Vive les loutres et les coquelicots

Dans la vision anthropocentrée qui prévaut au sein de nombreux milieux, on attache peu d’importance à la biodiversité. Souvent réduite à une simple affaire de disparition d’ours polaires ou de pandas (qui en sont devenus le symbole, malgré eux), la disparition d’espèces est souvent réaffirmée comme une simple lubie de quelques écolos radicaux souhaitant protéger à tout prix toutes les espèces, pour la “beauté de la nature”. Et même parmi certains milieux écolo, on ne s’intéresse à la biodiversité que pour voir ce qu’elle apporte à l’Homme, mais peu pour réfléchir à la diversité des espèces dans son ensemble.

En effet, les dangers d’une réduction de la biodiversité sont multiples, et il convient toujours de les rappeler. Entre autres, on pourrait évoquer une baisse de la productivité des plantes, ainsi qu’un dérèglement de leur croissance. De plus, on pourrait parler de la perturbation du processus de décomposition dans les écosystèmes. Mais, plus grave encore, la réduction de la biodiversité aurait des effets néfastes sur la pollution à l’ozone, sur l’acidification des sols ou encore sur le taux de CO2 dans l’atmosphère. Tous ces éléments impacteraient la façon de vivre et de se nourrir des êtres humains, et seraient donc dangereux pour nous tous.

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Un couple de loutres inquiet quant à son avenir

Pour être plus précis dans mon propos, je vais tout d’abord prendre un exemple récent, qui a beaucoup fait parler, à savoir la diminution drastique du nombre d’abeilles. Pourquoi a-t-on tant parlé de ce phénomène ? Tout simplement parce que, sans abeilles, nous, humains, serions bien embêtés et serions obligés soit de restreindre drastiquement notre alimentation, soit de polliniser nous-mêmes les plantes. Moi-même, je me suis longtemps servi de cet argument pour essayer de convaincre mes proches de l’importance de la sauvegarde de cette espèce mise en grand danger.

Mais, si l’on se pose la même question d’un point de vue moins anthropocentré, arrive-t-on aux mêmes conclusions ?

A celle qu’il faut arrêter de faire n’importe quoi avec la planète, oui. Mais à celle qu’il faut le faire pour sauver notre petite peau de fragiles êtres humains, non.

Et pourtant, la défense de notre espèce passe par la défense des autres espèces, non ? Oui, mais faut-il défendre les autres espèces pour sauver notre peau ? Non. Ce serait comme si des milliardaires donnaient à des associations caritatives pour être déduits d’impôts…aucun sens, non ?

Pourquoi s’embêter avec cette question du “pourquoi” il faut défendre la biodiversité ? Ce qui compte, après tout, ce n’est pas le fait qu’on la défende ? A priori, on serait tentés de répondre oui…pourtant, si on va chercher un peu plus loin, la raison pour laquelle on souhaite défendre l’environnement et les autres espèces (animales et végétales) traduit une vision du monde bien précise.

D’un côté, un monde dominé par l’individualisme, qui est le roi de nos sociétés et qui domine tout, où la réussite individuelle compte plus que tout, où le fait de regarder les autres de haut constitue l’accomplissement ultime. Même si c’est un individualisme à l’échelle humaine, ça n’en reste pas moins un individualisme. Certains appelleront ça “humanisme”, mais ce n’est pas la définition que je mets derrière ce terme. On cherche à sauver notre peau collectivement, mais on cherche néanmoins à sauver notre peau avant tout.

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La réaction d’une loutre quand tu dis que la biodiversité c’est pas important.

De l’autre côté, un monde où tout est en lien et où tout a la même valeur. Non seulement tous les êtres humains, mais aussi tous les animaux, toutes les plantes, tous les écosystèmes, plus globalement. On a souvent tendance à oublier que nous, êtres humains, nous formons partie intégrante des écosystèmes dans lesquels nous évoluons. Les couleurs grises de nos villes et toute la technologie à notre disposition ont de plus en plus tendance à nous le faire oublier, mais nous sommes un (du moins, au départ) avec le reste de la Nature. Avant de vous braquer et de me traiter de hippie, bobo, écolo, idéaliste, ou que sais-je, essayez de vous rappeler les sensations que l’on éprouve quand on se retrouve face à la Nature, face à des animaux, face à des arbres imposants ou face à des jeunes fleurs florissantes. Puis rappelez-vous des sensations que vous éprouvez quand vous voyez les fumées qui sortent des gaz d’échappement, les odeurs nauséabondes de nos villes ou encore les klaxons incessants d’automobilistes stressés. Ces sensations sont-elles même comparables ? Si vous préférez respirer des gazs d’échappement, je ne peux plus rien pour vous.

Mais sinon, réfléchissez à tout ça. L’Homme a été capable de grandes choses, mais la Nature a été capable d’accomplissements encore plus grands. Regardez une montagne, regardez un fleuve, regardez la mer. Si l’on sait les observer, ils représentent la beauté à l’état pur.

La biodiversité doit être préservée, justement parce qu’elle est là, et que nous n’avons pas le droit de tout détruire comme nous le faisons. Certains me répondront que les extinctions de masse ont toujours existé, que cela ferait seulement une de plus, et il n’auraient même pas tort. Mais la vitesse de celle qui s’annonce est sans précédents, et c’est ce qui est dangereux.

Une espèce animale ou végétale disparaît toutes les 20 minutes sur Terre, soit 26 280 par an. 15 millions d’hectares de forêts, soit la taille de la Belgique, disparaissent tous les ans. Sur 41 415 espèces d’animaux recensés sur Terre, 16 306 sont menacées d’extinction. Au début du siècle dernier, on dénombrait plus de 50 000 loutres en France, or leur nombre, bien qu’en légère augmentation grâce à des politiques de sauvegarde mises en place à la fin du XXème siècle, se situe aujourd’hui entre 1000 et 2000 individus.

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Le scepticisme d’une loutre après que ses copains aient disparu.

Tous ces chiffres doivent nous faire réfléchir à notre impact sur la Nature. Les grands mammifères ne sont pas les seuls à souffrir de notre inconscience, les insectes sont massivement touchés également, tout comme un bon nombre d’espèces végétales.

Loin de moi l’idée de jouer le donneur de leçons. Pendant longtemps, et parfois encore, ce qui m’intéressait c’était avant tout de préserver mes intérêts, et pourquoi pas ceux de mes semblables. Mais c’est paradoxalement en allant vivre en ville, donc en m’éloignant de la Nature, que j’ai compris à quel point c’était un élément fondamental de notre existence, et qu’elle méritait d’être protégée en tant que telle, sans arrière-pensée. Si on adopte cette vision collectivement, on comprendra mieux la Nature, et on recommencera peut-être à renouer le lien que beaucoup d’entre-nous ont perdu avec notre écosystème.

Certains pays commencent à reconnaître des droits fondamentaux à la Nature, il serait temps de s’y mettre. 

La Nature mérite d’exister et de prospérer, pas parce qu’elle nous sert, pas parce qu’elle est belle, mais tout simplement parce qu’elle est.

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Une loutre apaisée après que t’aies compris que la biodiversité, en fait, c’est important.

 

2 réflexions sur “Vive les loutres et les coquelicots

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