Magic Lourdes

Affaissé dans mon canapé, je réfléchis face à ce texte aux mystérieuses tournures. « Notre souhait est de propager le feu sacré du savoir », « Vous pourrez rencontrer des passeurs de rêves et des professeurs d’enthousiasme ». Je décide donc de m’y pencher plus en détail.

Dans cette lettre envoyée par l’Atelier Imaginaire, je me vois proposer un séjour de cinq jours à Lourdes à la suite de ma participation au concours général de français. Les épreuves s’étant déroulées en début d’année, les candidats ont pu être retrouvés parmi les listes pour s’inscrire à cette « semaine magique ».

La lettre rédigée par Guy Rouquet, l’organisateur du voyage et président de l’Atelier, propose cinq jours de découvertes littéraires et plus généralement artistiques. Je décide donc avec une autre participante de mon lycée au concours général,  de me lancer dans ce mystérieux séjour.

Nous arrivons à Lourdes, Isaline et moi, à la veille des vacances de la Toussaint. Le wagon du TGV est bien vide, à l’image des rues désertes. Quelques participants sont avec nous sur le quai parmi la soixantaine sélectionnée. Un premier concert nous est donné le soir même dans un théâtre d’une ville voisine. Nous faisons connaissance avec les autres jeunes qui, tout comme nous, sont en pleine découverte.

Acte 1- Dépression lourdaise

Le premier matin débute par une visite du château-fort de la ville. Sur ses hauteurs, Lourdes se dévoile : on aperçoit en contrebas l’immense sanctuaire et devant lui un étrange dôme aux allures de bunker. C’est la basilique souterraine, un étrange projet architectural des années cinquante qui, dans sa brutalité, s’oppose aux courbes langoureuses de la basilique. Tout autour, la ville se meurt. Le cimetière immense est juxtaposé à l’hôtel « La solitude » et suivi d’une rangée grisonnante de bâtiments semblables.

Tout semble triste, tout est triste. Les malades poursuivant un mince espoir se ruent vers la grotte qui à la nuit tombée a des allures de boîte. Les volets sont clos, les rues désertes et les Pyrénées bien sombres.

Acte 2- Une ville d’art ?

La journée se poursuit par une présentation de cette semaine magique. Guy nous décrit avec émotion son parcours. La vie associative a toujours été liée à sa vie personnelle. Chaque année en la présence des jeunes lycéens invités, il fait vivre la littérature. En invitant orateurs, écrivains et simple passionnés, les lectures et spectacles s’enchaînent.

Et c’est avec Abdelkader Djemaï que les festivités commencent.

Abdelkader nous présente la jeunesse d’Albert Camus, indissociable de la sienne ; jeunesse algérienne à l’omniprésence solaire et littéraire. Fils  d’analphabètes il s’est extirpé de ce désert en ayant toujours eu la fervente envie de devenir un de ces écrivains qu’il a lu dans la collection La bibliothèque verte.  Son texte contant une biographie inédite est mêlé à ceux de l’Etranger ou de la Peste. Le bruit incessant des vagues nous englobe et l’image est belle. Camus se baignant en Méditerranée, les ruelles d’Oran…

Le lendemain, le bus nous dépose à Tarbes. Un spectacle humoristique un peu dépassé nous est proposé avant  l’arrivée d’un groupe de musiciens paraguayens. Un harpiste talentueux nous interprète ses compositions ; Ismaël Ledesma est surprenant dans le maniement de son instrument et modeste dans son expression. Il est un des talents de l’Atelier qui fait son originalité. Ismaël semble très touché par l’engagement de Guy Rouquet dans son association, et c’est sûrement cela qui embellit son art.

Entre les conférences, chacun profite du temps libre pour parler un peu de « sa vie ». Arrivé le premier jour avec tous mes préjugés sur le milieu socio-culturel des gens que j’allais rencontrer, je suis reparti très partagé. L’écrasante majorité des lauréats du concours viennent évidemment de lycées parisiens, dont le plus représenté est sûrement le lycée privé Stanislas. Cela n’est en soi ni étonnant ni dérangeant. Les copies sont anonymes, et l’on peut s’attendre à ce que là où l’enseignement est réputé le meilleur, les élèves sont eux aussi les meilleurs. Ce qui subsiste, c’est l’ensemble des discours réactionnaires et déconnectés que j’ai pu entendre. Les propos homophobes d’une fille arrivée troisième en histoire, ou ceux d’un lauréat en Latin expliquant les inconvénients de la vie en immeuble haussmannien. Cependant, j’ai aussi pu y faire de «belles rencontres », comme annoncé dans la lettre d’invitation.

A mon arrivée à l’hôtel le premier soir, un éditeur, a proposé un verre à deux participants et moi. En discutant de son parcours, de sa passion pour les livres, « ces objet simples cristallisant la pensée », son métier s’est dévoilé à nous. L’Atelier imaginaire permet d’éclaircir un peu plus le parcours de chacun de ces passionnés, et il montre la diversité de toutes ces vies centrées sur l’amour des lettres. C’est précisément cet éditeur chez Que sais-je ?  qui clôt la dernière partie du voyage, en donnant une conférence sur son métier de passion.

Cette  « semaine magique » a été de tous points de vus très surprenante. L’ambiance à la limite du mystique y a joué pour beaucoup. D’un côté, la présence tentaculaire du sanctuaire, qui anime vie culturelle et sociale des habitants, absorbe tout de leur vie. A son opposé, la trentaine d’auteurs qui s’y réunissent chaque année grâce à « l’Atelier imaginaire » donne un second souffle à la ville.

Je suis soucieux de te voir un jour vraiment heureuse Magic Lourdes.

Merci à l’Atelier imaginaire qui m’a laissé empli de souvenirs.

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