Bazaar : un beau premier roman, on en redemande !

Il avait suffi d’une chorégraphie sur la scène de l’opéra Bastille, du langage corporel et authentique que Dominique avait oublié depuis qu’il jouait avec les images et les mots dénués de leur sens premier. Cette révélation l’avait conduit à prendre les clés de sa vieille voiture et à s’enfuir loin de cette société de consommation. Une direction ? Le Sud. Fruit du hasard ? Acte purement instinctif ? A croire qu’une aiguille s’agitait au plus profond de (lui) sous l’effet d’un magnétisme quelconque auquel (il) avait toujours été sensible comme d’autres le sont au cliquetis minutieux de leur horloge biologique. Il était peut-être temps que deux corps suppriment la distance qui les séparait et comblent un désir proportionnel au produit de leur masse. 

Julien Cabocel, auteur, interprète et compositeur reprend des thèmes qui lui tiennent à cœur dans son premier roman. Après le conte Sur aucune carte, d’aucun voyageur, les questions de l’horizon et du désir mélangé à la liberté se retrouvent une fois de plus au centre de l’aventure. Dans une écriture poétique saupoudrée de multiples métaphores, Julien Cabocel nous plonge dans l’univers coloré aux mille et une possibilités du Bazaar. Là où les enfants sont rois et où les hommes continuent de rêver. Là où on espère que les animaux mécaniques puissent un jour s’échapper et où on tente encore de voler. Là où âmes perdues et âmes sœurs finissent toujours par se retrouver.

Il y a très longtemps, l’homme aurait été un être complet, se suffisant à lui-même et n’ayant besoin d’aucune attention extérieure. Lassés de cet orgueil, les dieux auraient séparé chaque individu en deux. Depuis, l’homme chercherait sans relâche sa moitié afin de retrouver le bonheur perdu. A la manière d’un mythe des androgynes moderne, le roman de Julien Cabocel nous fait vivre cette quête de l’amour illustré par trois couples de générations différentes : Geene et Millie épris et enivrés par la passion des premiers jours, Rilt et Ilda dont la dévotion va bien au-delà de la mort et, au milieu, tétanisés par l’idée de laisser l’évidence agir à leur place, Stella et Dominique. Pourtant, lorsque le protagoniste décide de tout abandonner pour être à nouveau en accord avec lui-même, c’est face à son ancienne amante qu’il se retrouve. A force de rencontres avec des personnages plus libres les uns que les autres, détachés de toutes contraintes matérielles, Dominique se remet à savourer l’instant présent. C’est ainsi que le Bazaar s’apparente à un véritable Carpe Diem dans lequel le désir est la clé. A travers une description lyrique de la photographie dont le principal objectif n’est pas de capturer le présent mais de le révéler, ce roman nous invite à revaloriser l’instantané et toute la spontanéité qui en découle. Que tu photographies un paysage ou le corps d’une femme(…), ce n’est jamais que ton désir qui passe à travers l’objectif(…) Si tu sais garder le désir intact, ça ira, ça devrait aller. Ainsi, les habitants du motel se rassemblent lors d’une dernière soirée autour d’un grand feu de joie, symbole de la flamme ravivée dans le cœur de Dominique, mais qu’il faudra sans cesse ranimer si l’on écoute celui qui a vécu jusqu’à en avoir le souffle coupé. Parce que ce roman montre les êtres humains tels qu’ils sont, entre rêveries et sentiments confus et qu’il donne à chacun la liberté de saisir son message selon sa propre sensibilité, le Bazaar continue d’agir sur le lecteur, même après fermeture.

 

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