Ils ne gagneront ni par le sang ni par les armes

Ca y est, ils ont enfin eu ce qu’ils voulaient, c’est arrivé. Ils ont évacué Tolbiac. « On vous avait prévenus » ont-ils dit, « ça devait arriver », « nous n’avions plus le choix ». On le savait, on était prévenus, en effet, comment ne pas l’être après les menaces de Georges Haddad ? Mais personne n’était tout de même prêt à cela. Personne ne s’était préparé à ce que cela se passe dans ces circonstances, avec cette violence, avec ces méthodes. 

Je suis lâche, je suis actuellement dans le train, en direction de ma province. Je suis lâche parce que je fuis. Je m’enfuis alors qu’iels ont besoin de soutien. Je manque à mon devoir et ce manquement fait monter la rage en moi. J’avais l’espoir profond que cette occupation pourrait tenir. J’avais l’espoir profond que je pourrais partir sereinement comme c’était prévu depuis longtemps. J’avais l’espoir que m’absenter quelques jours ne serait pas bien grave. 

C’est finalement dans ce train qui devait me permettre de retrouver les joies de ma campagne natale que j’apprends. Que je lis. Les matraques. Les lacrymos. Le sang. La violence. La haine. L’injustice. Et la rage monte progressivement en moi. Envie de fuir, de sortir de ce train et de courir rejoindre tout.e.s les camarades. Les rejoindre pour leur montrer qu’on ne peut pas se laisser faire. Qu’on ne se laissera pas vaincre. Encore moins de cette manière. Que nous n’abandonnerons rien, pas tant que nous n’obtiendrons gain de cause. Pas face à cette violence. 

Des larmes de rage coulent maintenant sur mes joues au fur et à mesure que je lis les témoignages. Comment ont-ils pu ? Un jeune dans le coma, des coups de matraques, des os brisés, des étudiant.e.s piétiné.e.s, des espoirs anéantis qui s’évaporent avec les gaz lacrymogènes. L’espoir d’arriver à contrer la violence que l’Etat nous impose. Espoirs qu’ils se font plaisir de déchirer en mettant en lambeaux les banderoles, les pancartes qui trônaient dans cette fac devenu nôtre, en arrachant toutes ces affiches qui représentaient tout notre travail, tout ce que nous avions construit. 

C’est injuste. Le seul mot qui me parvient à l’instant. L’injustice de 200 CRS face à 100 étudiant.e.s pacifiques. Comment Georges Haddad, Gérad Collomb, Florien Michel, Emmanuel Macron peuvent-ils se regarder dans la glace après s’être « félicités » et se déclarer « satisfait de l’intervention professionnelle des forces de l’ordre » ? Comment peut-on se satisfaire de tant de violence ? Comment peut on regarder ses proches et le peuple français dans les yeux en étant responsable de cette horreur ? Qu’on m’explique comment Georges Haddad peut avoir envoyé toute cette haine sur les étudiant.e.s qu’il devrait protéger ? Comment les médias au même titre que la préfecture de police peuvent-ils relayer que cette évacuation s’est faite dans le calme et qu’il n’y a eu aucun blessé ? Quel sentiment anime les CRS quand ils effacent les traces du sang qu’ils ont fait coulé, les traces de leur violence illégitime ? 

Alors tous ces hauts placés, du haut de leur belle tour d’ivoire peuvent, en effet, se féliciter d’avoir encore une fois fait taire les citoyens. Ils peuvent fêter l’évacuation de Tolbiac et des autres facs françaises. Il peuvent être fiers de pouvoir continuer à faire abstraction de la contestation française. Ils ne savent même pas ce qu’ils détruisent en détruisant la mobilisation, ils ne savent pas que nous ne demandons pas seulement le retrait du projet de la loi ORE. Ils ne savent pas que nous avons un projet plus grand que celui-ci, ils ne le savent pas parce qu’ils n’ont pas mis les pieds à Tolbiac. Ils n’ont pas compris que la beauté, la création, les solutions et l’avenir, il sont de notre côté. Et jamais ils ne sauront car ils ne sont plus de notre monde. Nous avons quelque chose à proposer qui ne peut même plus les atteindre tellement ils se trouvent loin de nous, les citoyen.ne.s. Nous avions créé l’université idéale, nous avions réussir à proposer un projet qui dépasse une simple loi, le projet de créer, enfin, ce qui serait un nouveau système éducatif. Différent non plus en degrés mais en nature de ce qu’ils cherchent à nous imposer et de ce que nous vivons depuis des années. 

J’ai honte d’être Française aujourd’hui. Honte de vivre dans un pays où on oppose la violence à un projet d’éducation. Honte de voir que nos dirigeants envoient des gaz et des matraques sur la contestation qu’ils ont eux-même créée avec leur politique inadmissible. 

Certes aujourd’hui je manque à mon devoir en prenant le train pour rentrer chez moi comme c’était prévu, mais je manque moins à mon devoir qu’eux, ceux qui prônent la démocratie à la grenade poivrée et la liberté d’expression au canon à eau. Je manque donc mon devoir de citoyenne qui serait d’être à Tolbiac afin de demander la liberté que nous n’avons pas. Afin de de soutenir le projet de cette occupation. Afin de montrer que toute la rage en moi et en ceux qui seront présents va se transformer en force pour que rien de plus ne soit cédé et que progressivement nous reprenions ce qui nous revient de droit : nos libertés et droits de citoyens français. J’écris pour me déculpabiliser de ce manquement à mon devoir, des phrases qui n’auront surement pas grand impact mais qui auront le pouvoir d’être écrites le 20 avril, jour de déclaration de guerre. 

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