Propoésition de lecture : Au coeur de la tourmente, la pleine conscience – Jon Kabat-Zinn

Je sais ce que vous vous dites. Oui, je sais. “Non mais Pablo, d’abord tu nous parles de loutres, et là tu reviens avec un truc sur la pleine conscience ??? Tu veux pas faire plus bizarre encore ?”. Et bien non, figurez-vous que cet ouvrage que je vous présente aujourd’hui n’a rien de bizarre. Au contraire, ce devrait être un ouvrage à mettre entre les mains de chacun. Cet ouvrage, au titre à la fois assez évocateur et en même temps très peu clair sur son contenu, est une perle de sagesse au milieu des centaines ou milliers de livres de développement personnel présents dans les étalages de pratiquement toutes les librairies. Parce que, en fait, ça n’en est pas un. Ce livre est, à mon sens, un des plus intéressants que j’ai eu à lire de toute ma vie.

Très bien, me direz-vous, mais ça ne vous avance pas beaucoup plus. De quoi parle-t-il exactement, alors ? Premièrement, l’auteur (le Docteur Jon Kabat-Zinn) part d’un constat assez simple : tout au long de notre vie, nous sommes confrontés à des défis, à des difficultés, et nous traversons régulièrement des périodes compliquées. Et bien souvent, nous vivons ces périodes comme des véritables tortures, comme quelque chose qu’il faut oublier au plus vite, dont il faut se débarrasser avec hâte et impatience, au risque de se retrouver avec d’énormes monstres dans nos placards. En partant de ce constat, l’auteur nous invite à revoir notre mode de fonctionnement, de passer de la “réaction” à la “réponse”. Il nous propose, au lieu de subir les événements avec frustration, de les accepter sans les juger. Mais accepter, ça ne veut pas dire se résigner, comme l’auteur a l’occasion de le souligner au cours de son “petit” ouvrage (presque 800 pages au total). Au contraire, la “pleine conscience”, sujet principal de ce livre, permet selon Jon Kabat-Zinn d’y voir plus clair, de trouver des solutions à un problème avec plus de calme, de présence d’esprit, et plus de clairvoyance. Le postulat est donc simple : la confusion, la frénésie sont des obstacles à la résolution des problèmes, et génèrent plus de stress qu’autre chose.

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Jon Kabat-Zinn © DR

Le stress, justement, est un point très important du livre. L’auteur nous montre, en s’appuyant sur un certain nombre d’exemples, le poids que peut avoir le stress sur nos vies. Il évoque toute une série de stress : le stress du temps, le stress du sommeil, le stress social, le stress du rôle, le stress professionnel, le stress alimentaire, le stress du monde. Pour toute cette série de formes de stress, il parle de la manière dont la pleine conscience peut contribuer à les atténuer, voire à les faire disparaître, dans certains cas. Chacun de ces stress est abordé en long et en large, l’auteur cherche à chaque fois à en comprendre les tenants et les aboutissants, tout en invitant le lecteur à se plonger avec lui sur ce qu’impliquent quotidiennement ces stress, et sur la façon d’en venir à bout.

Pour autant l’auteur ne s’arrête pas là, et évoque aussi très longuement l’impact que peut avoir la pratique de la pleine conscience sur la douleur et/ou la maladie. A travers des exemples, des témoignages et des bases de données recueillies suite à des expériences, Jon Kabat-Zinn cherche à mettre en évidence quels peuvent être les bienfaits physiques de la pleine conscience. Le physique et le mental étant strictement imbriqués, comme il a l’occasion de la rappeler régulièrement, le travail de pleine conscience permet, selon l’auteur, de mieux faire face à la douleur et à la maladie, et parfois même de les guérir. Il insiste sur l’importance de l’état d’esprit et du bien-être psychologique dans la réussite du processus de guérison et montre, à travers quelques exemples particulièrement frappants, les effets des pensées sur la santé physique.

Il rappelle également dans cet ouvrage l’état d’esprit avec lequel il faut aborder la méditation et tout genre de pratique de pleine conscience, état d’esprit bien souvent oublié par les personnes de plus en plus nombreuses qui se plongent dans la méditation, ce qui génère parfois de la frustration et un abandon rapide de la pratique. Il met notamment en avant sept attitudes clés à adopter quand on se lance dans cette entreprise, qui n’a rien d’anodin : le non-jugement, la patience, l’esprit du débutant, la confiance, le non-effort, l’acceptation et le lâcher-prise. Chacune de ces attitudes sont davantage explicitées et expliquées par l’auteur dans son ouvrage. Pour résumer, ce livre cherche à fournir les clés pour se lancer dans la pratique de la pleine conscience, sans la dimension spirituelle qui gêne parfois certains.

Au-coeur-de-la-tourmente

Pour résumer, ce livre est un (long) concentré d’excellents conseils, d’analyses pointues et de témoignages enrichissants. L’auteur, que l’on sent réellement passionné au cours de la lecture, livre sa vision de ce qu’est la pleine conscience sans pour autant la rapprocher d’une pratique miraculeuse. Il en rappelle les quelques limites que l’on peut éprouver et nous montre comment y faire face, tout en affirmant sa croyance en la capacité de transformer l’existence de chaque pratiquant. Il nous réaffirme une vision intégrée de la pleine conscience, il rappelle ce que beaucoup ont tendance à croire : la méditation serait un instant dans lequel on se pose, et qu’on oublie aussitôt qu’on recommence les activités habituelles ; elle serait une pause dans la frénésie de la vie. Or, Jon Kabat-Zinn met en avant que la pleine conscience est un véritable mode de vie, qu’elle peut (et doit) faire partie de tous les aspects de la vie d’un individu : quand il marche, quand il mange, quand il fait la vaisselle, quand il fait le ménage, etc. C’est une incitation à être conscients, réellement, de nous et du monde qui nous entoure : à ralentir le plus possible, et, s’il le faut, accélérer, mais que quand c’est nécessaire, et tout en étant conscients de cette accélération. Ce livre est également intéressant car à aucun moment l’auteur ne se place sur un piédestal et s’affirme comme une sorte de “gourou” qui aurait réussi à atteindre la perfection dans sa vie. Il nous parle par exemple de ses longues nuits éveillé lorsque ses enfants étaient petits, et de comment, à ce moment-là, la pleine conscience l’a aidé.

C’est un livre à lire lentement, en réfléchissant attentivement à chaque passage, mais c’est un livre qui, une fois terminé, apporte réellement l’impression d’en sortir grandi. De plus, pour un ouvrage de 1989, il sonne encore (et toujours plus) vrai en 2018.

Pleine conscience, méditation
Quels mots bien étranges
Que beaucoup dérangent
Et pourtant si profonds

Utilisés à tout va, remède miraculeux
On s’y attarde avec hâte
Et on ressort honteux
Quand on croit que l’on rate

Pourtant là est l’essentiel
Ne point s’attarder sur les manquements
Mais continuer à avancer, lentement
Sans vouloir faire mieux que la veille

Le stress et l’anxiété nous blessent
Pourquoi les laisser nous dominer
Pourquoi nous tenir en laisse

Quand on pourrait se libérer

Questionnement intense mais réponse facile
Se laisser dominer par les moments de doute
S’asseoir plein de haine en bord de route
Ne rends pas plus habile

Mais est bien moins compliqué
Que d’apprendre à vivre une vie intégrée

Dans un monde un peu fou et déréglé
Il faut choisir si rester éveillé
Ou si comme tant d’autres sombrer
Dans la folie et la facilité

 

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