Jeunes Sapeurs-Pompiers : « solidarité, don de soi et faire-ensemble »

Au collège Charles Péguy de Moncoutant (Deux-Sèvres), tous les mardis à 16h00, Jeanne, Sebriya, Zoé, Kenny, Lucas et Martin, élèves de Quatrième, retrouvent Vanessa Fillon, leur intervenante Jeune Sapeur-Pompier. La séance de 3h00 commence par du sport à La Chenaie (la salle de sport de la commune). « Comme ça fait plusieurs mois qu’on fait ça, maintenant j’en désigne un qui fait l’échauffement pour le groupe. » m’explique Vanessa. Cet après-midi, c’est le tour de Lucas. C’est un moment nécessaire pour leur donner une bonne condition physique en prévision des manœuvres qu’ils devront savoir faire et des tests physiques qu’ils auront à passer. Puis je les observe pendant leur séance de musculation et je me dis que c’est aussi leur mental qu’ils forgent entre autonomie, solidarité et engagement.

Les Jeunes Sapeur-Pomiers (JSP), c’est quoi ?

téléchargementDans la formation JSP, le collège Charles Péguy est un des rares en France qui propose une formation en interne, pendant les heures de cours. Cette idée avait été proposée il y a un peu plus de dix ans par l’ancien directeur Jean-Yves Charbonneau à Cyril Charrier, chef de caserne de La Chapelle-Saint-Laurent (à 10 km de Moncoutant) et professeur de mathématiques au sein du collège. Tous les deux ont travaillé pendant un an avant d’ouvrir la section. L’idée était de proposer aux jeunes une option défendant les valeurs des sapeurs-pompiers : l’esprit citoyen, le goût de l’effort, le dépassement de soi ou encore l’entraide. Cyril Charrier tenait à proposer cette option en priorité à des jeunes qui n’auraient pas pu la suivre autrement parce qu’ils n’avaient pas de caserne près de chez eux, mais aussi pour rapprocher des jeunes avec différents profils. La formation JSP dure quatre années. À l’issue de cette formation, les jeunes passeront des épreuves théoriques et pratiques qui pourront aboutir à la délivrance du Brevet National de Jeune Sapeur-Pompier (BNJSP). Puis, ceux ou celles qui le veulent pourront s’engager en tant que Pompier Volontaire. « Comme c’est une option, je les note sur des évaluations et ça paraît sur leurs bulletins scolaires. Le but c’est que ça leur rapporte des points, Quand ils ont bien bossé. » explique Vanessa. C’est aussi une manière de ne pas leur fait prendre cela trop à la légère. « Ils ne peuvent pas, parce qu’à la fin de l’année, ils ont un QCM sur tout leur programme de l’année. C’est au niveau du département, tous les JSP sont rassemblés à cette occasion. » Mais alors, qu’est-ce qui peut motiver ces jeunes à suivre cette formation ?

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Pompier volontaire, une vocation ?

Les réponses sont différentes. Dans le groupe, certains baignent dedans depuis toujours. Kenny est le premier qui raconte : « Moi ma sœur l’a fait donc je savais un peu comment ça se passait et ça m’intéressait. » Puis Jeanne : « Moi j’aime faire des choses en groupe. Et aussi parce que mon père est pompier. Ça m’a donné envie parce que j’étais souvent à la caserne. » Comme Martin : « J’ai aussi été à la caserne quand j’étais petit parce que mon oncle est pompier. Ça m’a intéressé, puis je voulais faire plus de sport. » Ce n’est pas différent pour Sebriya, Zoé et Lucas bien qu’ils n’ont pas cette même attache. Lucas avait envie « d’être en groupe et de faire du sport. » Sebriya ajoute : « Moi je pensais que ça pourrait être une bonne expérience. Je me dis qu’il faut essayer des choses donc voilà, j’essaye. » Et Zoé conclut en précisant : « Les pompiers ce sont des belles valeurs, j’avais envie de les représenter. » Tous les six ont été sélectionné. Au-delà des tests physiques, c’est la motivation qui comptait, pour vérifier s’ils se représentaient bien ce que signifie un engagement de quatre ans, avec tout ce que cela pourra impliquer de sacrifices, notamment lorsqu’ils entreront au lycée. Il y avait un peu d’appréhension mais ils ont tous pris le temps de réfléchir pour ne pas prendre la place d’un autre jeune qui aurait su s’investir. Pour Vanessa, la vocation est arrivée plus tard : « J’avais vingt-trois ans. Ça fait dix ans. Je n’ai pas fait de JSP, je suis partie en formation pendant un mois à Chauray, puis j’ai tout de suite été opérationnelle pour monter dans les fourgons de feu et les ambulances. »

JSP1 : apprendre les bases.

the-draft-3053585_1280Ces jeunes aiment ce qu’ils font, mais « il y a quand même beaucoup de choses à apprendre, avoue Martin. » Ça les fait tous rire tandis qu’il rajoute aussitôt : « Mais c’est normal. » secondé par Lucas : « Oui c’est normal, on ne pourra pas faire ce qu’on nous demande si on n’a pas appris les bases. » Vanessa reconnaît : « La première année, c’est beaucoup beaucoup de théorie, ce n’est pas là qu’ils prennent le plus de plaisir, mais au fur et à mesure des années, ils auront des manœuvres ce sera plus intéressant pour eux de pratiquer. » Cette première année est donc déterminante pour savoir s’ils sont faits pour cela. C’est ce programme théorique qui les fait appréhender différemment le terrain. À ce moment de la formation, ils n’ont pas encore l’impression d’avoir changé. « Alors il faut savoir, ils n’ont pas encore travaillé le secourisme, précise Vanessa, une fois que ce sera vu ce sera différent. Prochainement, ils vont apprendre la PLS (Position Latérale de Sécurité), le massage cardiaque. Ça leur donnera une autre approche comme ça si demain dans la rue ou dans leur famille il arrive quelque chose à quelqu’un, ils sauront les gestes et ça les poussera à agir. » L’apprentissage constitue un socle leur permettant de se créer des réflexes et de les préparer à des situations concrètes. Mais les pompiers ce sont aussi une hiérarchie, des équipements, des valeurs qu’il faut connaître.

« Quelles sont les valeurs des pompiers ? » Honnêteté. Respect. Solidarité. Discrétion. Preuve que les pompiers représentent autant un savoir faire qu’un savoir-être, ce dernier tendant parfois à se perdre. « Puis ils sauvent des vies. Ils peuvent se sacrifier, ajoute Kenny. » « Ce n’est pas rien de sauver des vies quand même. Et en étant JSP aussi. On apprend les gestes. Et même si on ne devient pas pompiers, on saura agir dans les situations, poursuit Sebriya.» Comme dans tous les collèges, la formation PSC1 (Prévention et Secours Civique de niveau 1) est obligatoire. Leur statut de JSP leur donne la priorité pour passer le diplôme dès la fin de leur Quatrième. Cela permet à Vanessa de préciser : « Je suis aussi formatrice secourisme et on voit que très très peu de personnes sont formées. Là j’ai fait plusieurs formations pendant les vacances notamment avec le personnel d’une école. Quand tu sais que c’est du personnel qui encadre des enfants et qui n’est pas formé en secourisme, c’est un peu inquiétant. » Il faut savoir que dans des pays comme la Norvège ou le Danemark, la formation Premier Secours est inscrite dans le programme scolaire et fait donc l’objet d’une remise à niveau. Aussi les dernières études menées par La Croix Rouge montraient que seulement 29% des français avaient suivi une formation PSC1 contre 80% pour les Allemands ou les Autrichiens, et moins de 20% se sentaient capables de pratiquer les gestes de premiers secours.

 « Après quand j’entends les jeunes dire qu’on sauve des vies, alors oui on en sauve mais,Fire, Pompiers, Profession, Fonctionnaires 90% de nos interventions c’est du secours à personne, explique Vanessa. C’est une personne âgée qui est tombée, c’est un accident de sport. Même si quelque fois, on arrive à la caserne on voit notre feuille de départ et c’est pour une intervention plus délicate. » Cette représentation de leur rôle dans la société ne fait qu’augmenter leur incompréhension devant les agressions dont les pompiers font l’objet au quotidien. Il faut tout de même rappeler qu’en décembre dernier, le Ministère de l’Intérieur annonçait une hausse de 23% des agressions contre les pompiers en interventions. Et pour la majorité, elles sont le fait des personnes que les pompiers étaient venues secourir. Pour Zoé : « Ce n’est pas normal. » et Martin renchérit : « C’est bête parce que les pompiers sont là pour aider les gens et en échange ils se font agressés. » Pourquoi ? Vanessa tente une réponse : « Parfois, les gens n’arrivent pas à faire la distinction entre les policiers, pourtant les policiers font leur travail aux aussi, et les pompiers. Après nous en campagne, on reste épargnés. Mais en parlant entre nous, on voit que ça commence à arriver dans les grandes villes. À Niort, il y a de plus en plus de pompiers qui se font agressés.» D’où l’importance de créer des liens forts au sein de la caserne.

Les pompiers, une deuxième famille.

« Ça se voit on est plus proches, même en dehors du JSP, confie Sebriya» Évidemment, les quatre années que ce groupe va passer ensemble leur donne une complicité à part. C’est aussi un des objectifs des JSP car il est essentiel qu’ils apprennent à se faire confiance les uns les autres. Puis très vite c’est aussi le sentiment d’appartenance qui apparaît et qui passe principalement par leur tenue. Jeanne le décrit très bien : « Quand on est en combinaison on se sent plus JSP, c’est plus concret et on se sent bien. » Un sentiment que partage Vanessa : « C’est vrai qu’on a fait différentes manifestations comme les vœux, et ils n’étaient pas en tenue donc c’est vrai qu’ils se sentent vraiment valorisés quand ils sont en uniformes. » Ce qui m’apparaît alors, c’est que ces jeunes n’ont pas simplement trouvé une activité qui leur permet de s’épanouir, ils vivent une expérience qui leur permet de se rapprocher de ce qu’ils veulent devenir. « Moi j’ai vu la fierté dans ma famille comme il n’y avait personne. Mes parents, mêmes mes grands-parents, raconte Zoé.» C’est aussi une fierté personnelle, celle que l’on ressent quand on a le sentiment d’avoir fait quelque chose de bien ou de s’être rendu utile. Puis Vanessa les regarde aller et je sens sa fierté d’accompagnatrice : « C’est un lien particulier parce que tu les suis pendant deux ans, sur des compétitions, sur des cross ou pendant des manifestations. Tu les vois progresser, tu les vois grandir. » C’est un apprentissage mutuel. Un échange de savoir. Alors peut-on s’imaginer la vie dans une caserne de pompier ? « Jeanne pourra le dire, c’est une seconde famille, assure Vanessa. C’est particulier comme ambiance quand même… avec beaucoup d’entraide… » Les mots manquent. C’est qu’on ne peut expliquer ce que ressentent et vivent ces 248.000 pompiers qui partagent nos quotidiens en acceptant de donner de leur temps et de leur personne pour nous permettre de vivre en sécurité. C’est unique.

Bouche D'Eau, Éteindre, Burn, Le FeuQue seront devenus ces jeunes dans deux ou trois ans ? il me tarde de les rencontrer de nouveau pour le découvrir. Cette rencontre se conclut sur Vanessa qui demande à ses jeunes « Vous êtes fiers d’être JSP ? » auquel ils répondent tous unanimement « Oui. » Un « Oui » franc, enthousiaste et profondément engagé, preuve encore une fois qu’il n’y pas d’âge pour faire ce que nous aimons et ce en quoi nous croyons. Sans s’en rendre compte peut-être, ils représentent tous les six, à leur manière, la génération de demain. Ils sont un espoir pour notre société. Une société plus humaine basée sur la solidarité, le don de soi et le faire-ensemble.

Une réflexion sur “Jeunes Sapeurs-Pompiers : « solidarité, don de soi et faire-ensemble »

  1. Bravo !!! Tu as super bien écrit, en restant simple et en décrivant parfaitement cette formation, nos ressentis etc… Si ce n’est pas déjà fait il faudrait que tu le publies sur Facebook… Je te le dis encore, bravo ! Zoé

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