Au Cap, ne pas se doucher est devenu un signe de responsabilité sociale

Depuis trois ans, le Cap, ville d’Afrique du Sud, souffre d’un phénomène de sécheresse menaçant la vie de plus de 433 000 habitants. Pour beaucoup, le gouvernement n’a pas réagi assez vite, préférant donner la priorité à l’économie. Pourtant, des études scientifiques tendent à démontrer que les origines de la crise environnementale dépassent largement les compétences des autorités.

Le Cap pourrait être la première grande ville au monde à manquer complètement d’eau en raison du phénomène climatique El Nino, survenu en 2015. Celui-ci a affecté le régime des vents, la température des mers et les précipitations. Selon un article de RFI Afrique, les réserves d’eau étaient déjà tombées à moins de 26 % en février. Depuis, l’état de catastrophe naturelle a été déclaré dans tout le pays. La consommation quotidienne d’eau est réduite à 50 litres par personne quand une simple chasse d’eau en utilise 9 litres. (D’ailleurs, si celles-ci peuvent être tirées le moins possible, ce n’est plus pour déplaire !) Les douches sont limitées à deux minutes au point où les chanteurs réduisent le temps de leur musique pour aider les habitants du Cap à respecter la durée imposée. L’arrosage des jardins est pénalisé et le remplissage des piscines privées interdit. Toute la ville craint que les réserves d’eau n’atteignent le stade critique de 13,5 % de leurs capacités. Ce jour là, communément appelé « Jour Zéro », tous les robinets seront coupés. Seulement 200 points de distribution d’eau seront accessibles pour fournir une ration minimale de 25 litres par personne.

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Nombreux sont ceux qui accusent le gouvernement de donner la priorité à l’économie, essentiellement basée sur le tourisme et l’agriculture, au détriment de l’environnement. Dans cette ligne directive, les populations locales subissent les restrictions d’eau lorsque les hôtels de luxe continuent de construire des piscines. Le risque d’alerter les grandes fortunes de la situation est effectivement de provoquer leur départ et de perdre une importante source de revenus. La conseillère municipale en charge des services d’eau, Xanthea Limberg, le dit elle-même dans un entretien accordé à l’agence française de développement. Au cas où le jour zéro serait déclenché, « le Centre Business District ne serait pas concerné. L’objectif est de nous assurer que les secteurs clés continuent de fonctionner. » Un point nécessite toutefois peut être d’être rappelé, si la sécheresse s’empare totalement de la ville, comment comptent-ils maintenir les activités touristiques et agricoles quand celles-ci demandent plus que n’importe quel autre secteur, un approvisionnement en eau ? 

La conseillère municipale se défend. Certes, certaines zones sont préservées, mais « personne n’attend la catastrophe pour agir« . Les autorités ont lancé un vaste programme de travaux dans lequel des usines de désalinisation, des systèmes de recyclage et de condensation de l’eau sur des bâtiments publics sont mis en place, afin d’augmenter les ressources en eau de 200 millions de litres par jour. Tout cela a un coût, estimé à un milliard de dollar pour les cinq prochaines années. Mais la ville n’est pas la seule à payer les pots cassés. Dans cette polémique, la maire du Cap, Patricia de Lille, a été destituée de ses fonctions par l’Alliance démocratique pour « faute professionnelle » et « manquement à son devoir« . Une nouvelle élection devrait avoir lieu d’ici à plusieurs semaines. 

Le gouvernement aurait-il pu éviter une telle crise environnementale s’il avait réagi plus vite ? Des scientifiques de Future climate for Africa, tentaient déjà en 2016 d’expliquer aux dirigeants ce qu’il convient de faire pour anticiper les phénomènes de sécheresse. Cependant, leurs analyses tendaient aussi à démontrer que l’Afrique du Sud est touchée par des dérèglements climatiques difficiles à appréhender. Les chaînes de montagne sont propices à un effet de chaleur amplifié et redirigent les vents porteurs d’humidité en modifiant d’une année à l’autre la météo régionale. Cependant, les modèles climatiques ne parviennent pas encore à simuler cette variabilité de façon réaliste et les chercheurs se demandent même s’ils en seront capables un jour.  La crise environnementale s’inscrit donc dans une dynamique globale dont personne ne semble pouvoir maîtriser les effets. 

Aujourd’hui, la menace du jour Zéro s’éloigne grâce aux efforts de réduction de consommation de la population mais pour le ministre de la Gouvernance coopérative, Zweili Mkhize, « certaines zones ne montrent pas encore de signes réconfortants d’amélioration« . 

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