecteurs et encore moins auprès des maisons d’édition, surtout venant d’une fille de dix-sept ans. J’ai donc décidé de m’auto-publier, en suivant les conseils d’un auteur connu au Maroc avec lequel je suis rentrée en contact, Moha Souag, par le biais d’une amie, et d’aller voir un imprimeur professionnel en attendant d’être en France et espérer pouvoir y être publiée.

C : Comment t’es-tu fait connaître et comment as-tu vendu les premiers exemplaires de ton roman ?

ZO : J’ai réussi à vendre une centaine d’exemplaires grâce aux réseaux sociaux et au bouche-à-oreille. Pour financer mon auto-publication, ma grand-mère m’a proposé de lui emprunter de l’argent. Avec les exemplaires vendus, j’ai pu la rembourser et gagner quelques euros pour moi. J’ai toujours eu des retours positifs sur mon livre, ce qui me conforte dans l’idée de poursuivre ma passion.

C : Quelles ont été les réactions de ton entourage à l’annonce de l’achèvement de ton livre ?

ZO : Mes proches sont tous très contents et fiers que j’ai écrit un livre, mais seul mon grand-père l’a vraiment lu plusieurs fois. Et à chaque fois, il trouve de nouveaux détails et on en parle ensemble. J’ai beaucoup aimé son accueil de mon roman et ses analyses concernant l’histoire et les personnages.

C : As-tu d’autres projets d’écriture ? Voudrais-tu en faire ton métier ?

ZO : Je suis en train de travailler sur une autobiographie parce que je sentais que je pouvais écrire sur moi-même et sur ce que j’avais vécu. Je l’écris par fragments en prenant des thèmes qui sont importants dans ma vie. Mais je ne pense pas la publier, du moins pas pour le moment. Je suis aussi en train de donner une suite à ce roman, qui se déroule une décennie plus tôt, et permet de comprendre certains éléments de celui-ci, car je sens que je n’ai pas encore exploité certains personnages autant que je le voudrais. Par contre, je ne projette pas de faire de l’écriture mon métier, puisque j’aimerais soit travailler dans les relations internationales, soit dans la défense. Ecrire reste un passe-temps car mon inspiration est très sporadique, ce qui ne me permettrait pas d’en vivre.

C : Comment vois-tu tes personnages ? Quelles relations as-tu avec eux ?

ZO : La plupart de mes personnages vivent les émotions intensément parce que, d’une part, je suis  moi-même rarement dans la demi-mesure, et d’autre part, leurs émotions doivent pouvoir se transmettre aux lecteurs. Il y a des personnages de mon livre que j’adore, et cela se ressent dans la manière dont j’en parle, et d’autres que j’aime beaucoup moins. Cependant, même si je ne les aime pas, pour certains, je juge leur présence et leurs réactions nécessaires pour continuer le roman. Mais au final, chacun des personnages représente des petites parts de ma personnalité. Comme j’ai tracé leurs destinées pendant plusieurs années, je me suis sincèrement attachée à eux, et les décisions que je leur fais prendre sont plus liées à la personnalité que je leur ai donnée au tout début qu’à l’histoire en soi. Comme j’ai eu le temps de les laisser mûrir et de leur construire une personnalité à part entière, je suis parfois incapable de répondre à des questions que me posent mes lecteurs à leur sujet.

C : Quel est l’avenir de ton roman ?

ZO : Maintenant que je n’en ai presque plus de stock, je compte m’adresser à une maison d’édition française. Pour le moment, mon emploi du temps est plus chargé que prévu, mais j’espère pouvoir le faire dans un avenir proche. J’aimerais aussi préciser que j’ai un peu plus d’une dizaine d’exemplaires en stock, s’il y a des intéressés !

Que vous soyez éditeurs ou lecteurs, vous pouvez contacter Zineb Ouadih :
zineb.ouadih@sciencespo.fr
0624318792

 

© Photo de Combat

Une réflexion sur “Zineb Ouadih : « Mon roman était la manière la plus naturelle pour moi d’allier mes trois passions »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s