Journal intime d’une zadiste

Cher journal,

Aujourd’hui je ne sais plus où aller. J’avais tout là bas : un toit, des amis devenus ma famille, de quoi me nourrir, vivre, et suffisamment de solidarité et d’amour pour être heureuse. Mais ils m’ont tout pris. A leurs yeux on était des terroristes, des squatters, des anarchistes, des clodos, des casseurs, des marginaux que la société ne supporte pas et dont elle cherche à se débarrasser. Six ans après, on en revient au point de départ, on doit reconstruire, tout redémarrer à zéro. Mais pas seulement notre logis auquel on avait accordé une énorme partie de notre temps, mais surtout notre vie, notre solidarité, nos liens qu’on avait tissés et construits jours après jours à notre façon. Six ans d’acharnement détruits, Six merveilleuses années, sans doute les meilleures de notre vie. Six années de combat acharné contre un destructeur de l’environnement, pour préserver ce qu’ils ont essayé de nous voler. Et si notre première victoire a été l’annulation de ce projet d’aéroport le 17 janvier 2018, il nous reste encore tant à faire, tant à vivre, tant à défendre. Et ce n’est pas en détruisant le seul endroit où l’on pouvait être libre et vivre à notre manière qu’ils vont nous empêcher de nous révolter. Contrairement à ce que l’Etat pense, notre combat est loin d’être fini, détruire la ZAD c’est nous ôter notre liberté à la fois d’expression et de rébellion. Notre manière de vivre ne leur plaisait pas, la société n’aime pas ceux qui cherchent à la fuir, elle n’aime pas ceux qui la critiquent et encore moins ceux qui en créent une autre diamétralement opposée. On avait crée notre propre communauté, une boulangerie, plusieurs élevages et potagers, une conserverie, une menuiserie… Et tout cela à la force de nos bras, avec nos moyens, en partageant mutuellement nos connaissances afin de créer un groupe solidaire qui se suffise à lui-même. Notre projet aujourd’hui est d’être reconnus en tant qu’habitants de la ZAD et de pouvoir aboutir à une convention collective couvrant à la fois les terres agricoles, les espaces boisés, les habitations construites et entretenues par notre mouvement. On voudrait pouvoir exercer librement des activités agricoles, culturelles et artisanales inter-dépendantes. On a aussi un projet d’école, et de commerces tel qu’une brasserie au sein de la ZAD.

Notre projet c’est le partage et cela l’Etat ne peut pas le comprendre puisque nous vivons dans une société si égoïste qu’elle n’intègre pas le fait qu’on puisse vouloir donner et non recevoir. Au lieu de nous laisser vivre tranquillement, sans déranger personne, car là n’est pas notre but, les autorités préfèrent nous faire du chantage en nous obligeant à déposer des projets nominatifs à la préfecture. Même si une quarantaine de sujets ont déjà été proposés, dont le mien, je n’ai toujours pas eu de réponse et les autorités continuent à nous chasser. Elles veulent se venger de notre victoire sur l’aéroport. Elles occupent toujours le territoire, nous surveillent constamment, détruisent un tiers de nos cabanes. Et malgré nos mouvements de rassemblements et le soutien énorme de nombreuses personnes qui manifestent à nos côtés, les forces de l’ordre ont fait 270 blessés et une soixantaine d’interpellations en nous provoquant délibérément en inondant nos champs de gaz et en tirant 11000 grenades en une semaine. Un jour de manifestation ils nous ont balancé des grenades, ils n’osaient pas nous approcher comme si nous étions des monstres, nos yeux nous piquaient et la fumé nous a longuement fait tousser. Mais on allait pas se plier à leur violence, on est ici pour une bonne raison et on ne cédera pas aussi facilement. 

Demain, le 20 mai, on organise une grande reconstruction et un pique-nique rassemblant tous les manifestants qui se joignent à nous. Avec leur demande de fiches nominatives, ce mois-ci s’est calmement déroulé, mais voir la cabane d’un de mes amis se faire détruire malgré leur promesse de paix retire le peu d’espoir qui subsiste en moi. 

Quel avenir nous est-il réservé ? Pourrais-je continuer à vivre dans ma ZAD bien aimée, devenue mon chez moi ? Serais-je chassée comme une sorcière au Moyen-Age ou nous laisseront-ils vivre comme bon nous semble dans cet espace si peu convoité qu’est Notre Dame des Landes ? 

Pour le moment j’essaye simplement de profiter de l’instant présent et de cette merveilleuse communauté que nous avons construit tous ensemble…

À bientôt,

Julie.

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