Mélenchon ou la rébellion de pacotille

Nous y voici. Ces derniers jours, un sujet a été dans la bouche des médias de manière assez incessante, parfois même obsédante. Oui, je parle bien de la perquisition de Jean-Luc Mélenchon.

Beaucoup de choses ont été dites à ce sujet, et mon article n’en sera qu’une autre parmi tant. Mais je tenais quand même à répondre à l’argument de certains insoumis, qui disent que la réaction de Jean-Luc Mélenchon est un acte de rébellion envers le pouvoir étatique et la répression policière.

Spoiler alert : j’ai voté France Insoumise au premier tour de l’élection présidentielle. Tout ce que je vais avancer n’a donc rien d’un anti-mélenchonnisme primaire. J’ai trouvé sa campagne présidentielle excellente, d’ailleurs. J’étais d’accord avec l’écrasante majorité de son programme.

Premièrement, pour poser les bases, il faut dire ce qui est : le pouvoir étatique abuse de son autorité fréquemment, depuis toujours. L’autorité étatique peut « servir » à l’Etat dans différents contextes, en particulier lorsque celui-ci se retrouve confronté à une opposition virulente et potentiellement dangereuse pour le maintien au pouvoir des dirigeants politiques. Alors, peut-être que les perquisitions dont a fait l’objet Jean-Luc Mélenchon sont une manœuvre savamment orchestrée par le gouvernement dans le but de lui nuire. Ou peut-être pas.

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La perquisition chez le parti de Mélenchon « n’a pas été faite dans les règles », accuse LFI – PDN/SIPA

Dans les deux cas, c’est la réaction de Mélenchon qui s’avère disproportionnée et totalement inefficace, à vrai dire. Gueuler « Je suis la République« , « Je suis sacré » n’a certainement jamais servi à faire avancer une lutte. Notre Jean-Luc préféré s’est peut-être davantage retrouvé touché dans son ego démesuré, et c’est ce qui lui a provoqué cette réaction si virulente et inappropriée.

Il avait le droit de faire valoir que ce qui lui arrivait était exagéré, que 100 policiers n’étaient pas nécessaires pour une perquisition. Comme n’importe quel autre citoyen.

Et c’est bien là le nœud du problème. Jean-Luc Mélenchon, qui a axé toute sa campagne présidentielle sur sa proximité avec le peuple français, sur la déconnexion du pouvoir par rapport aux besoins des français, et sur l’avènement d’une 6ème République plus démocratique, a l’attitude d’un monarque que l’on aurait blessé au plus profond de son ego. Et qu’est-ce que ça change, me direz-vous ? Mon avis à ce sujet compte peu, c’est vrai.

Mais la question mérite d’être posée : comment quelqu’un comme Mélenchon, qui prétend défendre certaines valeurs, se place à l’opposé de ces mêmes valeurs par son attitude ? Comment peut-il se dire proche du peuple tout en affirmant qu’il est sacré, ceci au même moment qu’il brandit son écharpe tricolore pour encore plus réaffirmer son statut de privilégié ?

C’est là que le discours de Mélenchon perd en crédibilité : à vouloir reprendre les schémas hyper-présidentialistes d’une république déjà obsolète depuis bien longtemps, il finit par partir dans des considérations égoïstes et égotiques. Le meeting auquel j’avais assisté il y a un an et demi m’en avait déjà convaincu : Mélenchon a peut-être des principes d’égalité et d’équité entre les citoyens, mais il ne les applique pas à lui-même. Aurait-on pu entendre le discours qu’a tenu Mélenchon de la bouche de François Ruffin, qui est pourtant dans la même formation parlementaire que lui ? Certainement pas, cela ne fait aucun doute. Pour aller plus loin : aurait-on pu entendre ce type de discours de la part d’êtres humains qui eux, pour le coup, ont été bien plus persécutés que Jean-Luc Mélenchon ? Martin Luther King, Nelson Mandela, le Dalaï-Lama ont-ils prononcé une seule fois la phrase « Je suis sacré » ?

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Martin Luther King © DR

Ainsi, je ne vais pas jeter la pierre à la France Insoumise dans son ensemble, qui reste à mon sens un mouvement citoyen nécessaire dans ces temps où le pouvoir économique semble de plus en plus avoir emprise sur le pouvoir politique. Il s’agirait peut-être davantage de se poser la question de la crédibilité de ce mouvement et de son « chef suprême« . Quoi qu’on en dise, Mélenchon est le centre névralgique de la FI. Si ça a pu être une force par la passé, c’est maintenant une énorme faiblesse. Pour le moment, le mouvement ne semble pas capable de s’émanciper de ce personnage haut en couleurs. Et nul doute que je ne suis pas le seul à être de plus en plus dégoûté par les allures que prend ce parti, et qui attend de grands changements à l’intérieur de celui-ci avant d’envisager de voter pour lui à nouveau.
Parce que pour tous ceux qui réfutent l’idée d’un Chef qu’il faudrait suivre à tout prix (tendance très présente à LREM également, il faut avouer) et qui aspirent enfin à une vraie démocratie et à une réelle justice sociale, Mélenchon n’est pas et ne sera jamais la bonne solution.

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