TRANSGENRES ET HOMOSEXUELS EN QUÊTE DE DROITS

Enfant, l’école, la famille, les médias transmettent une vision genrée binaire. Si tu nais avec un vagin, tu es une fille, et tu seras amoureuse de garçons. A l’inverse, si tu nais avec un pénis, tu es un garçon et tomberas sous le charme de filles. Or, la réalité sociétale est plus diverse que celle-ci. C’est ce que le terme “queer” – traduit comme “altersexualité” ou “allosexualité” – regroupe. A savoir que ce mot englobe les personnes ne se définissant pas en opposition par rapport à une autre (hétérosexuel ou homosexuel, femme ou homme), et ne souhaitant pas être “étiquetées selon leur orientation sexuelle ou identité de genre” (source : Interligne).

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L’Inde dépénalise l’homosexualité ©France news

Les homosexuels et les personnes transgenres sont, encore quelque peu « invisibilisés » et victimes de discriminations aux quatre coins du globe. Pour contrer ces défaillances, des efforts sont notables quant à l’élargissement des droits de ces minorités.

DES AVANCEES LEGALES

Le 6 septembre dernier, la Cour Suprême Indienne a dépénalisé l’homosexualité. Depuis une loi de 1860 (article 377), les rapports sexuels entre deux personnes de même sexe étaient condamnables de dix ans de prison, pouvant aller jusqu’à la perpétuité. Déjà, un vent nouveau avait soufflé sur le continent asiatique lorsqu’en 2002, le prince Indien Manvendra Singh Gohil avait ouvertement affirmer son homosexualité. En février dernier, il a ouvert un centre LGBT (Lesbian, Gay, Bisexual, Transexual), à l’intérieur-même de son palace. Lors d’une interview au journal britannique The Independant, il avoua que : « Faire son coming-out en Inde est vraiment difficile. Des parents menacent leurs enfants de les tuer s’ils sont gays. Ils n’ont donc nulle part où aller et se retrouvent à la rue. Je veux leur porter secours et les protéger de la mort, du suicide ou de la dépression ». Son centre LGBT a notamment vocation à fournir aides et soins médicaux, ainsi que formations professionnelles à ces minorités sexuelles. En 2014, l’Inde avait déjà reconnu un troisième genre, pour les personnes transgenres.

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Le prince indien Manvendra Singh Gohil © France 24

Avec cette décision de justice, ce pays d’1,35 milliards d’habitants devient le 124e pays au monde à ne plus criminaliser l’homosexualité.

En Amérique Latine, c’est Cuba qui pourrait avancer quant aux droits des homosexuels. En effet, en février 2019, la tenue d’un référendum aura lieu au sujet du mariage entre deux personnes de même sexe.

Un peu plus bas géographiquement, les députés chiliens ont approuvé, le 12 septembre 2018, la loi d’identité de genre. Cette dernière permet aux personnes transgenres et intersexes de changer de nom et de sexe dès 14 ans. Approuvée quelques semaines auparavant par les sénateurs, rien n’était acquis. Pays conservateur, il fallait 89 votes en faveur de la loi pour être approuvée. Ce fut chose faite, puisque il y eut 95 votes pour face à 43 contre.

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Le président chilien de droite conservatrice, Sebastian Pinera ©Reuters

Cette loi permet aux mineurs entre 14 et 18 ans de procéder à ces changements, en présence d’un représentant légal, et, dans le cas contraire, d’un juge. Pour les adultes, il suffit de se rendre à l’état civil. Désormais, d’ici un mois, le président chilien de droite conservatrice, Sebastián Piñera, doit promulguer cette loi, afin qu’elle entre en vigueur d’ici un an.

Le Chili rejoindra alors l’Espagne, l’Argentine, la Colombie, Malte, la Bolivie (en attente de promulgation), l’Irlande et le Danemark, possédant déjà une loi d’identité de genre.

UNE VISIBILITÉ CROISSANTE DES TRANSGENRES

Aux Etats-Unis, pour la première fois dans l’histoire du pays, une candidate transgenre est en lice pour un poste de gouverneur. Christine Hallquist, démocrate, est en course contre le républicain sortant Phil Scott, pour devenir gouverneure du Vermont. L’élection aura lieu le 6 novembre.

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Christine Hallquist, première femme transgenre en lice pour un poste de gouverneur aux Etats-Unis ©Seven days

Transgenre, c’est une personne qui ne se reconnaît pas dans ses attributs biologiques, mais qui ne ressent pas forcément le besoin de modifier son anatomie. A l’intérieur de cette catégorie, se trouvent les transsexuels qui, eux, ont eu recours soit à une opération chirurgicale, soit à une thérapie hormonale. Hallquist avait déclaré au journal Burlington Free Press avoir “toujours été différente, je le savais. Ma femme et moi étions d’accord pour emporter ce secret dans la tombe. Mais à la fin de la quarantaine, j’ai commencé à me sentir vraiment mal, j’avais même des idées suicidaires car je n’étais pas honnête avec mes enfants… J’ai décidé que la vérité était plus importante ”.

Pour autant, Christine Hallquist ne compte pas faire campagne sur son identité transgenre, mais bien sur ses idées de gauche (notamment la création d’une couverture santé universelle, et mise en place d’un salaire minimum, établi à 15 dollars l’heure).

68th Primetime Emmy Awards, Arrivals, Los Angeles, USA - 18 Sep 2016
L’actrice américaine d’Orange is the new black, Laverne Cox ©Deadline

Laverne Cox, aussi connue comme Sophia Burset dans la série américaine “Orange is the new black” est également un symbole pour la communauté LGBTQ. En 2014, elle deviendra la première femme transgenre à faire la Une du magazine Time, à être choisie “Femme de l’année” par Glamour, et à être nommée pour les Emmy Awards.

DES MEURTRES TRANSPHOBES EN HAUSSE

Cependant, la réalité est bien plus sombre. Chaque année, l’association Transgender Europe (TGEU) recense le nombre de meurtres de transgenres et de personnes non-binaires. Ce document est tristement intitulé “Trans Murder Monitoring”. Entre 2008 et 2017, 2 609 meurtres transphobes ont été commis, dont 325 entre le 30 octobre 2016 et le 30 septembre 2017. Pourtant en avance sur les questions d’identité de genre, l’Amérique Latine reste la région la plus dangereuses pour ces personnes. Sur les 325 personnes tuées l’année dernière, 171 meurtres se sont produits au Brésil.

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Le recensement des meurtres transphobes par l’association Transgender Europe © Transgender Europe

La France n’est pas exemptée de toute responsabilité puisque des meurtres y sont également recensés. A savoir qu’”en France, Italie, Portugal, et en Espagne, 69% des personnes trans et non-binaires assassinées étaient des migrantes et/ou des personnes originaires d’Afrique ou d’Amérique du Sud et Centrale (Brésil, Salvador…)”.

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Mobilisation après le meurtre de Vanesa Campos ©BFMTV

Mi-août 2018, une péruvienne transgenre travailleuse du sexe (cette profession représente 62% des meurtres selon le rapport de TGEU), Vanesa Campos, a été assassinée au Bois-de-Boulogne.

Malgré quelques avancées plutôt louables, il reste encore beaucoup à faire internationalement tant au niveau législatif, institutionnel, pénal, judiciaire, que mental.

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