Lettre à la Terre

Oh Terre,

Tu en as vues des choses, depuis que tu es née…De boule de lave incandescente, tu t’es transformée jusqu’à permettre l’apparition de la vie. La vie, dont, pris dans nos occupations quotidiennes, nos pensées futiles d’êtres humains, nous avons tendance à oublier le caractère spectaculaire et miraculeux. Tu en as vu des choses, oui…Tu pensais peut-être avoir tout connu. Des êtres majestueux comme les dinosaures avaient foulé ta terre, s’en étaient emparés et y avaient régné pendant des centaines de millions d’années. Que ce temps as-tu du trouver long ! Tu as peut-être ressenti un léger soulagement, quand ils ont disparu ? Je ne sais pas trop, mais une telle domination devait te peser, j’imagine. Peut-être pensais-tu que le plus dur était derrière toi ? Mais après des dizaines de millions d’années d’accalmie, voici qu’une espèce bien étrange, un peu poilue, pas trop grande, a vu le jour.

Pouvais-tu penser qu’une si petite bête allait te poser tant de soucis ? Pensais-tu vraiment qu’un être si innocent au premier abord aller révolutionner ta surface et tes entrailles pour satisfaire ses envies, plus que ses besoins ? Je ne sais pas trop, mais j’ai du mal à croire que tu aurais pu le prévoir. Et pourtant, c’est ce qui s’est passé.

On a creusé en toi, creusé, creusé et encore creusé. Des kilomètres et des kilomètres. Autre chose que les taupes et les vers de terre dont tu avais l’habitude. On a creusé, et tu nous a donné généreusement ce que tu avais en tes entrailles. Et nous n’avons pas su écouter ce cri du cœur qui nous demandait de ralentir. Nous avons continué, encore plus vite qu’avant. Encore plus profondément, encore plus violemment. Tu as commencé à pleurer pour le mal que l’on t’avait fait. Mais aucun de ces pleurs ne fût écouté.

Non contents de bouleverser tes entrailles, nous avons bouleversé ta surface. Les belles forêts verdoyantes que tu avais mis des milliers d’années à faire pousser, nous les avons détruites en quelques années. De grandes étendues de vie, nous les avons transformées en déserts.

Mais la terre ne nous suffisait pas. On a commencé à envahir la mer. Nous l’avons prise d’assaut avec ce que notre civilisation ne veut pas voir, ce qui n’est pas désirable : des personnes et des déchets. Tout ce que nous ne souhaitions voir, par peur de voir la réalité en face, nous l’avons déversé, abandonné au milieu de tes eaux puissantes. Nous avons commencé à y faire disparaître la vie. Tu nous as supplié d’arrêter, mais nous avons continué.

Oui, oh Terre, nous t’avons pris pour une orange que l’on presse jusqu’à la dernière goutte avant de la jeter. Nous t’avons pris pour un de nos objets qui nous servent plus après une seule utilisation. Nous avons cru que tu devais seulement nous donner. Nous t’avons esclavagisée, asservie, nous t’avons mise à genoux. Nous avons fait comme si tu étais une chose ignoble. Nous t’avons traitée comme un vieux jouet abîmé jeté dans le coin d’une pièce.

march-for-science-2252980_960_720

Nous avons oublié ta beauté. Enfin, nous nous en rappelons régulièrement. Comment pourrait-on ne pas reconnaître la beauté d’un paysage que toi seule sait nous offrir ? Mais, cette beauté, nous l’oublions aussitôt replongés dans nos appareils, dans nos occupations, nos travails, nos futilités, en somme. Nous avons oublié la joie de cueillir un fruit offert par l’un de tes arbres, le bonheur de te toucher, de te sentir. Nous avons oublié de te fouler subtilement du pied, nous avons préféré t’enfouir sous des tonnes de béton. Nous avons préféré la construction artificielle, l’émerveillement absurde à la nature. Nous nous sommes enfermés dans une course de vitesse que tu ne sais comprendre. Nous t’avons perdue de vue. Nos oeillières sont si opaques que nous ne savons plus regarder les étoiles. Nous nous émerveillons mieux devant une image de synthèse que devant le réel. Nous ne savons peut-être même plus que tu existes, Terre.

Nous oublions constamment tout le bien que tu nous veux tout ce que tu nous fournis. L’électricité qui permet de nous éclairer, la fertilité qui permet de nous nourrir, l’atmosphère qui nous permet de respirer. C’est si naturel pour nous, tu comprends, que nous avons oublié le sens-même de ce mot, « naturel ». C’est naturel alors nous n’y pensons plus, alors que nous devrions y penser en chaque instant. Nous profitons de toi sans te regarder.

Plus le temps avance, plus tes yeux s’emplissent de larmes. Un jour, tu vas ensevelir nos plus grandes villes sous tes larmes, et nous pourrons pleurer à notre tour. Nous ne comprendrons pas ce qui nous arrive. Nous crierons à l’injustice. Nous implorerons ta pitié. Mais c’est nous qui sommes injustes. C’est nous qui avons oublié la compassion.

Nous croyons que tu nous appartiens. Nous avons oublié que nous faisons partie de toi.

Mais, dans un dernier élan d’espoir, donne-nous encore tes fruits. Permet-nous d’y goûter. Permet-nous de sentir tes fleurs. Permet-nous d’admirer tes paysages. Permet-nous de toucher ton sol. Permet-nous de nous rappeler que toi et nous ne sommes qu’un. Permet-nous de renouer le lien que nous avons brisé il y a bien longtemps. Ton désespoir doit être si grand. Et en y pensant, les larmes emplissent mes yeux. Je peux sentir tes larmes, je peux les voir. J’aurais tant aimé qu’elles ne viennent jamais.

Elles sont là, pourtant. Transforme ces larmes en pluie d’espoir, je t’en prie. Redonne l’espoir à cette humanité qui en a tant besoin. Face à l’avidité humaine, montre ta bonté. Face à la cruauté, montre ton amour. C’est tout ce qui nous reste…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s