Et si je vous disais qu’Erasmus avait changé ma vie ?

« Voyager c’est partir à la découverte de l’autre. Et le premier inconnu à découvrir c’est vous »

          Olivier Föllmi

Je voulais m’en aller, loin, très loin. Certains me diront le destin, d’autres le hasard. Qu’en sais-je ? Et peu importe. Aux prémices de l’expérience, je ne le savais pas, pas encore. Je ne pouvais me douter à quel point cette année allait bouleverser le cours de ma vie. Soit, ce fut pour moi l’occasion d’en apprendre davantage sur les diverses facettes d’un système politique, économique et social différent. Mais en réalité, cela m’apporta bien plus !  Entourée de Syriens, d’Espagnols, d’Allemands, de Canadiens, d’Américains du sud, d’Italiens, de Polonais etc. j’appris des cultures, des cuisines, des danses, des traditions. Une année entière, je vécus dans une bulle. Une bulle loin de mon quotidien vacillant. Une bulle dans laquelle seul le moment présent comptait. A des kilomètres de tout, peu de choses avaient réellement d’importance. Confrontée à moi-même, ce n’est pas seulement ma personnalité qui changea, c’est également ma vision de la vie, ma vision du monde.

Dans le cadre d’Erasmus, d’un programme d’échange bilatéral ou dans l’optique d’un diplôme ils sont partis un trimestre, un an ou plusieurs années étudier à l’étranger. Ils ont accepté de témoigner et de vous livrer ce que cette expérience leur a apporté.

« Ça m’a aussi appris beaucoup sur moi, je pense être devenue plus sûre de moi. J’ai accompli des choses dont je ne me pensais pas capable »

Maurine Jublot, étudiante française en Allemagne

M.J : « Je suis partie un an en Allemagne, à Greifswald, dans le cadre du programme Erasmus. Aujourd’hui, on arrive à la fin de l’Erasmus. Il ne reste plus qu’un mois. Je peux à peu près dire, avec recul, ce que cette année m’aura apporté. Déjà, une grande ouverture sur le monde. Le fait de parler pleins de langues, de rencontrer de nouvelles personnes. Des personnes qui viennent de partout. Le fait aussi de voir les différentes façons de vivre, de manger. Les espagnols qui mangent à 22 heures, d’autres qui mangent à 17 heures. Ça m’a aussi appris beaucoup sur moi. Je pense être devenue plus sûre de moi. J’ai accompli des choses dont je ne me pensais pas capable ! »

«  Ça m’a permis de prendre du recul vis-à-vis de la France et de l’Europe et de l’enseignement que l’on nous inculque : toujours européanocentré ! »

Marie Désévédavy étudiante française en Argentine

M.D : « En plus de l’amélioration de mon niveau d’espagnol, cette année à l’étranger m’a apporté beaucoup d’un point de vue personnel. Ça m’a permis de prendre un peu plus confiance en moi. De me lancer constamment des petits défis. De devoir aller vers des gens : que ce soit des étudiants, des commerçants, des passants, enfin n’importe qui pour leur parler dans une langue qui n’est pas ma langue maternelle. Ça m’a permis de rencontrer d’autres étudiants en échange, des locaux et donc d’en apprendre davantage sur l’Argentine et l’Amérique latine en général. J’ai découvert une autre culture, une autre façon de vivre. Ça m’a permis de prendre du recul vis-à-vis de la France et de l’Europe et de l’enseignement que l’on nous inculque : toujours européanocentré. J’ai été confrontée directement à la situation du pays et à ses thématiques centrales : par exemple, ici en Argentine, l’inflation ou la thématique de l’avortement. Ce sont des sujets d’actualité que l’on ne voit pas trop passer dans les médias car on se concentre sur l’Europe ou les États Unis. En étant dans le pays, on a une vision différente. Par exemple, quand en France on nous parle des pays sous développés, on s’appuie sur des critères qui sont européens. Cette année fut pour moi un enrichissement personnel, culturel et intellectuel. Le plus dur dans l’expérience c’est que l’on rencontre des gens supers tout en sachant qu’après on doit rentrer chez soi. »

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« Je dirais que ce que cette année m’a le plus apporté est l’ouverture d’esprit »

Louise Gerbert, étudiante Française en Corée du Sud.

L.G : « J’ai choisi de partir en Corée du Sud parce que c’était un pays qui m’était complètement inconnu. On parle plus volontiers du Japon ou des destinations de vacances comme le Vietnam ou la Thaïlande. J’avais envie de partir à l’aventure, d’aller dans un pays totalement différent de la France, et que je ne connaissais pas (j’avais hésité avec le Canada, mais j’ai finalement opté pour une destination qui ne m’attirait pas spécialement et que je ne pensais pas visiter un jour). Et je n’ai pas été déçue. Ça a été une grosse claque en arrivant. Et encore aujourd’hui, après 10 mois passés en Corée, je suis encore surprise et j’apprends énormément sur la société sud-coréenne. 

Ça va paraître cliché, mais cette année à l’étranger a vraiment été une expérience enrichissante. J’ai appris tellement de choses sur le pays, sa culture, sa population mais aussi sur moi-même (l’autonomie, la capacité d’adaptation, la curiosité…). Je dirais que ce que cette année m’a le plus apportée est l’ouverture d’esprit : se rendre compte du fléau qu’est le racisme asiatique, la généralisation, voire l’essentialisation des personnes asiatiques même. On se rend vraiment compte de la violence des blagues sur « les chinois », les « bridés » , que tous les asiatiques ne sont pas des gamers, des gens dociles, des personnes qui recherchent à tout prix l’efficacité ou l’excellence. J’ai eu l’occasion de voyager dans la région et rencontrer des personnes de différents pays (Chine, Japon notamment) et du coup j’ai appris à voir les différences entre ces différentes nations asiatiques, dans la façon de se comporter, de penser, de se définir. Et on se rend d’autant plus compte de la richesse du monde. J’ai également appris à changer de perspective, à me dire que mes habitudes et coutumes ne sont pas les seules possibles et que dans d’autres pays les choses se font autrement. Ne plus se dire « ah c’est bizarre de faire… » mais plutôt se dire « tiens c’est différent ». Par exemple les relations avec les autres, la façon dont les gens interagissent entre eux est tellement différente de chez nous. Mais ça c’est mon côté socio qui parle. En Corée, on se dit bonjour et au revoir en agitant la main à un mètre de notre interlocuteur, ce qui me paraissait ridicule venant de France, où on a le culte de la bise. C’est impoli de se moucher en public mais cracher des molards sur le trottoir, pas de soucis. Mais bon après tout, pourquoi pas ? C’est pas parce que ça se passe différemment chez nous que c’est LA façon de faire. C’est juste qu’on a pas forcément l’occasion de se confronter à une culture si éloignée de la nôtre, on ne pense pas qu’il peut y avoir des alternatives à nos façons de faire. Mais en vivant tellement loin de son petit confort, son petit train-train et habitudes quotidiens, on se rend compte à quel point il y a mille façons de vivre, pas seulement la nôtre. Ce qui m’a beaucoup marqué c’est l’existence de principes et traditions qui guident la vie de tous les jours notamment le respect des anciens (la hiérarchie dans l’entreprise est plus basée sur l’âge que sur les compétences), ou alors la distinction dans la langue pour parler de son « petit frère » ou « grand frère » (on utilise le même mot que grand frère pour parler de son copain, ça me fait penser qu’on apprend beaucoup d’une culture en étudiant sa langue). J’ai aussi augmenté ma résistance au piment et ça, c’est une petite fierté ! Et puis finalement se rendre compte que chez soi, c’est pas si mal finalement. Relativiser. »

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« J’ai une vision beaucoup plus nuancée sur la guerre : souvent on cherche à faire des camps bons/mauvais, mais en fait simplifier, c’est contre productif »

Gaëlle Doll étudiante française au Liban

G.D : « Je crois que mon année au Liban m’a surtout appris des choses sur moi : je me suis adaptée à un pays super différent de la France et j’ai jamais autant voyagé. J’ai appris beaucoup de choses sur le Liban et le Moyen-Orient mais j’ai surtout compris qu’on pouvait pas comprendre grand chose de cette région sans voir comment on y vit et essayer de comprendre comment les gens pensent. Et du coup, j’ai une vision beaucoup plus nuancée sur la guerre : souvent on cherche à faire des camps bons/mauvais, mais en fait simplifier, c’est contre productif parce qu’il y a aussi des victimes parmi les bourreaux. Juger et blâmer une partie et pas l’autre c’est pas logique. C’est vraiment quelque chose que je vais retenir. Et aussi je sais faire du vrai taboulé maintenant ! »

« Un vrai désavantage pour moi, était la puissance de l’anglais. »

Sharice Benson Molgat, étudiante Canadienne en Allemagne.

S.B.M : « Mon année en Allemagne était une expérience incroyable. Je ne parlais presque pas l’allemand avant de venir ici. Maintenant, je suis capable de communiquer. Je suis aussi en train d’apprendre l’espagnol et l’italien. J’ai durant cette année eu la chance de beaucoup voyager. Être en Europe, un continent tellement central m’a donné la chance d’explorer plusieurs pays, plusieurs cultures. Je voyageais avec Coach Surfing. Je restais chez des étrangers et j’avais une perspective différente de celle uniquement touristique. J’ai étudié dans une université qui est très différente de la mienne, les examens et les attentes sont totalement différents. J’ai été entourée d’internationaux et j’en ai vraiment profité. Un vrai désavantage pour moi, était la puissance de l’anglais. J’ai deux langues maternelles : je suis bilingue anglais et français. En venant ici, je me rends compte de la place centrale de l’anglais surtout entre les étudiants internationaux. Avec les allemands, j’essaie beaucoup de m’exprimer en allemand, mais dès qu’ils savent que je suis canadienne, ils me répondent en anglais. Hier, une sortie était organisée par le bureau international : il y avait des étudiants des Etats-Unis, d’Italie, de France, de Syrie, presque toute la soirée a été en anglais. C’est un avantage pour ceux qui n’ont pas l’anglais en langue maternelle : ils peuvent apprendre à la fois l’anglais et l’allemand, mais pour moi cette puissance de l’anglais est un vrai désavantage. Enfin, mon expérience était incroyablement enrichissante. Je pense avoir vraiment grandi. J’ai été capable d’organiser ma vie dans une autre langue, parfois c’est vraiment difficile : faire une application pour mon visa, ouvrir un compte en banque, payer le loyer etc. Des choses qui, dans mon pays, sembleraient simples sont devenues compliquées.  Mais j’y suis arrivée. »

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« Le voyage est le meilleur moyen de se perdre et de se retrouver en même temps. »
                                                                                                                                     Brenna Smith 

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