28 juillet 1821 « Soyons libres, le reste ne compte pas. » – José de San Martin

Aujourd’hui objet de liesse en France, le mois de juillet évoque dans l’esprit de chacun la glorieuse et sanglante prise de la Bastille par un peuple affamé de liberté. La France est en effet l’une des premières puissances européennes à se défaire du système monarchique qui régit alors l’ensemble des pays occidentaux. Cette révolution, initiée par la déclaration d’indépendance de la toute jeune Amérique le 4 juillet 1776, est donc marquée historiquement par le renversement de ce symbole monarchique le 14 juillet 1789: la prise de la Bastille. Cette date, devenue par tradition la fête nationale française, tout comme le 4 juillet est fêtée par les américains comme symbole de liberté, fait écho à une autre « indépendance de juillet », celle du Pérou le 28 juillet 1821.

Carte

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Ancienne province Inca, le Pérou est conquis par les Espagnols en 1533. L’acte fondateur de cette appropriation hispanique étant l’emprisonnement le jour de son couronnement de l’empereur inca Atahualpa. Celui-ci sera plus tard condamné à mort par étranglement par le gouvernement espagnol mis en place grâce à l’appui des conquistadors sur les populations indigènes locales. S’ensuit alors une longue suite de conquêtes et de guerres civiles entre les conquistadors  pour l’appropriation des terres péruviennes, provoquant ainsi une chute démographique et de nombreuses famines à travers le pays.

Le XVIIIe siècle est marqué quant à lui par les nombreuses tentatives de rébellions indigènes, notamment la grande révolution de 1780 menée par l’un des descendants des monarques incas, Túpac Amaru II. Ces révoltes successives affaiblissent la communauté indigène et favorisent l’instauration de juntes militaires à travers l’Amérique Latine. Ce n’est en 1814 que le soulèvement de la province de Cuzco fait souffler sur le Pérou un vent frais d’indépendance annonçant la libération.

 

  • Une révolution péruvienne menée par un argentin

J de San Martin

José de San Martin – Homme politique et militaire argentin

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Originaire d’Amérique du Sud, José de San Martin est issu d’une famille de militaires espagnols. Son père était par ailleurs lieutenant-gouverneur de l’actuelle argentine, autrefois nommée Vice-Royauté du Río de la Plata. A l’âge de 9 ans il suit ses parents à Madrid où il embrasse la carrière de militaire en 1789. Ses faits d’armes en Afrique et dans les Pyrénées lui vaudront le grade de sous-lieutenant puis celui de Capitaine dans l’infanterie légère.

Toutefois c’est lors de la rébellion contre l’Empereur Napoléon en 1808, que José de San Martin acquière ses véritables lettres de noblesse. Il se distingue notamment lors de la bataille de Baylen le 19 juillet 1808. Cette victoire décisive rend Madrid aux Espagnols et fait de San Martin un Lieutenant-Colonel. Mais le combat est également un lieu propice aux amitiés, puisque le jeune lieutenant y rencontre l’écossais Lord Macduff, qui l’introduira en 1811 dans le cercle très privé des Compatriotes de l’Amérique Espagnole, militant activement pour l’indépendance de l’Amérique du Sud. Ce groupuscule d’espagnols mordus de liberté a notamment été initié par le célèbre Simon Bolivar et son acolyte Francisco de Miranda, homme d’Etat vénézuélien.

C’est ainsi que le jeune José de San Martin débarque en 1812 dans une Amérique du Sud morcelée en juntes militaires, pour certaines royalistes, pour d’autres, comme le Paraguay, déjà déclarées indépendantes. Au sein de ce continent divisé, le jeune lieutenant va s’efforcer d’organiser au mieux une résistance aux royalistes espagnols. Il compose pour cela un corps d’élite surnommé le régiment des Grenadiers à Cheval. Il fondera également dans la même année une société secrète sur le même modèle que les loges européennes mise en place par Bolivar, et Andrés Bello, afin de « travailler à l’indépendance de l’Amérique et son bonheur ».

Par le biais de cette loge, nommée Loge Lautaro, commencent les premières grandes réformes contre la puissance royale à Buenos Aires. Le Triumvirat alors en place ordonne en janvier 1813 à San Martin de protéger les côtes du Parana du débarquement corsaire royaliste.  Cette bataille marque la première victoire éclatante du jeune lieutenant sur le sol argentin et sa promotion au grade de général. Suivant l’exemple du corps armé sur les côtes de Parana, les victoires s’enchaînent pour la nouvelle junte de Buenos Aires. Néanmoins le reste du continent reste occupé par l’armée royaliste et ses sbires, dont le bastion se situe à Lima, capitale du Pérou.

 

  • Le plan continental

José de San Martin réalise très vite que la clé de cette libération sud-américaine repose donc à Lima. Il élabore pour cela un plan surnommé le Plan Continental, consistant à traverser la cordillère des Andes afin de conquérir le Pérou par la mer, surprenant ainsi les troupes royalistes. Des raisons de santé l’empêchent cependant d’exposer sa stratégie à l’Assemblée, il est alors nommé gouverneur de la province de Cuyo. Débute alors pour le mouvement libérateur ses heures les plus sombres.

Les forces indépendantistes sont en effet battues le 1er octobre 1814 lors de la bataille de Rancagua, par les royalistes qui reprennent peu à peu le contrôle du Chili. En parallèle de ces défaites militaires, parvient en Argentine la nouvelle de l’exil de l’Empereur Napoléon sur l’île d’Elbe et le retour de l’Inquisition en Espagne. Le nouveau Directeur Suprême de la junte argentine, Carlos María de Alvear décide alors de remanier son gouvernement et destitue le général San Martin de son poste de gouverneur de Cuyo. Celui-ci, grâce au plébiscite populaire parvient à garder sa place de gouverneur. Face à l’instabilité politique de l’argentine José de San Martin constitue alors à l’aide des populations locales, notamment celle de Cuyo, l’Armée des Andes afin de mener à bien sa stratégie continentale inachevée.

« Il ne s’agit plus d’exalter les vertus républicaines, et il n’est plus le temps de penser aux bonnes fortunes et aux commodités familiales. Le premier intérêt d’aujourd’hui est celui de la vie : c’est le seul bien des mortels. Sans elle, la patrie meurt aussi. C’en est fini de l’égoïsme, il faut entreprendre l’ultime effort en ce moment unique qui à jamais fixera notre sort. […] Chacun est la sentinelle de sa vie. »

troupe militaire

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                L’enjeu est de taille pour le général San Martin car les troupes fraîchement débarquées du Roi d’Espagne Ferdinand VII règnent déjà d’une main de fer sur le Venezuela et l’actuel Pérou, après leur victoire écrasante sur les forces indépendantistes en 1815. L’année suivante voit les différentes provinces libres d’Amérique du Sud former le Congrès National des Provinces Unies. La résistance contre les royalistes s’organise petit à petit. Reste cependant à convaincre le gouvernement de financer un tel plan. Après des échanges administratifs musclés, José de San Martin parvient à obtenir du gouvernement des Provinces Unies, le 9 juillet 1816 l’indépendance des provinces du Río de la Plata, coupant ainsi court à toute pacification possible avec la royauté espagnole.

 

  • La Marche de la Liberté

San Martin a désormais le champ libre pour mettre à exécution son plan dûment murit. C’est donc en janvier 1817 que son armée composée de 4000 hommes franchi avec succès la Cordillère des Andes et marche sur le Chili. Le 14 février, c’est triomphant que José de San Martin pénètre à Santiago, capitale du Chili, où il est proclamé Gouverneur. Il déclinera cette proposition au profit de son compagnon d’arme Bernardo O’Higgins. Toutefois la victoire n’est pas totale, car quelques bastions royalistes se dissimulent encore dans le sud du Chili. Le général San Martin décide alors de créer l’Armée Unie, unissant l’Armée des Andes et le corps armé chilien, dirigé par O’Higgins.

Fort de cette nouvelle victoire, le nouveau général en chef se rend à Buenos Aires afin d’obtenir de Londres une flotte afin de mener à bien la libération du Pérou, cœur du pouvoir royaliste. Après la victoire du 5 avril 1818 lors de la Bataille de Maipu, le Chili désormais libre, ouvre à San Martin la voie océanique menant à la terre péruvienne.

 

  • Pérou, Libération et Indépendance

Pour cette mission de haute importance, José de San Martin – entouré d’une escouade d’alliés chiliens, anglais et même français – est accompagné de 4500 hommes et de 8 navires de guerre affrétés tout droit d’Angleterre. Partie le 20 août, l’expédition débarque à Pisco le 8 septembre 1820. La stratégie du général est dorénavant très simple : le but est de débarquer dans les villes portuaires les plus importantes et d’y faire reculer les troupes royalistes dans l’arrière-pays, afin de dégager la voie au reste de l’armée indépendantiste.

Des fragilités internes au gouvernement péruvien sont également favorables à l’avancée des troupes de San Martin. En effet le 29 janvier 1821, des officiers se soulèvent face au Vice-Roi Pezuela, entrainant un changement de dirigeant. Le Général José de la Serna est nommé à la place du Vice-Roi et va tenter une série de négociations avec le Liberator, comme le surnomme désormais ses troupes. San Martin reste toutefois inflexible et refuse de dévier de son objectif final : l’indépendance totale du Pérou. Face à ce refus catégorique José de la Serna se retranche dans la capitale péruvienne. Commence alors un siège de longue haleine, entre les troupes royalistes et les troupes indépendantistes, de plus en plus nombreuses, accompagnant l’avancée de San Martin vers Lima. La fin du mois d’avril, la désertion d’un régiment de vénézuéliens du côté royaliste achève de démoraliser les troupes espagnoles. Le vice-roi José de la Serna abandonne finalement Lima à son rival le 5 juillet 1821.

L’indépendance officielle du Pérou n’est proclamée que le 28 juillet, date de fête nationale, sur la Plaza de Armas par le général José de San Martin lui-même. En reconnaissance de son dévouement pour la patrie péruvienne il sera nommé Protecteur du Pérou avec autorité civile et militaire sur le pays. Les dernières résistances royalistes seront réduites à néant par l’armée de Simon Bolivar en 1824, date de la mise en place officielle de la démocratie péruvienne sur l’ensemble de son territoire.

tableau

Proclamation officielle de l’indépendance péruvienne (© www.wikipedia.org)

                Malgré des débuts politiques chaotiques causés par la prise de pouvoir des créoles sur les populations indigènes, puis l’enchaînement de plusieurs dictatures de 1845 à 1866, le Pérou à toujours conservé la même date de fête nationale : celle de la libération, le 28 juillet 1821. Cette date symbolique qui marque le début d’une nouvelle ère démocratique pour un pays qui était jusqu’alors sous le joug hispanique.

Aujourd’hui membre de plusieurs organisations internationales comme l’ONU, l’APEC (Organisation de Coopération Economique Asie Pacifique) et la CAN (Communauté Andine des Nations), le Pérou est le troisième plus grand pays du sous-continent américain. Il est divisé en 24 régions et possède une situation économique relativement saine et prospère pour un pays d’Amérique Latine, malgré un fort taux d’emploi informel au sein de la population. L’objectif pour ce pays en plein développement est de diversifier sa production minière pour pouvoir exporter des produits à plus forte valeur ajoutée.

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