En mai, crie ce qu’il te plait

« Tout esclave a en ses mains le pouvoir de briser ses chaînes. » – Shakespeare

Ils disent que mai 68 était une erreur. Un mouvement fantaisiste, une manifestation délurée, une frivolité de jeunes insouciants.

Ils disent aussi que mai 68 n’aura plus jamais lieu.  Qu’un mouvement aussi fort, aussi jeune, aussi historique, ne peut plus avoir son pareil en France.

Ailleurs, ils disent que notre Jeunesse est inconsciente. « Décidément, la jeunesse, c’est plus ce que c’était.« 

Ils disent que notre génération n’est pas digne de revendiquer tant de droits, tant de liberté, tant de protestation. Et que nous sommes des ingrats, fascinés par des violences dignes de dictatures.

Le XXIème siècle en France est une société schizophrène qui pointe du doigt une jeunesse « nonchalante » tout en resserrant leurs bâillons.

Il faut se réveiller, mais pas trop.

Crier, mais si possible pas trop fort.

Taper du poing, sans que l’on nous voie.

Se manifester, mais jamais Manifester.

Aujourd’hui, il subsiste autour de Mai 68 une aura pleine de tension. Critiquée ou adulée, elle semble intouchable. Pour ses détracteurs, cette date est à bannir des mémoires – surtout, ne réveillez pas la jeunesse qui dort ! Pour ses admirateurs, elle est un rêve inaccessible, l’image lointaine et idyllique d’une révolution à achever. Et puis, il y a Ceux qui l’ont fait. Ah ! Ceux qui ont fait Mai 68 ! Terribles et fascinants acteurs dont l’on voudrait boire toutes les paroles et qui, une fois sur scène, déclarent seulement : « Jamais vous ne parviendrez à faire comme nous. » Etrange animal que le soixante-huitard craignant qu’on lui vole son héroïsme. Telle une hyène grognant lorsqu’on approche ses petits, ils gardent précieusement leur fierté à l’abri des regards envieux.

Oh Jeunesse, jeunesse, jeunesse… ! Créature solitaire et bouleversante ! Nul animal créé ne peut manquer à son instinct : le tien est-il donc de copier ? Ne pourrons-nous pas avoir « notre » Mai ? Aurons-nous un jour la force de crier la profondeur de nos rêves plutôt que de dépoussiérer les anciens ? Aurons-nous un jour l’égoïsme de ne pas tenir compte de leurs exemples, de leur morale, de leurs conseils ? Aurons-nous la fierté de nous lever, de bafouer leurs principes, de nous incarner réellement ?

Déjà à l’époque, Alfred de Musset écrivait : « Alors sur ce monde en ruines s’assied une jeunesse soucieuse. »

Ma Jeunesse n’est pas lâche, elle est simplement indécise.

Ma Jeunesse n’est pas cachée, elle s’isole pour mieux penser.

Ma Jeunesse n’est pas absente, elle se bat contre ceux qui veulent l’enfermer.

Ma Jeunesse n’est pas violente, elle ne fait que chercher à se défaire de ses chaînes.

Ma Jeunesse n’est pas ingrate, mais elle voudrait, ne serait-ce qu’une fois, qu’on l’écoute et qu’on la voie.

Il est temps pour cette jeunesse de se faire entendre, que ce soit des plaintes ou des éclats de joie. Il est temps pour elle de reprendre ce monde en main par les réels moyens dont elle dispose. Qu’elle ose s’élever pour monter sur scène, quitte à en bousculer les plus anciens qui peinent à laisser leur place. Croira-t-on à la justice lorsqu’elle sera prononcée par des lèvres blêmes ? Verra-t-on la vérité dans nos yeux que l’on se plait à dire encore naïfs ? Mais cracher sur la jeunesse, c’est cracher sur l’avenir. Et dès lors que l’on crache sur l’avenir, c’est l’espoir que l’on piétine. Alors oui, la jeunesse n’a pas assez vécu. La jeunesse n’a pas assez appris. La jeunesse n’a pas assez souffert. Elle ne « sait » pas assez. Mais la jeunesse a cette chose splendide que le temps parfois détruit et que seule elle porte ainsi: elle a l’espoir. L’espoir qui, à lui seul, ouvre grandes les portes sur le changement. Elle a l’espoir, et elle a la liberté, et elle a la fraîcheur ; et le cœur à vif, l’oreille pointée, la voix qui la démange. Elle a le temps pour vivre ; laissez-la s’exprimer avant qu’elle ne perde ses plus beaux atouts et que l’avenir lui paraisse aussi sombre que celui que vous voyez à notre place.

O toi, Jeunesse qui me lit : en mai, crie ce qu’il te plait. Non pas à ce qui leur plaisait, non pas à ce qui leur plairait, mais ce à quoi tu aspires. Oublie leurs rêves, oublie leurs mots d’ordre, oublie leurs cris. Le temps d’un instant, sois maîtresse de ton destin. Oublie de sommeiller. Oublie de te taire. Oublie de t’inspirer. Jeunesse, sois ton propre modèle : « il ne faut pas toucher aux idoles : la dorure en reste aux mains. »

Non, mai 2018 ne sera pas Mai 68.

Mais à quoi bon refaire l’Histoire quand il y a tant de nouvelles choses à écrire ?

Mai 2018 ne sera pas Mai 68.

Mais il y aura un Mai.

Et qu’importe l’année si elle ouvre la porte de nos libertés ?

« Chaque génération sans doute se croit vouée à refaire le monde. Mais sa tâche est peut-être plus grande, elle consiste à empêcher que le monde ne se défasse. » – Albert Camus.

Jeunesse, en Mai 2018, crie ce qu’il te plait.

A ton tour, il t’appartient d’alléger le poids du monde.

Une réflexion sur “En mai, crie ce qu’il te plait

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