Victoria Bruné – « Les jeunes sont les racines de l’arbre du monde »

« Soit le changement que tu veux voir dans le Monde » (Gandhi)

unnamed
© Victoria Bruné

Etre le changement qu’elle veut voir dans le Monde, c’est le défi que s’est imposé Victoria, étudiante de 18 ans en première année à Sciences Po Menton. Passionnée d’Histoire et d’écriture, la jeune fille a publié cette année son premier ouvrage, La Voix d’une Jeune, dans lequel elle revient sur tous ces sujets d’actualité qui lui tiennent à coeur. Son livre est un voyage dans l’esprit aussi vagabondeur que terre à terre de Victoria. Entre poèmes, lettres et nouvelles, elle nous invite dans cette traversée du Monde où s’entremêlent droits des femmes ou des enfants, situation des migrants, victimes de guerre et état de notre société. Son objectif ? Pousser un cri d’espérance positive sur cette existence où hommes, femmes et enfants luttent pour leurs libertés.

Amoureuse de l’écriture, Victoria n’hésite pas à citer Sartre disant « modifier la figure du monde passe aussi par l’Ecriture« . « La plume a toujours fait partie de ma vie. C’est une arme puissante pour changer le monde » affirme celle qui écrit depuis ses six ans. Son univers a toujours été marqué par la présence des livres et des bibliothèques, raconte-t-elle, « et ma famille m’a toujours encouragée à lire« . Remontant dans ses souvenirs, elle parle de ces contes qui ont contribué à nourrir et fertiliser sa passion pour l’écriture dès son plus jeune âge. Aujourd’hui, sa plume s’est détournée de ces histoires fantastiques pour embrasser la même ambition que celle d’un Camus, d’un Sartre, ou des philosophes des Lumières qui l’influencent tout particulièrement. S’inspirant de son environnement, de ses opinions sur le monde, elle crée des personnages hétéroclites pour défendre des causes qui lui importent.

Et si la jeune étudiante se dirige vers une carrière aux Nations Unies, elle se promet d’utiliser toute sa vie la plume pour défendre les droits qui lui tiennent à coeur. A son compte, elle tente déjà de secouer la société par Internet, notamment sur son blog du Monde ou celui de Médiapart.

Sa fibre militante, Victoria la doit en partie à son environnement où l’actualité a toujours joué un rôle important, même si ce sont les Printemps Arabes qui ont été un réel élément déclencheur dans sa prise de conscience de l’état du Monde. Elle devient alors « touche-à-tout« , s’intéressant autant aux mariages forcés d’enfants qu’à la montée des populismes ou encore la lutte contre le harcèlement scolaire.

Si sa voix est emplie d’optimisme, Victoria porte cependant sur le monde actuel un regard inquiet. « Nous vivons dans un monde ératique, en voie à des agitations politiques sur tous les continents » répond-elle avant de mentionner les périls politiques en Afrique et au Moyen Orient ou encore la radicalisation de certains régimes. Mais elle évoque surtout l’importance de garder une part d’optimisme pour changer le monde, soulever des vagues militantes, éveiller les consciences pour refuser toutes les situations iniques. La philosophique de la jeune fille ? Cultiver son propr jardin, être optimiste pour refuser l’injustice et accepter un monde meilleur. Évoquant l’apartheid et la guerre du Vietnam, elle concède : « la plume et les mobilisations populaires ont toujours été un facteur de changement à travers le monde« .

Le texte de Victoria est notamment empreint de son regard sur la situation des femmes à travers le monde. Quand on l’interroge sur certains faits d’actualité, tels que l’anniversaire proche du mouvement #metoo, elle porte un regard prudent sur cette période qui a ouvert « certes un dégel de la honte menant à un éveil des consciences, mais aussi à une peur liée à un certain conservatisme« . La jeune fille porte un regard particulièrement critique sur la « Tribune des Cent » popularisée par la signature de Catherine Deneuve : « Il s’agit d’une preuve d’écart générationnel qui est bien visible sur ce sujet de jeu de séduction. Cette erreur de jugement montre un déficit de compréhension et un manque de connaissance du phénomène. Se faire aborder par un inconnu dans un espace public n’a rien de réjouissant : ce n’est rien d’autre qu’une tentative de tenter par effraction dans la vie d’une femme. » explique-t-elle avant de mentionner l’importance à ses yeux de remettre à l’ordre du jour la notion de consentement nécessaire à la relation avec l’autre.

Dans sa lutte féministe, Victoria s’est aussi beaucoup penchée sur la situation internationale. Son livre s’intéresse tout particulièrement aux féminicides présents au Mexique ainsi qu’aux mariages d’enfants forcés en Syrie. A travers ses poèmes, elle distille violences sexuelles et droits des plus jeunes. « Toutes les violations des droits des femmes me tiennent à coeur, déclare-t-elle. Il est évident qu’aujourd’hui, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme est appliquée de manière inégale. Et surtout, le droit à la dignité est appliqué à géométrie variable. Nous sommes face à une situation désespérée où des hommes cherchent des terres capables de leur rendre leur dignité, alors même que la montée des populismes. Elle n’hésite pas à mentionner le manque de politique réelle d’Emmanuel Macron en faveur des migrants, lui qui, le rappelle-t-elle, les avait considérés comme des « héros » en 2017 face à Marine Le Pen.

En ces temps troublés et erratiques,

La vague brune déferle encore,

Elle fait monter en puissance la haine qui instille la peur et travestit l’Histoire,

Louant un roman national dessinant un paysage monochrome, exaltant les lithopédions identitaires

Cette déferlante s’élève jusqu’aux arcanes du pouvoir.

Jeunes et vieux loups gobent et embrassent ces idéologies turbides dans une quête électoraliste.

Ils renient leurs idéaux et bâtissent un isthme nouveau.

La Vague Brune, Victoria Bruné

C’est d’ailleurs face à ces politiques que Victoria se lance dans l’écriture de lettres ouvertes. Le but ? « faire entendre ma voix au plus grand nombre, mais aussi permettre une voix dissidente au milieu du torrent de haine. »

Capture

Au-delà de l’écriture de son livre, Victoria consacre une grande partie de son engagement à la dénonciation de la guerre au Yémen. Elle a notamment lancé une pétition afin de dénoncer « ceux qui renient leurs idéaux au nom de leurs intérêts politiques« . La jeune fille évoque avec tristesse la destruction de la jeunesse dans un pays retourné cent ans en arrière, sacrifié pour des disputes d’influence. « C’est un avenir sombre et incertain qui se dessine » affirme-t-elle, avant de poursuivre : « La France est le pays des Droits de l’Homme et a pour vocation d’être le phare de ces droits. Cette vocation fait partie des discours politique depuis des décennies. On ne peut que constater une tradition entre une volonté dans le verbe d’exploiter des droits de l’homme et une incapacité face aux frappes sanglantes sur le monde. Il est de notre devoir en tant que peuple de se mobiliser et de faire pression sur le pouvoir pour qu’il puisse agir sur ce sujet. Si les pouvoirs civilisés sont capables de s’émouvoir sur le martyr des Syriens ils sont aussi capable de le faire pour le peuple yéménite (…) On a la chance de vivre dans un pays où l’expression est libre, les libertés fondamentales ne sont pas tuées, il faut utiliser cette chance pour rappeler les gouvernants à leur devoir. Rappeler que les Droits de l’Homme ne sont pas sélectifs et que les larmes ne doivent pas être proportionnelles aux réserves de pétrole qui sont sous les pieds de peuples martyrisés. »

Le livre de Victoria est aussi un appel à la jeunesse, cette période « particulièrement fertile à l’engagement ». Elle mentionne ainsi une situation critique des jeunes qui vivent dans des conditions asymétriques, certains bâillonnés par leur gouvernement, d’autres libres, les derniers marginalisés par leur condition sociale. « Les jeunes sont les racines de l’arbre du monde, déclare Victoria. Si elles sont malades, l’arbre tombe. Dans certaines parties du monde, ces racines ont une situation privilégiée et assez aisée. Mais même dans les régions les plus confortables, certaines racines souffrent d’un mal être et d’un délaissement des inégalités sociales.

La jeune fille ne compte pas s’arrêter là et a des projets plein la tête. En plus de poursuivre son écriture sur ses différents blogs, elle projette de publier un roman engagé, probablement sur la question de l’Erythrée. Surtout, elle entend tirer profit de ses études pour mieux comprendre le monde afin de porter remède aux maux qui le secouent. Son objectif ? Effectuer un an en Suède afin d’étudier le système politique de ce pays basé sur une éthique extrêmement stricte et un système sociétal basé sur l’égalité hommes/femmes. Elle espère pouvoir s’imprégner de cette société qui la fascine pour, pourquoi pas, mettre en action l’optimisme qui l’habite.

Pour lire le livre de Victoria : https://www.bookelis.com/sciences-humaines/30668-La-voix-d-une-jeune.html 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s