Soldes, non merci

Les soldes d’été ont bien commencé. Et cette année, je n’irai pas les faire. Je ne les ai déjà pas faites cet hiver, je vais donc poursuivre le mouvement.
Pourtant, je pars de loin. Pendant de nombreuses années, j’attendais le moment des soldes avec une impatience certaine, presque enfantine, comme tant d’autres personnes. Je regardais compulsivement les sites internet à l’affût de la moindre offre “intéressante”, je passais des après-midis dans les magasins pour trouver la meilleure affaire possible, pour pas “passer à côté”. N’ayant jamais eu beaucoup d’argent, je me disais qu’au moins, pendant cette période, je pourrais m’offrir ce que je souhaitais : de beaux vêtements, un beau téléphone, un gadget technologique ou tout autre objet/ustensile intéressant. Et c’est probablement ce que se disent encore beaucoup de personnes qui se ruent dans les magasins dès les premières heures de soldes.

pipo
© Brouck 

Mais, en fait, quand on remet en cause ce que la société nous a appris, quand on revient sur nos constructions sociales, on réalise que les soldes, comme tant d’autres choses dans l’économie actuelle, sont une vaste supercherie. Oui, les prix affichés sont effectivement plus bas que ceux habituels (sauf arnaques, qui existent aussi, hélas). Là n’est pas la question. La question se situe sur la réelle nécessité qu’on a, en tant qu’êtres humains, à consommer toute chose qu’on achète compulsivement. “Aller faire les soldes” est devenu un concept très courant, chacun se retrouvant avec ses amies et amis ou sa famille, parfois des journées durant, juste pour “acheter”. J’ai longtemps souscrit à ce type de comportement. J’ai longtemps aimé “aller faire les soldes” avec des proches, pour passer un bon moment surtout, mais aussi pour acheter, évidemment. Pour autant, lorsque je suis allé faire des soldes, j’avais rarement besoin de quelque chose. Oui, parce que c’est comme ça que je me suis retrouvé à avoir des placards pleins de vêtements, à être en possession d’objets dont je me sers peut-être 2 fois par an (et encore) ou à acheter des jeux vidéo auxquels je n’ai pratiquement pas joué.

Alors, ma posture actuelle vis-à-vis des soldes peut être vue comme hautaine, et je le comprends. Comment blâmer quelqu’un qui, sans avoir pu acheter ce dont il rêvait pendant toute l’année, se lâche au moment des soldes ? C’est n’est certainement pas de leur faute si, dans l’économie actuelle, la consommation est devenue la norme. D’une façon ou d’une autre, on se conforme tous à des normes, par peur d’être exclus. Et la norme de consommer est peut-être la norme la plus puissante de notre société. Certains jugent même d’autres à la quantité de biens matériels qu’ils possèdent. Si t’as une énorme maison à ne plus savoir combien de pièces la composent, si t’as des centaines de vêtements, si t’as des dizaines de paires de chaussures, si t’as dix consoles de jeux différentes, si t’as tous les derniers gadgets technologiques, alors t’as réussi. Je caricature à peine.

Ce n’est donc pas les individus en eux-mêmes qui sont à blâmer, mais le conditionnement social qui les amène à se comporter de la sorte.

Sans tomber dans une théorie du complot facile, il faut avouer que beaucoup de grandes entreprises ont cherché, depuis des dizaines d’années, à créer de faux besoin chez ceux qui sont, avant-tout, des consommateurs, de leur point de vue. Avoir une machine à faire le pain, une glacière (et Dieu sait à quel point j’aime les glaces), un garde-robe rempli à ras bord, un téléphone dernier cri, une télévision 50 pouces ou une montre connectée nous rendent-ils réellement plus heureux ? Peut-être en apparence, peut-être au moment de l’achat (le faux moment d’excitation de posséder quelque chose de nouveau), mais sur le long terme ?

Au final, on finit vite par se lasser et, sauf rares exceptions, on oublie ce que l’on a acheté et on le laisse traîner dans le fond d’un placard. Pourquoi continuons-nous alors à nous exciter au moment des soldes, à guetter les moindres offres ? Précisément parce qu’on provoque en nous un désir de consommation, par des stratégies marketing les plus farfelues les unes que les autres. Les marketeurs font de mieux en mieux leur travail, c’est indéniable. Et si le marketing n’est pas à jeter dans son ensemble (une bonne campagne de publicité peut se révéler très utile et faire changer les consciences), il faut avouer que, dans la plupart des cas, il sert à nous vendre des produits et/ou des services dont, au fond, on n’a pas réellement besoin.

Les soldes sont donc le meilleur moment d’expression de l’ultra-capitalisme, du marketing acharné, de la vente à tout prix et par tous les moyens. Alors, en effet, si nous n’avons plus un seul slip, si nous avons malencontreusement noyé notre téléphone ou si, quand même, on trouve ça très galère de faire des cookies à la poêle, pourquoi nous n’en profiterions pas ? Le système existe, qu’on l’aime ou pas, mais il existe. On peut vouloir le changer, mais pour l’instant il existe. Autant en profiter ! Mais pourquoi, dans ce cas, dépenser des dizaines ou des centaines d’euros dans des produits dont on a pas réellement besoin ? Il ne s’agit pas de prendre une posture du style “J’achèterai ce qu’il me faut quand les soldes seront terminées, je suis pas comme tous ces moutons moi”, mais plutôt d’introduire un peu plus de conscience dans nos achats, et de se poser la question plusieurs fois : “Ais-je vraiment, vraiment, besoin de ça ?”. Et, en plus de la question financière, le fait de réfléchir un peu plus à ses achats aidera sans doute l’environnement, puisque pour produire un bien, on utilise bien souvent des ressources naturelles. 

 

Image de couverture : © Kuhnmi

Une réflexion sur “Soldes, non merci

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s