Té-laisse tomber

L’article suivant a été très largement inspiré par la lecture du livre TV Lobotomie : Les vérités scientifiques sur les effets de la télévision de Michel Desmurget. Si vous souhaitez approfondir le propos qui va être développé au cours de cet article, n’hésitez pas à le lire.

desmurget.jpgLa télé, ahh, la télé. Objet à la fois controversé et adulé, questionné et omniprésent, la télé occupe une place centrale dans la vie de la majorité d’entre nous. La télé, c’est un terme très générique pour définir ce qui représente, aujourd’hui, une offre de programmes incroyablement variés : programmes soi-disant « éducatifs » (vous verrez le sens de cette formulation par la suite), journaux télévisés, programmes sportifs, séries, films, documentaires, télé-réalités, talk-shows, jeux télé, etc. etc. etc. Le choix est tellement vaste que le spectateur ne sait plus où donner de la tête. Et si je vous disais qu’aucun de ces programmes ne vaut la peine de s’affaler des heures durant dans son canapé ? Derrière ce propos volontairement caricatural, se cache pourtant une réalité scientifique.

Oui, parce que la télé agit à des niveaux multiples, certains même insoupçonnés. Commençons par les programmes « éducatifs« , par exemple. Ces programmes, censés développer la curiosité, le vocabulaire, l’apprentissage des enfants et tant d’autres facultés essentielles au bon développement cognitif, se révèlent en réalité bien peu efficaces. Au contraire, on pourrait même les considérer comme étant néfastes. Plusieurs études au protocole expérimental rigoureux, citées dans l’ouvrage sus-mentionné, prouvent qu’un enfant soumis à ce genre de programme développera autant, voire moins de vocabulaire qu’un enfant n’étant soumis à aucun traitement particulier. Et si l’on compare avec un enfant ayant fait objet d’une attention particulière de la part de ses parents (ou de n’importe quel autre adulte), le fossé se creuse. Scotcher ses enfants devant des vidéos éducatives serait donc moins utile que la confrontation à la vie réelle. Ainsi formulé, le constat peut sembler évident, mais il ne l’est toujours pas pour une grande partie de la population.

La télévision fait partie de nos mœurs, et influe directement non seulement sur notre développement cognitif, mais également sur nos comportements, que ce soit à court ou à long terme. Et le spectre de comportements impactés par l’usage de la télévision est très large, et très inquiétant.

Ainsi, la télévision accroît les risques de survenue des phénomènes suivants, entre autres : obésité, tabagisme, alcoolisme, conduites sexuelles à risque, troubles de l’attention, troubles du sommeil, agressivité, désensibilisation face à la violence. Et ce ne sont que certains exemples parmi tous les phénomènes néfastes que peut engendrer une exposition télévisuelle importante.

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Pourquoi, alors, la télé augmenterait-elle le risque de survenue de tout cela ? Plusieurs explications, concomitantes, peuvent être trouvées. A la base de ces explications, il faut souligner que la télévision influe sur nos perceptions et nos comportements. Cette influence est d’autant plus importante durant l’enfance et l’adolescence, précisément quand nous sommes en pleine croissance et que nous nous construisons des habitudes et des visions du monde.
Ainsi, le simple fait de regarder un film ou une série où des scènes d’alcoolisation ou de tabagisme sont présentes augmentera respectivement le risque de s’alcooliser et de fumer. Ce qui est d’autant plus frappant, c’est que ces effets se font ressentir à la fois à court et long terme. Quelqu’un qui regarde un film où les personnages boivent régulièrement aura plus de chances de se mettre à boire pendant ou juste après le film que quelqu’un qui aura regardé un film sans ou avec peu de scènes d’alcoolisation. Mais aussi, quelqu’un qui regarde régulièrement des films où l’alcool est présent aura plus de chances de développer une dépendance à l’alcool plus tard que quelqu’un qui en regarde peu ou pas du tout.

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Cet exemple est valable également pour la cigarette, ou pour l’alimentation. Pour l’alimentation, l’effet se fait d’autant plus ressentir que la publicité pour cette dernière est amplement autorisée et très peu réglementée, contrairement à celle pour le tabac et, dans une moindre mesure, pour l’alcool. Ainsi, si l’envie de fumer ou de boire peut se transmettre presque exclusivement par les films et les séries, l’envie de consommer des produits très sucrés, gras et/ou salés se transmettra, en plus, par les publicités explicitement affichées entre deux dessins animés ou deux programmes éducatifs. Et la consommation de tels types de produits, ce n’est pas une surprise, va favoriser la survenue de phénomènes d’obésité.

Au-delà de ces considérations presque exclusivement sanitaires, il faut rappeler que la télévision agit sur d’autres champs. Par exemple, il a été prouvé que la consommation massive de séries ou films où les personnages principaux avaient des conduites sexuelles à risque augmentait les chances que les jeunes spectateurs développent le même type de conduites par la suite. Avec toutes les conséquences sanitaires, sociales, professionnelles que cela peut comporter.

La violence, également, est un problème central. Une expérience très concluante a été menée sur des enfants. Les deux groupes étaient placés dans une pièce, et avaient vue sur une autre pièce où deux individus commençaient, progressivement, à se parler de plus en plus fort, à s’insulter, puis finalement à se taper dessus. Un des groupes d’enfants a su reconnaître les signes de tension très vite, et est allé prévenir les expérimentateurs placés dans une autre pièce. L’autre, au contraire, a commencé à s’inquiéter seulement au moment où les deux personnes ont commencé à utiliser la violence physique. La différence entre les deux groupes ? Vous le devinez : le premier n’avait regardé aucun programme télévisuel avant l’expérience, le second avait regardé un programme violent. La soumission à certains programmes, en plus de rendre les personnes plus agressives, engendre une désensibilisation face à la violence et une perte d’empathie. Et ces phénomènes sont valables tant à court qu’à long terme.

On pourrait poursuivre en parlant du point auquel la télévision diminue la capacité d’attention et de mémorisation des enfants, qui voient leurs résultats scolaires s’écrouler en quelques années après une soumission régulière à des programmes télévisuels. Et cela n’a rien à voir avec le milieu social : des enfants d’une ville entière n’avaient pas accès à la télévision et avaient, en comparaison, de bien meilleurs résultats que d’autres enfants y ayant accès. Après que la télévision ait été accessible dans les foyers, les résultats globaux se sont effondrés et ont rejoint ceux de la seconde ville. On pourrait donc résumer ce constat en disant que, si de nombreuses autres variables influent sur les résultats scolaires, en voici une qui serait très simple à contrôler, et qui ne l’est que très rarement. Et la diminution observée de la quantité et de la qualité de sommeil face à l’exposition télévisuelle est sans doute un autre facteur dommageable.

Finalement, il ne s’agit pas de dire que la télévision est le diable, que tout ce qu’elle fait est à jeter, loin de là. Il s’agit là davantage d’une question de mesure, comme souvent. Scotcher des enfants devant des programmes violents, les laisser regarder toutes sortes de publicités sans interagir avec dans la vraie vie sera certainement dommageable. Regarder fixement un écran pendant 3-4 heures par jour ne nous mettra pas dans une meilleure forme non plus.

Et l’essentiel, c’est de le savoir. On ne va pas blâmer les parents qui, par choix ou non, mettent leur enfant devant la télévision. On ne va pas culpabiliser les personnes qui aiment passer leurs journées devant ce joli écran. Mais il faut être conscient des risques importants que cette exposition comporte, aussi bien pour les adultes que pour les enfants, et encore davantage pour ces derniers. La consommation outrancière de télévision est un problème social central, il ne faut pas le nier. La question qu’on pourrait se poser serait, en revanche : que fait l’Etat, censé assurer le bien-être de ses citoyens, face à cette question ? Ce ne sont pas les preuves qui manquent. Mais peut-être les intérêts économiques sont-ils trop importants pour bousculer ce système bien en place.

Image de couverture : © Evert F. Baumgardner, National Archives and Records Administration

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