Juste quelques secondes d’évasion …

Et si, rien qu’un instant, on vous permettait de vous évader, de vous enfuir. Si on vous permettait, à travers ces captures d’instants, de découvrir des paysages, des visages, un aperçu de pratiques culturelles vous étant peu familières. En sillonnant les routes numériques, nous étions en admiration devant ces clichés, réalisés par Nicolas Perron, qui nous faisaient tout simplement rêver.

Et si, pour quelques secondes, le temps pouvait s’arrêter, s’arrêter sur le sourire de cet enfant, sur le quotidien de ce vendeur ambulant ou encore sur le regard perdu de cette vieille dame. Assoiffés de découverte culturelles et de voyages, nous sommes paradoxalement contraints à être piégé dans notre quotidien répétitif, mais ce photographe nous a permis, ne serait ce qu’un instant, d’en sortir et de pouvoir également imaginer le leur.

Stuart Franklin disait  » Dans un monde de mots, les photos ont encore de l’importance« . Les photographies ont ce pouvoir particulier de transmettre tellement plus que des mots. D’un simple regard, elles nous transportent ici et là, nous font ressentir joie, tristesse, douleur, bonheur. Contrairement à un texte, une photographie, elle, se comprend grâce à nos sentiments et à nos yeux. Cependant, quand bien même, nous observons une seule et même image, chacun d’entre nous aura une interprétation différente liée à notre sensibilité, à notre âge, à notre nationalité, à notre classe sociale, à notre vécu. Les photos de Nicolas Perron nous ont fait voyager en terre inconnue, en Asie. Bouleversées par ces visages marqués par la vieillesse, le travail, le sourire jusqu’aux oreilles en voyant celui d’un petit ou encore plongées dans le regard profond de cette jeune fille.

Ces photos sont empreintes de pureté, simplicité, beauté et nous souhaitions vous les faire partager. Nous avons donc pris contact avec Nicolas Perron, qui a accepté de répondre à nos questions. 

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© Nicolas Perron 

Combat : Pouvez-vous vous présenter, nous parler de votre parcours et de ce qui vous a donné envie de faire de la photographie ?

Nicolas Perron : Mon parcours n’est pas celui d’un photographe classique. J’ai suivi un cursus généraliste et un bac+5 (école de commerce).

La photographie a toujours été une passion propre et pour laquelle je n’ai jamais voulu suivre de formations. Je suis un autodidacte de cette discipline et je photographie à l’instinct. Toutefois, je me suis beaucoup documenté quant à la technique de prise de photos et de post-production.

J’ai découvert la photographie très jeune à la fois grâce à mon père, qui était un amateur de photographie, et ma mère, qui m’a transmis le goût du voyage.

Mon premier appareil photo m’a été prêté par mon père. C’était un Nikon FM argentique… A partir de là, j’ai toujours éprouvé un plaisir immense à photographier les personnes, les scènes de vie, autour de moi, et notamment lors de mes nombreux voyages. C’est ainsi que j’ai développé mon goût pour la photo dite « humaniste » (même si ce terme est de plus en plus galvaudé).

C : Quels outils informatiques et matériels utilisez-vous ?

N.P : Pour la partie photographie, j’utilise un canon mark II, et des focales classiques : 16-35 f2.8 L, 24-70 f2.8 L, 50 f1.4, 70-200 f4.0 et un 100 macro f1.8. Essentiellement, j’utilise le 24-70, le 50 et le 100 (surtout pour les portraits).

En post-production, j’utilise un mac book pro et Lightroom.

C : Comment définiriez-vous votre photographie?

N.P : Je décris mon style photographique comme « humaniste ». Toutefois, j’ai des difficultés à le définir précisément. En effet, quand la lumière s’y prête j’aime beaucoup photographier des atmosphères, différentes scènes de vie et des paysages aussi. J’aime la photographie d’instinct !

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© Nicolas Perron 

C : Est-ce une photographie engagée ?

N.P : Jusqu’à aujourd’hui, mon style photographique ne peut être qualifié d’engagé. Toutefois, à court et moyen terme, mon objectif est de réaliser des documentaires / reportages photographiques dans des environnements sociaux difficiles et humanitaires (camps du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, situations de conflits, problèmes sanitaires, accompagnement d’associations sur le terrain, etc). C’est pour cela que de plus en plus je sollicite des associations afin de réaliser ce type de documentaires / reportages, pour leur compte et à titre gracieux. Ainsi, mes photos pourraient être le miroir d’une réalité et pourraient être vendues pour collecter des fonds ou sensibiliser. 

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© Nicolas Perron 

C : Que recherchez-vous à exprimer à travers vos photographies ? Le but de vos photographies pourrait-il être de promouvoir les différentes cultures ?

N.P : Promouvoir les différentes cultures est très ambitieux et peut-être assez réducteur avec le prisme du photographe.

Ce qui m’intéresse profondément dans les sujets que je cherche à prendre en photos, c’est la différence de style de vie entre la société occidentale et les sociétés du Moyen-Orient, de l’Asie et de l’Amérique du sud.

Par exemple, en Asie du Sud-Ouest, je suis toujours fasciné par le quotidien / l’environnement précaire et / ou simple d’une partie de la population, la capacité d’adaptation de cette population (au regard de leur niveau de vie, des contraintes géographiques, etc.), son enthousiasme et sa générosité… presque aux antipodes des modes de vie occidentaux. C’est ce que j’essaye de mettre en avant avec mes photos. Evidemment, la beauté , la pureté d’une personne, d’un environnement ou des couleurs qui composent les photos apportent une touche assez magique à ces moments à photographier.

C : A quelle fréquence voyagez-vous ? Que vous inspirent les voyages ?

N.P : Je voyage entre deux à trois fois par an, principalement en Inde, en Birmanie, au Laos, au Vietnam et en Indonésie.

Mes voyages m’inspirent des photos et l’envie d’y retourner encore, encore et encore…

J’aimerais, surtout à terme, y retourner pour offrir mes photos de portraits aux personnes photographiées !

Enfin, mes voyages m’inspirent un peu de pessimisme dans les relations humaines avec les habitants des pays que je visite. En effet, le tourisme de masse, couplé à l’ouverture d’internet, « cassent » la magie et la spontanéité des rencontres.

C : Quel pays vous a particulièrement marqué ?

N.P : En premier lieu, et ce depuis mon premier voyage, l’Inde m’a profondément marqué. J’ai comme une addiction à ce pays, à ses coutumes et à ses lumières et couleurs. Le point culminant de mes voyages en Inde aura été ma participation à la Kumbh Mela (le plus grand pèlerinage religieux au monde).

Puis, j’ai découvert la Birmanie et le Laos qui m’ont émerveillé pour des raisons très différentes de l’Inde. Mon émerveillement pour ces deux pays repose plus dans les relations humaines.

Enfin, j’ai envie d’explorer l’Indonésie dans les prochaines années, et notamment l’ile de Sumatra qui m’a enchanté à sa première visite.

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© Nicolas Perron 

C : Comment choisissez-vous vos paysages, portraits, pays ?

N.P : Les scènes de vie et les portraits ne sont jamais choisis à l’avance. Toutes mes photos sont spontanées et rarement réfléchies. Toutefois, il se peut que je découvre un lieu, un mur, une façade, une lumière… et que j’attende, de longs moments, la scène qui se déroulera dans cet environnement repéré en amont.

Pour les paysages, c’est très différent. C’est par nature moins spontané. En effet, je peux revenir à un endroit à différents moments de la journée pour y capter la meilleure lumière.

Enfin, ma femme joue un rôle déterminant dans le choix des photos à prendre. Elle peut être partie prenante des photos prises. En effet, elle a un très bon contact avec les gens, ce qui facilite les approches et m’aide à cadrer mes sujets.

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© Nicolas Perron 

C : Lorsqu’une personne se retrouve sur votre photo, comment se passe la prise de vue? Y a-t-il un premier contact avant avec le sujet de la photo ou après?

N.P : Il n’y a jamais un premier contact avec les personnes que je souhaite photographier. J’essaye d’être très discret et surtout de ne pas être agressif avec les personnes à photographier. Je ne veux pas leur donner l’impression que je vole leur image. Il m’est arrivé de sentir une véritable réticence de la part des sujets à photographier. A ce moment, je baisse mon appareil et ne prends pas la photo. Je ne suis pas dans une démarche « prêt à tout pour une photo ». Si je ne respecte pas mon sujet, la photo ne me plaira jamais.

Toutefois, certaines personnes m’interpellent. Je leur montre la photo et je peux même demander leur adresse (postale ou mail) pour leur envoyer les photos prises.

C : Vos photos traduisent une certaine pureté, un naturel sans faille, comment expliquez-vous cela ?

N.P : Désolé mais je ne sais pas répondre à cette question. En effet, je ne me la pose jamais pendant la prise de photo et même en post-production. Le croisement spontanéité, recherche de lumière et respect de mon sujet doit y participer.

Et merci pour le compliment !

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© Nicolas Perron 

C : Arrivez-vous à vivre de la photographie ?

N.P : Vivre de la photographie n’a jamais été un objectif. J’ai une activité professionnelle par ailleurs qui me satisfait et qui me permet justement de mener mes propres projets photographiques.

Il m’arrive parfois de répondre à certaines commandes, de vendre certaines photos et d’en offrir à mes plus proches.

Vivre de la photographie ne me permettrait pas d’avoir ma liberté actuelle dans mes choix de destinations et de photos qui en résultent.

C : Pouvez-vous nous présenter une de vos photo favorite. Que représente-t-elle pour vous ?

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© Nicolas Perron 

N.P : J’aime cette photo qui a été prise en Birmanie sur un bateau. J’étais avec ma femme et j’y ai retrouvé tout ce que j’aime : la protection d’une mère pour ses enfants, un sentiment de quiétude, le bruit du silence. A cette scène, s’ajoute évidemment le cigare qui est resté dans la main de la mère et qui donne à cette photo un côté improbable. Je trouve cette photo hors du temps et hors de nos repères occidentaux.

C : Enfin, quel conseil pourriez-vous donner à un jeune qui souhaiterait s’impliquer dans le domaine photographique ?

N.P : D’abord, définir un domaine photographique bien précis : mode, fooding, humaniste, animaux… et surtout ne jamais dévier de ses convictions et de ce que l’on aime faire au plus profond.

Ensuite, se créer un réseau (autre que celui des réseaux sociaux) fort en participant à des concours, en suivant des cours, en assistant à des vernissages, en rencontrant des Directeurs artistiques de magazines, etc.

Enfin, ne pas attendre la photo pour en vivre… ce qui est malheureusement très difficile et rare.

Merci encore à Nicolas Perron pour ses réponses. Pour voir davantage de ses photos, rendez-vous sur son compte Instagram : @nicolasperron_photography ou sur sa page web : http://www.nicolasperron.com

Propos recueillis par Louise Hervieux et Marie Désévédavy. 

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© Nicolas Perron

 

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