Les jeunes travailleurs : le problème de l’invisibilité

Capture d_écran 2018-05-11 à 11.29.32Le 28 avril dernier a eu lieu la Journée Mondiale de la sécurité et de la santé au travail. Organisée par le Bureau International du Travail (BIT), cette journée permet chaque année de mettre en avant une problématique majeure à portée globale concernant la sécurité et la santé dans le monde du travail. Organisée seulement trois jours avant le 1er mai, cette journée entend avant tout être un objet de  sensibilisation mais aussi et surtout d’hommage. L’occasion est donc, chaque année, de mettre en avant une problématique spécifique touchant le bien-être des travailleurs. Il s’agit là d’un enjeu primordial pour redonner à certaines problématiques (qui pourraient paraître d’un autre temps) une visibilité. 

Cet événement, a pris cette année une ampleur supplémentaire en ce que la journée a été fusionnée avec la journée mondiale contre le travail des enfants. L’objectif était double : contribuer à médiatiser une problématique en partie oubliée dans certains pays comme la France et médiatiser une frange de travailleurs souvent invisible : les jeunes travailleurs de 18-24 ans. 

En France le travail des enfants est officiellement totalement interdit depuis la loi du 7 décembre 1926. Ainsi la problématique appuyée cette année par le BIT pourrait paraitre d’un autre temps. Néanmoins si l’on en croit le rapport qui a accompagné la célébration de cette journée, à l’heure où vous lisez cet article, il existe encore 151,6 millions d’enfants travaillant dans le monde dont 72,5 millions dans ce que le BIT considère comme étant des travaux dangereux (dans les mines par exemple).  

Ce chiffre est en complet décalage avec les Objectifs du Développement adoptés en 2015 par l’ONU. La cible 8.7 prévoyait de “ mettre fin au travail des enfants d’ici à 2025“. Le rapport publié par le BIT entendait donc réaffirmer la volonté de l’organisation de véritablement éradiquer ce chiffre d’ici 7 ans. La journée du 28 avril aura donc été l’occasion de réfléchir à des solutions efficaces pour mettre un terme à cette problématique, autrement dit passer de 151,6 millions d’enfants travailleurs, à 0 en moins de 10 ans. 

Crédit: Save the Children

En France, l‘événement s’est matérialisé par une multitude d’initiatives, conférences, débats, salons, comme au CHU de Dijon qui proposait plusieurs stands d’information sur ces problématiques. L’occasion aura été de débattre autour des principales orientations présentées dans ce rapport de 39 pages. Celui-ci semble clair sur la problématique du travail des enfants. Si des outils légaux sont indispensables pour prévenir ce genre d’abus, il s’agit en réalité d’une problématique beaucoup plus structurelle. Une croissance économique saine, c’est à dire bâtie sur des entreprises respectueuses d’un ensemble de principes de prévention et d’attention à l’égard du travailleur sont nécessaires. Autrement dit une coopération forte entre employeurs, organisations de travailleurs, organismes de prévention, et gouvernements permettront d’assurer non seulement de bonnes conditions aux travailleurs mais aussi bien mieux contrôler la présence de travailleurs trop jeunes. 

Certains lycées proposaient également des séances de prévention pour les futurs jeunes travailleurs que représentent les lycéens. Car si la journée du 28 avril s’est orientée sur la lutte contre le travail des enfants, l’autre grande thématique de la journée était la santé et la sécurité des jeunes travailleurs. On entend ici par “jeunes travailleurs“ des individus dont l’âge se situe entre 18 et 24 ans. Selon le même rapport, aux États-Unis, un travailleur de cette tranche d’âge a deux fois plus de chances de contracter une lésion professionnelle non-mortelle qu’un travailleur de plus de 25 ans. 

Tout l’intérêt encore une fois de cette journée est de rendre visible l’invisible. Car s’ils sont beaucoup plus touchés en terme de lésions professionnelles, la sécurité et la santé de ces jeunes travailleurs est bel et bien une problématique invisible, et ce pour plusieurs raisons. 

La première résiderait plutôt dans un mythe. La jeunesse de ces travailleurs fait d’eux ce que l’on qualifie souvent de “force vive“. Cette tranche d’âge est régulièrement présentée comme celle de la vivacité, physique et intellectuelle, au cours de laquelle le dynamisme du travailleurs est à son maximum. On aurait donc tendance à penser que ce genre de travailleurs peut travailler plus dangereusement.

enfants

Or s’il est vrai que la jeunesse peut être signe d’une plus grande vitalité physique, d’une plus grande résistance, il n’empêche que certains travaux s’ils entraînent pas de lésions dans l’immédiat sont à analyser sur le long terme. L’utilisation de certains produits chimiques ou la réalisation d’efforts physiques répétés et mal réalisés peuvent entraîner des lésions non pas dans l’immédiat mais dans un temps différé, 10 ans, 20 ans ou 30 ans plus tard. Il s’agit d’un problème à plusieurs égards. 

Premièrement, la vitalité supposée empêche un raisonnement dans l’immédiat qui serait celui de modérer son effort en pensant à ses conséquences éloignées. Deuxièmement, car concernant l’invisibilité de notre problématique, le fait que ces lésions puissent arriver dans plusieurs années empêche un suivi statistique simple et rend difficile la visibilité du problème. 

child-labor-349989_960_720Enfin le rapport se fait insistant sur un dernier point. Le problème dont nous parlons est un problème politique. Ces jeunes travailleurs bien que responsables de leurs faits et gestes n’ont pas forcément accès aux mêmes garantis de défense face à certains abus. Il suffit de prendre l’exemple de la France pour s’en rendre compte. Entre 18 et 26 ans, il s’agit de l’âge au cours duquel le statut du travailleurs n’est pas toujours le statut qui lui permet de s’affirmer ou de défendre autant ses droits qu‘un travailleur plus âgé. Il s’agit de statuts de stagiaire ou encore de CDD par exemple. Le problème est parfois que ceci ne lui laisse pas l’occasion de se détendre contre certains abus. À l’inverse, dans son rapport du 28 avril, le BIT penche en faveur d’un plus grand arsenal juridique et politique offert à ces jeunes travailleurs partout dans le monde. 

Si l’on voulait résumer le message global offert par cette journée ce serait que l’un des enjeux des prochaines années sera d’offrir une visibilité et surtout une voix à ces enfants et à ces jeunes travailleurs. Car les risques, s’ils découlent physiquement du travail exercé par ces jeunes, découlent aussi et surtout de l’indifférence dans laquelle ces problématiques s’articulent. Donner aux jeunes travailleurs une voix, ou ne serait-ce que des chiffres matérialisant le problème serait déjà un grand pas vers une protection accrue de cette génération. 

Malgré son statut de force vive qui n’est que transitoire, il ne faudrait pas oublier, nul part dans le monde, que cette génération de jeunes travailleurs constituera la croissance des décennies à venir. 

 

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