Dans une société superficielle

Nous vivons dans une société dans laquelle nous pouvons rencontrer tellement d’injustices dans tant de domaines. La colère se manifeste partout. Les féministes hurlent leur colère face à une société qu’elles voient comme patriarcale, les salariés manifestent leur colère dans la rue face au patronat; un combat mené depuis tellement d’années maintenant. Tellement de colère à manifester encore. Elle concerne généralement la pauvreté, la pollution, le harcèlement sous toutes ses formes, la maltraitance… Cependant, la colère que je vais exprimer aujourd’hui est un cri de dégoût envers une société superficielle, où l’apparence est dominante sur tout le reste.

Il y’a une injustice d’apparence, dont sont victimes certaines personnes parce qu’elles n’entrent pas dans les critères de beauté imposés par la société. On a dénoncé, à une époque, les magazines qui ont été objets de propagande de la beauté et qui le sont encore aujourd’hui. On y voyait de la maigreur, que convoitaient beaucoup de jeunes filles. Ressembler à un mannequin, c’était la solution à ce problème de sentiment d’infériorité concernant l’apparence. Voir toutes ces filles, tellement belles, enviées et convoitées partout pendant que nous étions dénigrées et regardées comme un défaut de la société d’apparence. Alors là était la solution, ouvrir un magazine, regarder cette fille au corps parfait, et devenir comme elle. Le seul recours : l’anorexie. C’est à ce moment que cette société d’apparence devient dangereuse. Des personnes fragiles se sentant monstrueuses aux yeux d’autrui cherchent alors des solutions. Elles sont alors en quête d’une beauté imaginaire par le biais des moyens les plus extrêmes.

Le net comme outil néfaste

En faisant quelques recherches sur le net, on peut tomber sur les Pro-Ana et les règles traumatisantes à respecter pour devenir cette jolie fille, vue dans les magazines ou sur les réseaux d' »influenceurs« . Lire toutes ces règles peut donner froid dans le dos. De « faire croire au corps qu’il mange » à « le gras est une personne paresseuse » jusqu’à « la minceur est intelligente », on peut trouver toute sorte de commandements nocifs pour la santé autant physique que psychologique d’une jeune fille obsédée par son corps. Mais, les pro-Ana ne sont pas les seules victimes de cette hiérarchie d’apparence. On retrouve aussi toutes ces personnes qui ont recours à la chirurgie esthétique. J’insiste sur le terme « esthétique »; lorsqu’un complexe est prégnant au point d’en arriver à cette décision fatidique de changer une partie de nous. Changer notre nez, par exemple. Pourquoi être tant complexé ? Parce qu’on ne rentre toujours pas dans les critères que la société nous impose.

Les femmes, principales victimes

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Image via @voguethailand

La femme est la première à être victime de cette société, mais, bien sûr, les hommes n’y échappent pas. La femme est la première à être vue comme un objet de perfection. Elle doit être belle. Depuis toujours on voit la femme comme cette créature qui doit avoir pureté, sensualité et beauté en symbiose. Tout ça nous amène à ce qu’on trouve dans notre société : des concours de beauté. Les concours de Miss par exemple, on en oublie pas moins les concours pour hommes, beaucoup moins connu et pourtant portant sur le même principe d’évaluation de la beauté. Est-ce normal d’évaluer la beauté ?

Des conséquences professionnelles

L’esthétique prend une place importante, certes, mais n’en oublions pas les capacités de ceux qui nous entourent. Selon des études, une femme qualifiée comme étant « belle » a beaucoup plus de chance d’être engagée dans une entreprise spécifique qu’une femme n’entrant pas dans les critères de beauté propres à l’employeur. Pourtant à un même niveau d’étude – voire parfois un plus haut niveau du côté de la personne n’entrant pas dans les critères de beauté – la beauté prime sur l’intellect et les capacités de travail. Pourquoi sommes-nous autant soumis à cette dictature sans faille de la beauté ? Pourquoi les personnes les moins avantageuses sont obligées de se sentir coupables de ne pas avoir les traits fins, les formes et la taille demandés ? Pourquoi nous sentons-nous comme des monstres en nous comparant à notre voisin ou notre voisine ? Cette société superficielle peut rendre des gens malades à la vue de leur identité, de ce qu’ils sont. Elle peut développer une certaine méchanceté de la part des autres, portant un regard insultant sur une personne n’entrant pas dans les « normes » instaurées. Ceci est le « body shaming« .

Des modes à suivre

La faute n’a pas à être rejetée sur tous les Hommes, mais sur les outils dont on se sert pour faire cette propagande d’apparence : magazines, Instagram, Hollywood et bien d’autres encore. Tout ça n’est qu’un amas de faussetés qui amène des jeunes filles à se sentir mal dans leur peau en voyant que leurs copines entrent plus dans ces critères qu’elles. Tellement de polémiques sont apparues concernant le domaine de l’apparence. Tout d’abord cette polémique sur le « thigh gap » (i.e. l’espace entre les cuisses) en 2013 : sur les réseaux sociaux, de nombreuses photos de jeunes femmes ont circulé avec un large « thigh gap », signe de beauté et de féminité, convoité par de nombreuses adolescentes et jeunes filles et qui pouvait en amener certaines à se faire maigrir au plus vite jusqu’à tomber dans ce cercle vicieux qu’est l’anorexie. Plus récemment, en 2016, la polémique du « A4 waist challenge », un défi lancé sur les réseaux sociaux où certaines

Women showing off their A4 waists
« A4 waist challenge »                                   ©  IMAGINECHINA/REX/SHUTTERSTOCK

filles montraient leur évolution esthétique avec une feuille de format A4 face à leur ventre, montrant qu’elles avaient « réussi » à atteindre leur objectif qui était d’avoir leur taille aussi large qu’une feuille A4. Encore une fois, un diktat de la beauté qui a amené des jeunes filles à se torturer pour arriver à ce qu’elles ne pouvaient pas atteindre naturellement. Cette société a donc fait développer cette soumission de l’Homme face à l’apparence, une soumission qui, chez les plus faibles, fait développer une peur constante d’être laid, à en devenir phobique et à en avoir une image entièrement faussée de soi.

 

 

Des conséquences psychologiques

La peur obsédante d’être laid – la dysmorphophobie – est une phobie qui fait que le sujet, face à son miroir, se retrouve face à un reflet changeant selon son humeur, selon ce qui le tracasse, selon ce qui l’obsède à un instant T. Le dysmorphophobe peut avoir le sentiment d’être une monstruosité aux yeux des autres. Il se regarde alors dans le miroir et peut voir un nez difforme, énorme, alors qu’en réalité son nez a une taille standard. Il peut voir l’asymétrie de son visage dans l’extrême, comme si l’asymétrie était flagrante, alors que l’asymétrie est presque inaperçue. Tout le monde a déjà eu ce sentiment dans sa vie, se réveiller un matin, être de mauvaise humeur et voir son reflet changer dans le miroir ; et bien, le dysmorphophobe vit cela tous les jours, si ce n’est pas une dizaine de fois par jour. Cette crainte obsédante d’être laid et cette impression qu’il a de se voir différent à chaque reflet qu’il croise le poussent à se regarder de plus en plus, obsédé par le monstre qu’il a vu. Il s’est alors réveillé ce matin, s’est regardé une première fois dans le miroir avant de se laver, une seconde fois avant de partir travailler, il s’est regardé à nouveau dans son rétroviseur de voiture, il jette un coup d’œil à chaque feu rouge, il se regarde dans les vitrines des magasins, dans les vitres des voitures garées lorsqu’il marche sur le trottoir, dans les vitres déformantes du métro lorsqu’il le prend, et au plus il se regarde dans la journée, au plus il se voit changer et devenir un monstre. Les diktats de beauté nourrissent l’enfer que vit cette personne. La beauté que l’on voit partout la rende jalouse et avive de beauté. Elle se sent monstrueuse et a perdu espoir de croire que tout ça n’était qu’une illusion. Car la société lui a fait comprendre qu’elle n’entrait pas dans ses critères.

Nous vivons de plus en plus dans un monde consumant le moral de chacun par de nombreux biais : la société de consommation, la soif de pouvoir, les inégalités instaurées, l’évolution nocive pour notre planète… Cette superficialité qui domine notre société peut aussi démoraliser. Évaluer l’apparence n’est pas nécessaire pour la personne qui évalue, cela ne lui apportera rien, en revanche, cela apportera de la soumission de la part de la personne évaluée envers le regard d’autrui, et parfois, cela entraine de l’insatisfaction, de la déception, de la négativité ou bien même, des troubles psychologiques.

Image à la Une tirée de la série TV Black Mirror (Netflix) S03 E01 « Chute Libre »

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