Le pouvoir du boycott

La société va mal, la planète va mal, et on a l’impression que les pouvoirs centraux ne font rien pour que ça aille mieux, ou même rendent les choses pires qu’elles ne l’étaient déjà. Souvent pris dans ce triste constat, on se sent impuissants, on ne sait que faire pour défendre nos droits, pour défendre la nature qui nous entoure. C’est une impression que l’on a souvent : quand on écrit, quand on manifeste, quand on signe des pétitions, quand on vote, même quand on partage des posts Facebook choquants ou qu’on relaie un énième article sur Twitter. On essaie de changer le monde, à notre petite échelle, on a parfois l’impression que ça a un léger impact, mais on se sent souvent impuissants. On cherche à changer le monde, et pourtant, on reste dans nos bonnes vieilles habitudes.

Face à tous ces constats, il y a deux solutions : laisser tomber, en se disant que tout ce qu’on fait ne mènera jamais nulle part ou essayer de voir ce qu’on peut faire de plus. Et que peut-on faire, donc ?
Dans Le guide du petit écolo, paru il y a quelques temps, il y avait quelques pistes. Aujourd’hui, je souhaiterais en approfondir l’une d’entre elles, qui est pour moi la plus puissante : le boycott.

Pour commencer, le boycott, qu’est-ce que c’est ? Notre très cher Wikipédia le définit comme “le refus systématique de consommer les produits ou services d’une entreprise ou d’une nation” tout en ajoutant que “la pratique du boycott peut s’appliquer également à des élections ou à des événements”.
Maintenant que nous avons défini ce qu’est le boycott, quel est son intérêt ? A vrai dire, affirmer qu’il n’y a qu’un seul intérêt à pratiquer le boycott serait extrêmement réducteur.

Premièrement, le boycott est l’arme par excellence dans la société consumériste au sein de laquelle nous évoluons tous. Là où l’argent est roi, où les grandes entreprises cherchent le profit à tout prix, souvent au détriment des personnes et de la nature, le meilleur moyen pour les mettre en difficulté est de refuser d’acheter leurs produits. Une manifestation, ça ne mettra jamais en péril une entreprise. Le partage d’un post sur Facebook, encore moins (sauf, peut-être, si c’est un appel au boycott, justement). Mais le refus d’acheter leurs produits et/ou services, si c’est une action menée par un nombre massif de personnes, ça ne laissera aucune entreprise insensible. Au mieux, ça les mettra en difficulté et les obligera à changer leurs pratiques le plus vite possible. Au pire, ça les questionnera sur les raisons de ce boycott, et ça les incitera à faire quelque chose pour éviter que celui-ci ne s’amplifie.

Pourtant, cette force du boycott est en même temps une faiblesse. Il peut être massif et conscientiser des pans importants de la population, mais il doit être massif pour fonctionner. Le boycott de la part d’une, de deux, de cent ou même de dix-mille personnes sur l’ensemble d’une population aura nécessairement un impact très limité.
Cela veut-il dire qu’il faut attendre que les choses se passent, les bras croisés, en attendant que quelqu’un d’autre fasse le premier pas ?
Certainement pas. La force du boycott, en plus de son efficacité, c’est la facilité avec lequel on peut le pratiquer. On n’a pas à se poser des questions si on souhaite boycotter : la pratique d’une entreprise et/ou d’un Etat nous déplaît ? On ne lui achète plus de produits et services.

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Elise Lucet à une AG de Carrefour © France 2

Coca-Cola pille l’eau de milliers de mexicains pour produire sa boisson, obligeant ensuite ceux-ci à acheter son produit à la place de l’eau, parce qu’ils ne peuvent plus se permettre d’acheter de l’eau et que le Coca est vendu moins cher, et on trouve que c’est honteux ? On n’achète plus aucun produit vendu par l’entreprise Coca-Cola.
McDonald’s exploite ses salariés, utilise des produits issus d’élevages intensifs, en causant des dommages irrémédiables à l’environnement, et on trouve ça inacceptable ? On ne mange plus à McDonald’s.
Les actionnaires de Carrefour huent la journaliste Elise Lucet, venue poser une question sur les pratiques douteuses de l’entreprise, et on se dit que c’est une atteinte à liberté d’information ? On n’achète plus de produits à Carrefour.
Ce ne sont que quelques exemples, mais on pourrait en citer des dizaines et des dizaines d’autres.

Mais, même si un boycott est très facile à mettre en place concrètement, il n’en demeure pas moins difficile à pratiquer. Quand on boycotte, quelques questions et quelques jugements reviennent sans cesse. On vous prendra parfois pour le relou de service, qui ne veut pas faire comme tout le monde et qui oblige tout le groupe à aller manger dans un autre endroit. D’autre fois encore, on vous demandera pourquoi vous boycottez telle entreprise et pas une autre. Et là, ce sera à vous d’expliquer que, dans la société dans laquelle on évolue, on ne peut pas tout boycotter (surtout quand on est étudiant et qu’on a un budget assez réduit), mais qu’on a choisi de boycotter telle ou telle entreprise parce que ses pratiques nous scandalisent encore plus que celles des autres. On vous dira que ce qu’on fait, ça ne sert à rien, que c’est “se faire chier pour pas grand chose”. Alors, oui, ça ne sert à rien, si tout le monde commence à le croire et abandonne à la première remarque désobligeante. Sinon, l’utilité du boycott n’est plus à démontrer.

Pour boycotter, donc, il faut avant tout savoir faire preuve de volonté, et de discipline, face aux multiples tentations, aux peurs de se faire exclure, aux injonctions à consommer.
Aussi, il faut savoir pourquoi on boycotte. Boycotter est un véritable acte militant, au même titre que manifester ou participer à une grève. Plus on sait pourquoi on boycotte, moins on lâchera le morceau facilement.
Pour cette même raison, il faut toujours se rappeler que boycotter est un choix. Il est inutile de blâmer ceux qui ne boycottent pas. Peut-être qu’ils n’estiment pas que les pratiques d’une entreprise ou d’un Etat sont assez scandaleuses pour le faire. Peut-être qu’il n’en ont pas l’opportunité, parce que le seul magasin qu’ils ont près de chez eux, c’est un Carrefour. Peut-être qu’il n’ont pas assez d’argent pour acheter des produits alternatifs.
Comme dans tout acte militant, le plus important est la compréhension de l’autre. En le comprenant, sans le culpabiliser, en lui expliquant les raisons de notre choix, on aura déjà fait évoluer les choses. Et qui sait, peut-être que la petite graine plantée dans cet esprit grandira et que cette personne se mettra à boycotter dans quelques semaines, mois ou années !

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Alors, si toutes ces pratiques te scandalisent tout autant que moi, que tu as les moyens de boycotter et l’envie de le faire, abandonne ce produit tout glyphosaté de tes mains, et commence à voir ce que tu peux faire pour changer les choses !

(Article écrit originairement sur Google Docs…comme quoi, il y a encore plein de choses que je devrais commencer à boycotter…)

Sources/infos supplémentaires :

Article de Reporterre.net sur Coca-Cola 

Article du Huffingtonpost sur McDonald’s 

Article de Capital.fr sur Carrefour 

Liste des marques utilisant des produits Monsanto 

 

Une réflexion sur “Le pouvoir du boycott

  1. Si cela t’intéresse de participer au débat, c’est un des sujets de mon article sur la consommation éthique qui a fait pas mal réagir… Je boycotte pas mal de choses à titre personnel, mais je ne me fais pas d’illusions sur l’impact réel de la chose, je pense qu’il est limité à long terme et qu’on obtient que des changements marginaux (mais je sais que cette opinion n’est pas la plus fréquente ou en tout cas pas la plus visible)
    Le lien de l’article : https://manebuleuse.wordpress.com/2018/01/21/voter-avec-son-portefeuille-des-limites-de-la-consommation-ethique/

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