Gilets Jaunes : Révolution ou Nouvelle Arnaque ?

Débat entre Louis Chiffoleau et Guilhem Garnier Rousseau. 

 

47580442_275633903141003_7822323949366149120_nGuilhem : Je dirai que les gilets jaunes ont une véritable potentialité révolutionnaire, de par la combinaison originale de spontanéité et de résilience qui semble caractériser leur mouvement: nul ne sait de qui vient l’appel, nul ne sait qui les représente et pourtant, semaine après semaine, sans aucune tête directrice, ce mouvement grossit et s’étend. S’il ne tombe pas dans les pièges que lui tend le pouvoir politique, celui justement de l’intégration dans un système classique, je suis persuadé qu’ils obtiendront une satisfaction de leurs principales revendications. Après tout, de nombreuses révolutions, à commencer par la mère d’entre toutes, la révolution américaine, se sont cristallisées autour d’un ras le bol fiscal.

Je te passe le bâton de parole

 

img_20181207_191126-1.jpgLouis : Je suis d’accord, sur tout. Le mouvement jaillit de nul part, le gouvernement a versé sa goutte dirait on. De cette effervescence nous voyons enfin, comme si nous y étions, des moments clefs de notre histoire comme la révolution française. Ça fait chaud au coeur de voir le peuple se soulever face aux demandes de plus en plus oppressantes d’un Etat qui se veut de plus en plus capitaliste et face à un empereur menant ses troupes pour dorer sa belle souveraineté. Mais, comme dans toutes révolutions il y a changements : devons- nous nous attendre à pire pour les prochains jours ? Devrons nous subir encore les mêmes images accablantes où des gilets jaunes frappent des CRC ? Devrons nous encore voir s’éteindre la flamme du soldat inconnu ? Seulement, pour une révolution sans chef, sans réelles demandes politiques mis à part : “ Macron démission”? Personnellement, je préfère garder un empereur qui me dégoûte que de laisser le pouvoir à des personnes qui pissent sur un patrimoine connu dans le monde entier pour sa beauté.

47580442_275633903141003_7822323949366149120_nG : Là dessus, je pense que c’est une erreur commune à la gauche de voir l’anticapitalisme pointer derrière chaque effervescence révolutionnaire. Au contraire, ces manifestations sont avant tout conservatrices, cristallisées autours du pouvoir d’achat et des taxes. C’est pourquoi ils sont si peu soutenus par les intellectuels médiatiques parisiens (oui, je sais, le cliché existe mais il demeure réel) dont Kassovitz et Barthès sont les figures allégoriques. On peut résumer les revendications des gilets jaunes sous l’acronyme MiMi: moins d’impôts, moins d’immigrés. Ce sont essentiellement des foules blanches, classes moyennes de province qui sont les oubliés éternels de toutes les politiques. Les bandes violentes qui se sont mêlées à eux, et que j’ai pu observer moi-même à Paris, se sont greffées sur un mouvement déjà existant. Mais n’altéreront pas sa nature: celle des PME, des employés et des villes de province.

img_20181207_191126-1.jpgL : En effet, j’ai fait une erreur sur la population des Gilets Jaunes. Comme tu dis, ils sont MiMi: moins d’impôts, moins d’immigrés. Comme ma famille recroquevillée dans son marais poitevin en Vendée. C’est d’ailleurs mon grand-père, le premier qui m’a toujours donné ses valeurs : “le travail, le partage, la curiosité ”. C’est lui même d’ailleurs qui a horreur des immigrés et c’est même pour ça que j’ai préféré vivre à Paris. Car ces oubliés, je les aime, ce sont ma famille. Mais aujourd’hui je préfère me faire traiter de bobo gauchiste que de subir les dires de nombreux provinciaux : “ Les arabes et les nègres nous volent notre travail “, “ils nous volent nos impôts”.  Mais si ça te venait de leur demander :” vous avez déjà rencontré un arabe ? “ ils te répondent négativement. Face à ça, je comprends. Il faut avoir un ennemi commun pour se serrer les coudes. Il faut un sujet de discussion pour trouver une unité à tous les provinciaux.

-la France a colonisé presque toute l’Afrique nègre et arabe. Elle a pendant longtemps gardé ses colonies.

La France en ruine après la seconde guerre mondiale a besoin de main d’œuvre, et devinez qui c’est qui arrive ? Les grand-parents des “nègres” et des “arabes” d’aujourd’hui. Ils étaient là ces nègres et ces oranges pour reconstruire la France en 1950 lorsque des classes moyennes blanches ne voulaient pas s’engager dans la RATP. Heureusement qu’ils étaient là ces acheteurs de petits commerces en ville pour offrir aux blancs racistes un peu de confort en côte d’Azur comme Desproges a pu bien nous le raconter dans son sketch “les rues de Paris ne sont plus sûres”. Enfin… Je parle je parle… Mais tout ça pour dire une chose: je ne ferai jamais confiance à des blancs MiMi tant leur manque de culture, de logique et d’humanité fait déshonneur à notre pays jusqu’à leur faire perdre le titre de Français face à un « nègre » qui connaît notre histoire et qui reste en accord avec la déclaration des droits de l’homme.

47580442_275633903141003_7822323949366149120_nG :  Là aussi, ton message me paraît représenter assez fidèlement, quoique crûment, le mépris du monde intellectuel envers le “pays réel” pour reprendre l’expression de Maurras, le pays réel qui les fait vivre. D’abord, c’est une généralisation abusive :tu dis ”provinciaux racistes reste un pléonasme” alors que ces gens ont voté en majorité contre Marine le Pen. Cette généralisation à outrance, alors que les réflexes politiques diffèrent d’une région à l’autre, est symptomatique du mur de Berlin idéologique qu’érigent les intellectuels: soit tu es parisien, intellectuel, ami des étrangers et du cosmopolitisme, soit tu es un beauf de campagne consanguin ignorant des valeurs du métissage. Je te rassure, il y a des arabes et des noirs dans la banlieue de Toulouse, à Rennes et en PACA, terre d’élection du front national et pourtant, lieu de cohabitation intense.

Ceux qui prétendent qu’on doit faire venir les immigrés chez nous le font à l’aide d’un triple chantage révisionniste que je vais essayer de démonter une bonne fois pour toutes:

-l’esclavage: je ne vois pas pourquoi au nom des bénéfices d’un armateur nantais ou bordelais, un descendant de paysans savoyards aurait une dette morale à expier en vivant à côté de la “diversité” si enrichissante. Surtout lorsque les descendants de l’armateur en question, eux, sont plus probablement en train de lui faire la leçon depuis un studio parisien ou une rédaction protégée des effluves des restaurants “grecs”.

-l’impérialisme: il est vrai que nous avons subjugué des peuples et leur avons imposé le drapeau et la langue française. Mais en quoi le fait d’avoir été plus fort qu’eux par le passé nous donne le devoir d’être désormais plus faible? L’Afrique est la terre d’élection des impérialismes, arabe depuis Zanzibar, blanc autours du Sahara, mais également entre les noirs entre eux puisque les populations bantuphones se sont imposées sur les terres historiques des Khoishan, tout comme l’ethnie Ngunie dont sont sortis de nombreux peuples violents et conquérants. L’impérialisme n’est pas un crime, c’est une loi naturelle, celle de la compétition entre les espèces comme entre les peuples. Vouloir qu’un peuple fort refrène sa volonté de puissance au nom de principes moraux abstraits, c’est comme imposer au loup d’épargner la chèvre. “La compassion contrarie en tout la grande loi de l’évolution, qui est la loi de la sélection. Elle préserve ce qui est mûr pour périr, elle s’arme pour la défense des déshérités et des condamnés de la vie, et, par la multitude des ratés de tout genre qu’elle maintient en vie, elle donne à la vie même un aspect sinistre et équivoque.” “La guerre est une nécessité pour les nations qui sont ou tendent à devenir impérialistes, quand elles ne tendent pas vers la mort. C’est pourquoi l’inviolabilité de la vie humaine et le pacifisme sont à reléguer dans le patrimoine idéaliste et sentimental des hommes du passé.”

Que des gens puissent développer un sentiment de culpabilité parce que leurs ancêtres étaient plus fort que ceux des autres, c’est déjà un signe avant-coureur de la dégénérescence d’un peuple. Je n’en veux pas à mes ancêtres d’avoir subjugué le tiers-monde, pas plus que je n’en veux au tiers-monde de nous subjuguer à présent. Si nous ne sommes plus les plus fort, il est normal que d’autres prennent notre place. Mais par pitié, qu’on m’épargne ce pathos culpabilisateur débilisant.


« Que des gens puissent développer un sentiment de culpabilité parce que leurs ancêtres étaient plus fort que ceux des autres, c’est déjà un signe avant-coureur de la dégénérescence d’un peuple. » Guilhem

Enfin, la légende selon laquelle “ils ont construit la France”: comme si mon arrière grand père, paysan puis manœuvre et enfin contremaître, ne l’avait pas construite. Mon grand-père, réparateur de machines, ne l’a-t-il pas construite? De tous temps, des immigrés sont venus faire des tâches subalternes que pas assez de français ne voulaient faire à un salaire trop bas. Mais les français “de souche” sont restés majoritaires dans tous les secteurs, et la plupart d’entre nous sommes descendants de travailleurs manuels. D’ailleurs, le fait que les colons aient bâti la plupart des infrastructures africaines n’a pas fait obstacle à leur expropriation. Si tu lis Pagnol, tu verras qu’on évoque déjà des travailleurs saisonniers italiens participer à certains travaux avec les agriculteurs provinciaux. Mais l’écrasante majorité de ces paysans sont tout de même français, issus de racines familiale qui se perdent dans les profondeurs de la terre. D’ailleurs, les deux tiers des travailleurs italiens et polonais ont quitté la France après y avoir travaillé.

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Quant à ton dernier point, je crois qu’il est fondamental: tu évoques ta fibre intellectuelle qui vibre plus fort auprès d’un malien éduqué qu’auprès de Jacky Tuning, fan de Johnny. Eh bien là aussi, j’estime que ce sont des délires d’intellectuel, qui naissent à la suite d’enseignements particulièrement déconstructeurs comme la sociologie ou l’Histoire de l’école des Annales. Pour toi, être Français, c’est adhérer à un système de valeur telles que l’universalisme, paradoxalement la valeur la moins universellement partagée au monde. Tu vas même jusqu’à retirer leur qualité de Français moraux à ceux qui ne la partagent pas, puisque tu lis notre Histoire dans une succession biaisée qui, de la Révolution Française à Mai 68 en passant par le Front populaire, doit nous amener vers toujours plus d’inclusivité, de vivre ensemble et de tolérance. Tu exclues de fait la moitié restante, celle qui n’a pas applaudi à la Révolution Française, celle qui a voté De Gaulle après mai 1968, celle que l’on appelle souvent la “majorité silencieuse”, quoi qu’elle ne soit pas toujours majoritaire. Ma conception de la France est la plus objective: elle repose sur la certitude que la démocratie repose sur la confiance, qui repose elle-même sur l’identification à l’autre, et donc à la proximité. Pourquoi les meilleures démocraties fonctionnent à petite échelle, sur des bases culturellement peu différenciées? Bref, la France que je reconnais, c’est celle qui partage mon Histoire sans forcément la savoir, mais dont les lignées ont été inconsciemment façonnées par ces événements que leurs descendants ignorent, c’est cette communauté d’intérêts fondée par leurs ancêtres et les miens, et que je m’efforce de renouveler au quotidien. Enfin, c’est la certitude que nos ancêtres reposent dans le sol national qu’ils nourrissent et qui nous nourrit, et que nous rejoindrons un jour dans ce cycle éternel et tangible de l’alliance entre le sang et le sol.

Mais nous avons beaucoup dévié. Essayons de revenir aux gilets jaunes. 

img_20181207_191126-1.jpgL : Nous avons bien fait de dévier. Notre déviation démontre beaucoup sur la situation du peuple français. Le problème des gilets jaunes n’est qu’une infime partie de l’iceberg. Notre désaccord à nous deux vient simplement d’une distinction. Tu te battras toujours pour des valeurs nationales, alors que je suis plus assujetti aux valeurs humaines. C’est un fait.

Pour te répondre, oui j’irai jusqu’à retirer la qualité de français moral tous ceux qui ne partagent pas les valeurs de la nation, puisque je lis notre Histoire dans une succession biaisée qui, de la Révolution Française à Mai 68 en passant par le Front populaire, doit nous amener vers toujours plus d’inclusivité, de vivre ensemble et de tolérance. J’exclue de fait la moitié restante, celle qui n’a pas applaudi à la Révolution Française, celle qui a voté De Gaulle après mai 1968, celle que l’on appelle souvent la “majorité silencieuse”, quoi qu’elle ne soit pas toujours majoritaire. Je l’exclue, à titre personnel, mais elle droit d’exister.

Mais sache que je reste vendéen et aujourd’hui je serai capable de crier dans les rues “Vive le Roy”. Ma conception biaisé de la France “qui donne qu’aux profiteurs du RSA…”, alors que la fraude fiscal est énorme me pousse à ne plus me sentir Français.

Je m’explique. Aujourd’hui, en ce qui concerne le RSA, les derniers chiffres parlent d’une fraude s’élevant à cent millions d’euros par an. Ce chiffre, rapporté à l’ensemble des contribuables, coûterait à chacun d’entre nous 23 centimes par mois. Quant à la fraude fiscale, elles représentent entre soixante et quatre-vingt milliards d’euros par an. Mis en perspective, cela équivaut au budget de l’éducation, ou de l’armée, ou recouvre la totalité du déficit budgétaire. En clair, si cette fraude était réduite de moitié, les politiques d’austérité n’auraient plus lieu d’être.

Quand je parle de la partie immergé de l’iceberg je parle de cet exemple, et il y en a beaucoup d’autres…

-Les médias cherchant l’audimat au détriment de la qualité d’informations. Divisent les français.

-Le surplus d’informations et des fake news détournent les sujets pour, encore, gagner en visibilité. Divisent les français.

-Les extrêmes radicaux, les politiciens de carrière, les gauchistes… les idéologies divisent les français.


Je préfère garder un empereur qui me dégoûte que de laisser le pouvoir à des personnes qui pissent sur un patrimoine connu dans le monde entier pour sa beauté” Louis

Les Français, comme nous, ne trouvons plus d’accord à cause de ce que l’Etat est devenu: du vent où flotte les politiciens, les médias, les grands patrons et les gauchistes.

Personnellement, je suis outragé qu’un pourcent de la population soit ces personnes. Que les casseurs m’emmerdent à titre personnel est un fait. Mais que les gilets jaunes, ceux qui portent des valeurs, continuent à se battre.

En toute objection, et comme je l’ai dit: “je préfère garder un empereur qui me dégoûte que de laisser le pouvoir à des personnes qui pissent sur un patrimoine connu dans le monde entier pour sa beauté”. Si Macron devait se représenter, je revotrai pour lui ou une personne qui regardera la Veme république. Car, en tant que bobo, j’assume attendre le bon moment pour sortir de mon cocon parisien et renverser drastiquement le pouvoir en place. La Veme république ne marche pas. Il faut la laisser pourrir pour que tous les français se réunissent. Nous le constatons, plus les années avancent, plus le mécontentement réunit les français.

Comme je te l’ai dit, j’aime la “déclaration des droits de l’homme et du citoyen”, et j’attend que tous les Français soient prêts pour faire valoir leur droit et faire la révolution.

En attendant ta réponse, je te présente ma conclusion:

Bac blanc philo (3/4) : Explication de texte : PLATON, Gorgias

la démocratie s’appuie sur la bêtise du peuple” Platon 
Musée du Vatican. Fresque de Raphaël• Crédits : Electa/Leemage -AFP

Je ne prend part dans aucun parti, car être de droite ou de gauche n’est pas le débat, le débat jaillit grâce aux gilets jaunes, qui naissent de la hausse du prix du carburant et de beaucoup de recommandations que je ne pourrais citer à cause des médias et de leur recherche d’audimat. Ce qui est sûr, et je suppose que nous pourrions trouver un accord la dessus, c’est que la Veme république ne fonctionne pas (comme l’euro d’ailleurs).

D’ici les prochaines années, le peuple se soulèvera et remplacera la Veme république. Peut-être devrions nous nous attendre à l’émergence d’une VIeme république? D’une monarchie constitutionnelle? ou d’un Etat nationaliste? J’en sais rien. Mais, à titre personnel, je suis Platon et son écrit dans sa Republique: “La démocratie est un régime dangereux. Elle donne un pouvoir et une liberté excessifs au peuple, dont les désirs irrationnels et impulsifs risquent de faire se dissoudre l’ordre social dans la violence”, “la démocratie s’appuie sur la bêtise du peuple”, “la démocratie ne permet pas d’accomplir la justice”… sans pour autant partir dans une dissertation philosophique, je m’engage malgré tout à profaner la démocratie française en la pointant du doigt:

Lorsque la démocratie décuplant les discordes et les dissensions, le peuple en arrive en dernière instance à confier le pouvoir à un tyran pour empêcher la guerre civile. Elle constitue donc, un excès de liberté qui entraîne, comme une violente réaction, un nécessaire excès de servitude.

Ainsi cher radicaux populaires je vous comprends. Continuez votre ascension et vous aurez un tyran.

Ainsi cher gauchistes de droite je vous comprends. Continuez votre décadence et vous laisserez vivre la tyrannie. 

Ainsi chers Etres où le savoir et la raison dominent, que faîtes vous? 

 

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