#JIST Insup-portable

Aujourd’hui, mardi 6 février, nous sommes la journée sans téléphone portable. Qui a bien pu avoir l’idée d’inventer une telle journée, me demanderez-vous ? Petite fierté nationale, c’est un écrivain français, Guillaume Marso, qui a eu la brillante idée en 2001.

Cette journée a été créée au départ pour réfléchir sur l’utilisation des téléphones portables. Pourtant, quand on pense à la date de création de cette journée, il semble évident que, notamment depuis l’arrivée des smartphones, les téléphones portables ont acquis de plus en plus d’importance dans nos vies.

Ou est le mal, après tout ? C’est un petit outil bien pratique, qui nous fait gagner énormément de temps, non ? Il nous simplifie la vie, n’est-ce pas ?

Répondre à ces questions par la négative serait sans doute de la mauvaise foi, mais répondre par la positive serait tout autant dangereux. Loin d’être un outil innocent, les smartphones, lorsqu’ils ne sont pas utilisés avec précaution (comme l’alcool, en somme), peuvent se révéler très dangereux.

Pour appuyer ce propos, on peut se servir de quelques chiffres. Selon une enquête intitulée “L’Attention à l’heure du numérique” réalisée en 2016 par BVA-Orange-Psychologies, un tiers des Français et deux tiers des moins de 25 ans se disent dépendants de leur smartphone. Et nous parlons ici que de ceux qui avouent leur dépendance.

De même, selon le livre de Jonathan Crary, 24/7 : Le Capitalisme à l’assaut du sommeil, publié en 2014 aux éditions La Découverte, l’évolution du temps moyen de sommeil d’un adulte américain a nettement diminué depuis le début du 20ème siècle, en passant de 10h en 1900 à 6h30 en 2014. Mais c’est depuis l’introduction du premier téléphone portable, en 1989, qu’on a eu la chute la plus vertigineuse, en passant en à peine plus de 20 ans de 8h de sommeil moyen à 6h30, alors que le nombre d’heures moyennes conseillées par nuit se situe entre 7h et 9h. On ne peut légitimement penser que les smartphones n’ont pas leur mot à dire dans cette évolution.

Nous n’avons donc plus vraiment le temps de dormir, “grâce” aux smartphones. Ou du moins, nous ne le prenons plus. Si nous devenons tous des zombies ambulants, qu’on se plaint d’être constamment fatigués, ces petits objets qui nous suivent partout ne sont sans doute pas si innocents.

Et la fatigue qui nous gagne n’est pas seulement une conséquence du manque de sommeil. Apparemment, nous ne savons même plus nous ennuyer. Selon une enquête de 2015 réalisée par Baromobile OMG/SFR Régie, 91% des Français utilisent leur smartphone quand ils s’ennuient. Derrière ce chiffre impressionnant, quelle réalité se cache ? Une réalité où notre cerveau n’a plus le temps de se reposer, où un flux d’information continu lui arrive en pleine face. S’ennuyer, cela peut avoir du bon. Sans un certains temps pour s’ennuyer, pour ne simplement rien faire, quand est-ce que nous pouvons réellement nous reposer, alors même que nous dormons de moins en moins ?

Michael Huberman et Chris Minns, eux, dans une étude de 2015, avancent que nous passons la moitié de notre temps libre devant un écran. Ces chiffres sont tout autant alarmants les uns que les autres. En nous connectant de plus en plus avec les smartphones, nous finissons par nous déconnecter du monde réel. Oui le monde réel, vous savez, cette chose étrange qui se situe autour de nous ? Sans aucune emprise dans le monde réel, le risque est grand. Nous risquons tous de perdre pied, de ne plus savoir où aller. Et c’est pas le GPS installé sur notre smartphone qui nous l’indiquera. De nombreuses études pointent déjà du doigt l’augmentation du stress, de l’anxiété parmi la population. Alors, que faire ? Se couper du monde virtuel, arrêter de communiquer virtuellement avec les autres ? De plus en plus de personnes, tentées par la “déconnexion”, choisissent consciemment de ne plus se servir de ce type d’outils. Pour autant, si l’expérience peut se révéler intéressante pendant quelques jours, ce n’est peut-être pas la bonne solution sur le long terme. Nous pourrons dire que nous aurons réussi à contrôler nos téléphones et qu’ils auront arrêté de nous contrôler quand nous saurons nous en servir plus intelligemment, sans nous laisser aliéner et en profitant de leurs atouts. Les nouvelles technologies ne sont pas une invention du diable destinées à nous zombifier, malgré toutes les entreprises qui cherchent à nous vendre des produits et à nous rendre addicts. Il s’agit simplement, comme souvent, de trouver le juste milieu. Alors oui, nous pourrons vraiment dire que les téléphones nous font gagner du temps. Pour l’instant, on est plutôt dans la relation inverse, et la courbe ne semble pas prête de s’inverser…

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