Nous reste-t-il encore un peu d’humanité ?

Le 18 décembre dernier, c’était la journée internationale des migrants. Une question ne cesse de me tourmenter : nous reste-t-il encore un peu d’humanité ? Alors que les flux migratoires s’intensifient de par la globalisation, quelles sont les actions mises en place pour accueillir, humainement, ces personnes? Sont-elles traitées avec respect et dignité ?

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Des migrants empruntent chaque jour des embarcations de fortune, à leurs risques et périls, dans l’espoir d’un meilleur futur.

Les migrations existent depuis toujours, comme le dit Bertrand Badie, elles représentent un « fait social ordinaire ». Il faut alors comprendre ici que la migration est un fait social, provenant de faits peu ordinaires mais, du fait de récurrence, ce fait social est devenu régulier et ordinaire. Il ne s’agit pas de prendre en charge de l’extra-ordinaire mais à l’inverse, s’occuper de l’ordinaire, de l’humain. En 2015, 3% de la population mondiale est représentée par des migrants internationaux, soit 250 millions de personnes. 740 millions représente le nombre de migrants internes. Ce même auteur considère que « sans les flux migratoires, la population européenne aurait diminué à peu près de quatre million et demi de personnes »

« Qu’ils rentrent chez eux », « ils prennent nos emplois », « ils profitent du système, des aides dont l’Etat français dispose », « ils cherchent à imposer leur culture ». Tant de mots doux à destination des migrants. Ce n’est pas par plaisir qu’ils ont décidé de tout quitter, qu’ils ont dû faire des sacrifices. Ce n’était pas un choix, mais une contrainte, une obligation afin de survivre. Les emplois dans lesquels s’insèrent ces personnes sont ceux laissés à l’abandon, où il manque justement de la main d’œuvre. Enfin, n’existe-t-il pas, malheureusement, des nationaux qui profitent eux-mêmes du système de leur pays ? Les migrants contribuent à l’économie et au développement du pays d’accueil, ainsi qu’à celui d’origine par le biais des remises. Et non, ils ne modifient pas notre culture ou notre habitude de vie. Cela s’appelle échanger. Oui, il y a des cultures, des coutumes, des traditions qui sont propres à des pays, à des peuples. Et donc ? Cela représente un enrichissement personnel tellement important et vital pour ne pas porter des œillères sur un peuple, un pays, qui nous était jusque-là inconnu, lointain. Ce mélange impulse une dynamique et une ouverture culturelle pour les pays confrontés à la migration. Ce phénomène social représente « un bien public mondial » (Badie) puisqu’une population croît culturellement grâce à la présence de migrants. Ces propos reviennent à stigmatiser, généraliser, exclure les migrants qui cherchent, tant bien que mal, à avoir une vie décente, loin des conflits par exemple. Les flux migratoires ne sont que la conséquence de l’action de l’homme. Les guerres, le réchauffement climatique, la stigmatisation en raison de sa sexualité, les conflits géopolitiques, l’économie. Alors, quitte à provoquer ces déplacements de personnes, pourquoi ne pas les prendre en charge plutôt que de se renvoyer la balle et laisser des pays, à bout de souffle, devoir trouver des solutions, seuls ?

Cet été, l’affaire de Cédric Herrou a particulièrement retenu mon attention et m’a paru aberrante, absurde, irréelle. Cet agriculteur français a été reconnu coupable par la justice, lui infligeant une peine de quatre mois de prison avec sursis. Coupable de quoi me direz-vous ? D’avoir aidé des migrants. A croire qu’il en deviendrait plus facile et plus commode de se replier sur soi, de construire des murs et de renforcer les contrôles frontaliers plutôt que de prendre en charge ces personnes, ces êtres humains. Pour que l’individualisme et l’égoïsme priment sur la solidarité, le sociétal et l’humanisme.

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Cédric Herrou, à Nice devant le palais de justice, le 4 janvier. © AFP

Dans le cadre de la prochaine loi  « Immigration-Asile », le Président français Emmanuel Macron, en compagnie de son ministre de l’Intérieur Gérard Collomb, a annoncé, le 16 décembre, vouloir durcir les conditions d’expulsion des migrants. D’un côté, le projet de loi souhaite accélérer les procédures pour les demandeurs d’asile ainsi qu’accueillir 10.000 réfugiés d’ici à 2019. Bien. De l’autre côté, la répression et la fermeté sont de mise. Il s’agirait d’augmenter le nombre de jours de détention dans un centre de rétention administrative (Cra). La rétention passera alors de 45 à 90 jours. Le nombre de places devrait également aller crescendo et ajouter 400 espaces supplémentaires au 1 300 déjà existantes. Personnel policier de l’air et des frontières (Paf) et matériel seront eux aussi revus à la hausse, tout comme les dispositifs juridiques qui seront davantage durcis.

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« Ce sont des hommes grand et forts pour les travaux de la ferme » vendus aux enchères en Libye pour près de 700 dollars. © CNN

En Libye, fin novembre de ce vingt-et-unième siècle, ce sont des migrants du continent qui étaient vendus aux enchères pour 700 dollars afin de les convertir en esclaves et de s’en servir comme main d’oeuvre dans les fermes, notamment. La vidéo, rapportée par CNN, a évidemment fait réagir dirigeants et institutions, quand bien même cette situation était connue depuis le début de l’année, au moins. Mais évidemment, prendre des sanctions et trouver des solutions prend du temps…

Encore, qui se souvient du petit kurde de trois ans, Aylan Kurdi, échoué sur une plage en Turquie, visage dans le sable, inerte ? Cette photo avait fait la Une de nombreux magazines et journaux internationaux en 2015 pour alerter sur la situation migratoire. Les différents Etats européens cherchaient un accord, répartir les déplacés parmi les différents pays membres. Y-a-t-il du changement ? Une évolution ? Comme pour tout, les intérêts et priorités internes de chacun sont repassés au premier plan, laissant ces personnes, comme toujours, dans l’attente d’une solidarité internationale. Cette vidéo de vente aux enchères ne serait-elle qu’un rappel de cette situation urgente qui consiste à secourir les populations en détresse, et ne pas uniquement à s’émouvoir pendant un temps puis retourner à ses affaires internes? Enfin, on entend parler de « vague migratoire », d’un phénomène de grande ampleur auquel est confronté l’Europe. Mais les précédentes migrations étaient bien plus importante. 86% des réfugiés – soit les migrants ayant reçu le statut de réfugiés – sont pris en charge dans des pays limitrophes aux pays d’origine des migrants ou en voie de développement (Pakistan, Liban, pays d’Afrique, Turquie, etc). Les 14% restants sont répartis entre les Etats-Unis et la France. Alors non, il n’est pas possible de dire que l’Europe, que la France est débordée par ces flux migratoires.

Je vous le demande alors, nous reste-il encore un peu d’humanité ?

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Le jeune syrien Aylan Kurdi, retrouvé sans vie le 2 septembre en Turquie, sur une plage de Bodrum. © AFP

Quelques discours :

« Les preuves ne manquent pas pour montrer que les migrants produisent des avantages économiques, sociaux et culturels pour toutes les sociétés. L’occasion pour nous de reconnaître les contributions qu’apportent les 258 millions de migrants de par le monde et d’en célébrer la vitalité. Et pourtant, l’hostilité envers les migrants ne fait, hélas, que croître à travers le monde. Il est, plus que jamais, urgent de faire preuve de solidarité avec les migrants. (…) Depuis les temps immémoriaux, les êtres humains se sont déplacés, en quête de nouveaux débouchés et d’une vie meilleure. Les migrations existent depuis toujours. Et elles continueront d’exister, à cause des changements climatiques, de l’évolution démographique, de l’instabilité, de l’aggravation des inégalités, des besoins des marchés du travail et de la recherche de meilleures conditions de vie. », Antonio Gutteres, Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies.

« Alors que nous vivons une époque dans laquelle une élite privilégiée considère la mobilité mondiale presque comme un droit de naissance, de nombreuses autres personnes prises au piège dans des situations économiques dramatiques ou des conflits se voient privées de ce droit. Des centaines de millions de personnes qui ne sont pas compétitives sur le marché du travail de plus en plus mondialisé doivent regarder de l’extérieur un monde dont elles ne peuvent que rêver. Elles font face à de grandes difficultés et inégalités de revenu et n’ont aucune chance d’obtenir un visa ou un permis de travail. (…) C’est là où les réseaux de passeurs, les trafiquants et les esclavagistes modernes entrent en jeu pour se livrer à leur commerce en toute impunité. Ces tromperies cruelles restent impunies alors que les géants des médias sociaux partent à la conquête de nouveaux marchés dans les pays du Sud », William Lacy Swing, directeur général de l’Organisation Internationale des Migrants.

Une réflexion sur “Nous reste-t-il encore un peu d’humanité ?

  1. J’ai bien aimé l’article, c’est un sujet important! Mais si on pouvait éviter de remettre la photo du petit syrien sur la plage, ce n’est pas des plus utiles 😦 elle est connue et reconnue et d’une violence incroyable.

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