Pas de liberté politique sans contrainte !

Liberté politique et sens commun

L’opinion courante associe liberté et pouvoir d’agir. Il en découle que dans son absolu, la liberté n’opposerait à la volition humaine aucune contrainte, quelle qu’en soit sa nature : elle peut être physiologique (la faim, l’oxygénation,…), physique (les lois de l’apesanteur,  le cycle des saisons,…) ou encore politique, dans l’acception la plus large du terme : institutions, valeurs, statut,… Les contraintes politiques recouvrent l’ensemble des acquis culturels, qui sont issus de l’interaction entre les membres d’un groupe humain.
La liberté politique, à son plus haut degré d’intensité, placerait chacun des membres du groupe dans une situation telle que le poids des institutions sociales serait atténué voire anéanti. Il ne peut y avoir cependant de liberté politique sans polis, c’est-à-dire sans règles ni contraintes. Portée à son acmé, elle ne peut consister en l’abrogation de la société, puisqu’elle en est issue. Règles et liberté politique sont intimement unies ; la seconde est une émanation des premières. Il suffit de considérer le nombre de normes qui ont été produites pour rendre possible la libre circulation des marchandises à l’échelle européenne. Par conséquent, la liberté politique est négociée entre acteurs d’une communauté ; elle est construite au fil des normes et des institutions communément décidées.

Liberté politique et normes sociales

La liberté politique peut être définie comme l’opportunité, pour les membres d’un groupe, de s’accomplir individuellement grâce aux contraintes sociales – normes, valeurs,… – négociées au sein de leur polis. La liberté politique n’est pas naturelle, mais acquise. Elle structure les sociétés humaines depuis que l’homme existe ; les hommes sont des « animaux politiques » ayant toujours éprouvé la vie collective : l’idée d’un état de nature demeure une fiction philosophique. Institutions, statuts sociaux… ne circonscrivent pas notre liberté politique, mais la construisent. Il n’en reste pas moins qu’ils sont – pour le sens commun – associés à des obstacles aux libertés individuelles, et à l’épanouissement de chacun. Dans son absolu, la liberté politique consisterait en l’anéantissement du politique, donc de la liberté politique elle-même. Ici se situent a priori les projets de l’anarchisme et de la pensée libertarienne ; ils tendraient à mettre un terme définitif à la liberté politique, de telle sorte que subsiste la seule liberté individuelle. Néanmoins, même les plus individualistes reconnaissent la sociabilité de l’être humain, et l’impossibilité de l’envisager en dehors de toute communauté. La liberté politique n’est pas exclue de l’anarchisme, parce qu’il n’exclue pas toute forme de vie sociale, mais l’hégémonie d’un groupe sur d’autres ; l’anarchisme s’oppose à la centralisation de la vie sociale, et ce au détriment d’un fédéralisme local.

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Liberté politique et libéralisme économique

Le libéralisme économique correspond à une conception de la liberté politique ; l’utopie d’un marché autorégulateur n’est rien de moins qu’une certaine conception des institutions sociales, qui vise à organiser la polis autour de lieux le plus souvent fictifs sur lesquels s’échangent biens et services. Selon cette idée, l’homme entretient exclusivement des liens sociaux pour subvenir à ses besoins. Mais la liberté économique, et la mise en concurrence des citoyens, loin d’être naturelles, nécessitent l’adoption de normes et de règles collectivement négociées. C’est en ce sens que la liberté économique est une liberté politique, parce qu’elle est issue d’un débat et d’une construction politiques. Le libéralisme économique propose une conception particulière de la liberté politique : l’individu peut d’autant plus s’épanouir que les marchés sont sous le joug d’une concurrence pure et parfaite, mais c’est toujours en tirant profit des institutions, en l’occurrence du marché, qu’il peut atteindre le bonheur. Cependant, l’utopie d’un marché autorégulateur s’est en de nombreuses occasions montrée liberticide. La libéralisation à marche forcée du Chili sous l’égide de Pinochet et des Chicago boys en témoigne dramatiquement. Il ne peut y avoir de liberté politique sans normes, mais toutes les normes ne participent pas mécaniquement à son accroissement.

Liberté politique et internationalisme

La liberté politique transsociale la plus intense est celle qui ne s’oppose à la formation d’aucun groupe humain, dont les membres partagent des institutions et des croyances communes, et chaque communauté laissant chacune des autres s’épanouir. C’est une vue utopique. Si une seule de ces sociétés est fondée sur des valeurs guerrières, les groupes attaqués devront dépérir ou répliquer par les armes ; ils outrepasseront en conséquence la liberté politique au nom même de sa sauvegarde. Sans aller jusqu’à l’hypothèse de la confrontation directe, si une seule de ces sociétés est fondée sur l’exploitation sans limite des ressources terrestres, les groupes vicinaux auront à en subir les externalités négatives, au détriment de leurs croyances écologiques. L’idéale d’une communauté humaine internationale ne repose pas sur l’abolition des frontière et l’harmonisation des institutions, mais sur l’existence d’une constellation de groupes autonomes, avec leurs croyances et leurs normes propres, partageant tous le principe de liberté politique. Si un seul d’entre eux cesse de le partager, la communauté internationale périclite. Cette dernière ne doit pas être considérée comme un pouvoir institutionnel ; la communauté internationale est un état de fait dans lequel chaque groupe coexiste pacifiquement sous l’égide du principe de liberté politique.

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