Mai 68 vu par l’extrême droite

Avertissement : cet article a uniquement un but artistique et historique 

Résultat de recherche d'images pour "Les Rats maudits-Histoire des étudiants nationalistes de 1965 à 1995"

Alors que l’anniversaire de mai 68 a suscité bon nombre de commémorations où la nostalgie amoureuse dominait les débats, un courant d’opinion demeure inaperçu au milieu des célébrations enthousiastes. Je ne parle pas de la droite qui, effrayée par les grèves et les blocages d’usine, défila pour de Gaulle, pour l’ordre et la sécurité. Son rapport à mai 68 est celui d’une chute aux Enfers, d’une expulsion du jardin d’Eden gaulliste et du début d’un (dés)ordre nouveau basé sur l’individualisme. Nous connaissons bien ces litanies. Mais nous ne savons rien de ceux qui ont assisté avec ferveur aux premières lueurs révolutionnaires, souhaitant non pas l’avènement du marxisme ou du maoïsme mais scandaient, au contraire, un slogan explicite : « Aujourd’hui, l’anarchie, demain l’Ordre Nouveau », un ordre nouveau à la fois national et social : l’extrême droite étudiante.

Et pourtant, leur ombre est omniprésente dans l’Histoire de Mai 68. Barres de fer et casques motos, croix celtiques et blousons noirs, les militants nationalistes ont accompagné, dans un camp ou dans l’autre, ces journées révolutionnaires où l’insurrection qu’ils attendaient s’acccomplissait, non pas pour mais contre eux.

ff

Fédération des Etudiants Nationalistes, Occidents, GUD, Ordre Nouveau, Jeune Garde, Jeunesses Nationales-Révolutionnaires, Groupe-Action-Jeunesse, on ne compte plus les sigles derrières lesquels s’est rassemblée la jeunesse nationaliste que rebutait la passivité du gaullisme et l’inexistence (puis les divergences) du Front National. Je voudrais rendre hommage à la patience et au travail des auteurs de l’ouvrage collectif « Les Rats maudits-Histoire des étudiants nationalistes de 1965 à 1995 » et diffuser la culture à la fois cabotine et violente, parfois ironique, parfois prophétique qu’ils déployèrent dans leurs journaux étudiants de la rue d’Assas, à l’Odéon ou au quartier latin. Par exemple, l’année de cette illustration, 1973, est marquée par des manifestations étudiantes contre la loi Debré (renforçant la contrainte du service militaire sur les étudiants). Les gauchistes qui tentent à plusieurs reprises de conquérir Assas arrivent en avance pour occuper les amphis, mais finissent assiégés à leur tour par le GUD, qui les pousse à appeler la police pour leur permettre de quitter les lieux sans casse. En réaction, ils s’en prendront, un matin, aux militants nationalistes isolés des abords de la faculté. Ceux-ci, venus désarmés, trouvent les portes de la fac (où ils comptaient se regrouper) fermée. Ils ne peuvent que compter leur blessés et préparer le prochain round, qui sera à la hauteur de l’affront subi : comme ils le narrent dans leur style inimitable :  « Dès le samedi 31 mars au matin, un militant de la Ligue communiste se fracture sottement le crâne en se précipitant, tête la première, contre le tube métallique que brandissait un passant masqué ». 

CaptureCette illustration date des élections étudiantes de mars 1973.  Nous remarquons le style original, inchangé depuis 1970 : à cette époque où le GUD venait de conquérir son bastion d’Assas, il fallait, dans la lutte armée qui l’opposait aux activistes de gauche, se faire connaître des étudiants désireux d’action et prêts à en découdre. Ils ont donc eu l’idée de se mettre en scène sous une bande-dessinée où ils ridiculiseraient leurs adversaires gauchistes (trotskistes hirsutes, amateurs des beaux discours et des barbes à rallonge) et gaullistes (fils à papa timorés). Ils sont fiers de se représenter eux-mêmes sous la fourrure des rats auxquels on les comparait. Leur chef Alain Robert n’est-il pas surnommé « Anthracite », comme l’irascible roi des rats de la BD « Chlorophylle contre les rats noirs » ? La plume de Jack Marchal fera le reste en adoptant un style moins lisse, plus brut et cartoonesque. Et pour les années qui suivront, l’adorable rongeur sera le symbole des étudiants nationalistes : on verra sa silhouette trapue sur les stickers et les affiches des mouvements d’extrême droite malgré les dissolutions successives et les changements de génération. Aujourd’hui, le GUD s’est auto-dissous dans le Bastion Social. Mais cela ne suffira pas à museler le rat noir apparu dans l’imprimerie de la rue d’Assas : son ombre continue à effrayer les gauchistes et à débloquer les universités, et son rire ironique sonne plus fort que leurs grincements de dent.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s