Sophie D, alias Douxbidou : « Ce que j’essaie de faire, c’est d’amener les gens à réfléchir, de les impliquer dans des thématiques féministes »

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© Sophie D.

A seulement 22 ans, Sophie a déjà un parcours nourri : en plus d’un projet de thèse en littérature et de son deuxième master d’études de genre bientôt achevé, elle est présidente de l’association Une Chambre à nous, blogueuse et formatrice dans différentes associations et syndicats.

Combat : Pourquoi la littérature est-elle importante pour toi ? Comment t’es venue l’envie de te tourner vers les études de genre ?

S : J’ai commencé à m’intéresser à la littérature au lycée, et ça ne m’a jamais quitté. Depuis peu, j’essaie de mettre en lien littérature et études sur le genre ; parce qu’on ne parle pas assez des autrices, qu’elles sont trop peu étudiées à mon sens, et surtout que la manière dont les autrices utilisent les personnages féminins est très intéressante pour la militante féministe que je suis.

Combat : Dernièrement, tu as ouvert un blog sur le sujet, c’est ça ?

S : C’est ça ! J’apprécie beaucoup le format d’articles de blog parce que ça me permet d’aborder tous les sujets qui m’intéressent. Là, je peux écrire sur le féminisme en général, et surtout sur la littérature … et les liens entre les deux.

Combat : Peux-tu nous parler un peu d’Une Chambre à nous ?

S : Une Chambre à nous, c’est l’association féministe lilloise que j’ai co-fondée il y a un peu plus d’un an. J’ai choisi d’en créer une parce qu’aucune association féministe à Lille ne me correspondait. Nous faisons surtout de la vulgarisation et de la formation, dans le respect des valeurs qui sont les nôtres à savoir notamment le respect de chaque femme et de ses choix.

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Combat : Tu es aussi formatrice, qu’est-ce que cela implique ?

S : Occasionnellement, je suis formatrice dans diverses associations ou syndicats. Récemment c’était à la CGT, où j’ai eu l’occasion de participer à la conception d’une exposition et d’un livret sur les droits des femmes depuis mai 68.

Globalement, j’essaie de donner aux gens les savoirs théoriques que j’ai pu acquérir avec le temps. Ce que j’essaie de faire aussi, c’est de les amener à réfléchir, à les impliquer dans des thématiques féministes. On ne réalise pas nécessairement que ce sujet concerne tout le monde, et je dois souvent convaincre des personnes pour qui les féministes sont des personnes pénibles que … non. Un grand sujet du moment par exemple, c’est expliquer que oui, le harcèlement dont on parle depuis #MeToo est réel, et que si des femmes sont agressées autour de nous, c’est aussi qu’il y a des agresseurs … c’est pas simple, mais quand ça fonctionne, c’est génial !

Combat : Est-ce que le mouvement #MeToo, #Balancetonporc a déclenché un début de changement ? S’est-il essoufflé comme bien des tendances sur les réseaux sociaux ?

S : Ça a déclenché quelque chose c’est sûr, après malheureusement pas assez à mon goût. Ce n’est pas surprenant, cela dit. On a beaucoup parlé de harcèlement et d’agressions, c’est une bonne chose. Après, les réactions face à ça sont mitigées. Ça n’a pas empêché un acteur accusé de violences conjugales d’être oscarisé, par exemple. Je ne suis pas d’accord avec les propositions de loi qui en ont résulté, comme celle de Marlène Schiappa sur la pénalisation du harcèlement de rue. En parler régulièrement depuis #MeToo ? Bonne chose oui, mais pas suffisamment à mon goût. 

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Capture d’écran du blog de Sophie

Combat : En parlant de réseaux sociaux justement, penses-tu qu’il s’agisse d’outils efficaces pour militer ? Le revers (harcèlement, …) en vaut-il la peine ?

S : Je pense que pour beaucoup de monde, les réseaux sociaux sont une porte d’entrée vers le militantisme. C’est l’occasion de découvrir des idées, des concepts. Malheureusement, c’est synonyme de harcèlement pour beaucoup. Ça a été le cas pour moi. Le travail de vulgarisation y est très important, même si personnellement je préfère militer “dans la vraie vie« .

Combat : Je sais que tu t’intéresses à l’histoire du féminisme, comment penses-tu qu’il soit amené à évoluer ?

S : C’est un sujet super intéressant : jusque-là, le féminisme a fonctionné par vagues. Ce qui le marque le plus actuellement, et j’espère le caractérisera dans l’avenir, c’est l’intersectionnalité. Jusque-là, en France, l’hégémonie était au féminisme blanc. C’est en train de changer peu à peu, pas assez vite sans doute. En tout cas, l’avenir du féminisme est là.

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© Sophie D

Combat : Y a-t-il des jours où tu penses à baisser les bras ? Qu’est-ce qui te fait tenir ?

S : Ça arrive, mais c’est de plus en plus rare. C’est souvent décourageant de faire face aux obstacles et critiques plus ou moins virulentes et constructives … mais malheureusement, on s’y fait. Plus le temps passe, plus je suis convaincue de l’utilité de mes actions, donc baisser les bras, ce n’est pas au programme !

Combat : Comment vois-tu ton avenir professionnel et militant ? As-tu déjà des envies, des projets ?

S : Niveau professionnel, disons que c’est un peu flou *rires*. C’est difficile d’accéder à ce qui me passionne. J’ai beau me donner les moyens, on verra avec le temps. Pour le côté militant, j’ai des tonnes de choses au programme. En ce moment par exemple, dans le cadre de notre association, j’ai commencé à être modèle de nu ! Pour le reste malheureusement, je ne peux pas en dire grand chose tant que ce n’est pas sorti … réponse bientôt !

Affaire à suivre, donc.

Vous pouvez lire Sophie ici ou la retrouver sur Twitter.

Consultez aussi le site d’Une Chambre à Nous

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