Journée internationale des ONGs : les dérives de l’humanitaire

« Vous laissez croire au monde entier que l’Afrique est pauvre et mourante, et qu’elle ne survit que grâce à la charité occidentale. Well done Oxfam, l’Unicef, La Croix-Rouge, Live Aid et toutes les autres organisations, qui dépensent des millions de dollars pour des campagnes de publicité qui ne sont que porno de charité pour que cette image de l’Afrique se perpétue mondialement (…) C’est si gentil de votre part de nous apporter des crayons de couleurs et de nous prendre notre Or et nos diamants. »

TEDX de Berlin en 2015. Dans le public, une adolescente aux cheveux blonds baisse les yeux en rencontrant le regard de Mallence Bart Williams. Il est vrai que, au-delà de ses propos, la jeune femme impressionne par son allure infaillible.

Le discours de Mallence Bart Williams couronne une opinion publique de plus en plus véhémente au sujet des Organisations Non Gouvernementales. En 2011, La Croix décrie la présence trop importante des ONGs à Port-au-Prince au point que même les Haïtiens en étaient venus à parler de leur pays comme d’une « république des ONGs ». Trois ans plus tard, un article (trop ?) belliqueux, (quasi) anonyme, (ultra) remonté titrait sur Médiapart « pourquoi faut-il détester les humanitaires. » Il cite alors en long et en large ces « jeunes gens à l’attitude cool » qui vous harcèlent à la sortie du métro pour obtenir vos dons, des humanitaires « qui ne se soucient pas des inégalités sociales », des « faux humanistes » en plus « experts du pathos. »

 

 

Journée Internationale = une page, pas plus.

Partie une heure plus tôt pour me faire « l’avocat du diable », je me rends compte à quel point la limite que je me suis imposée pour ce papier constitue une contrainte pour un sujet aussi sérieux, polémique et invisible de nos grands médias. Je me contenterai donc ici de brosser l’esquisse d’un prochain dossier cette fois dûment travaillé, fouillé et analysé.

Pour l’heure, mon (pré)propos se divisera en deux points.

La première chose à affirmer est que les ONGs aujourd’hui ont beau avoir le vent en poupe, elles se rapprochent de plus en plus du viseur de la justice. Il suffit d’ailleurs d’allumer sa télévision (ou, à l’ancienne, son poste de radio) pour entendre parler des scandales sexuels qui ont ébranlé Oxfam ou Save The Children, des détournements de fonds opérés par la Croix Rouge en pleine crise d’Ebola et des objections plus vives chaque année faites à des grandes associations telles que l’Unicef. Rien de tel que les Blablacars pour partir à la recherche de l’info. Sur un trajet de sept heures entre Paris et Limoges il y a quelques mois, ma jeune conductrice me faisait part de son expérience en tant que « recruteuse de donateurs » pour Unicef (vous savez, ces « jeunes gens à l’attitude cool qui vous harcèlent à la sortie du métro pour obtenir vos dons ») : « Au départ, expliquait-elle, j’ai pris ça parce qu’on se faisait beaucoup d’argent pour peu d’heures de travail. C’est un peu le bon plan quand tu es jeune et que tu as besoin d’argent. Finalement, ça a surtout été une pression énorme. Tu avais un nombre de formulaires minimal à faire remplir par jour, et si tu n’y parvenais pas c’était même pas la peine de revenir… Le pire, c’était la manière dont ils insistaient pour nous pousser à faire culpabiliser les gens. Le premier jour, j’avais du mal et mon formateur m’a dit « mais c’est pas compliqué, tu leur dis qu’il y a des gens qui meurent en Afrique, qu’ils sont horribles s’ils se sentent pas concernés ! » Donc toute la journée tu harcèles des gens en leur faisant croire qu’ils vont aider une orpheline guinéenne malade à aller à l’école ou un bébé de ne pas mourir de faim, alors qu’on sait très bien que la somme ira tout droit dans les chambres d’hôtels des salariés à l’étranger. »

Au XXIè siècle où des dizaines d’ONGs se créent chaque jour dans chaque pays, il est évident que l’objectif humanitaire ne cesse de s’éloigner. Peut-être même sont-elles devenues, comme l’indique Stephanie McMillan dans un article un peu trop forcené à mon goût « l’option de survie du jour pour les diplômés au chômage navigant à travers une crise économique mondiale. » Culpabilisation, détournements de fonds, scandales à gogo, on a presque honte à faire remonter ces faits tant le concept d’ONG nous a été inculqué comme honorable.

Et comme la limite promise est déjà dépassée, je terminerai sur un point qu’il serait dangereux d’omettre.

A l’heure où nous apprenons que nos plus grandes ONGs sont coupables du pire, je voudrais rendre un hommage à celles et ceux qui agissent encore au nom d’un réel « humanitaire ». Je voudrais rendre hommage à ces bénévoles anonymes qui trouvent encore la force de sauver des vies dans ces régions à feu et à sang. A ces personnes inconnues de tous, y compris parfois de l’organisme qui les a engagés, qui risquent leur propre existence à secourir celle des autres. A ceux qui voient mourir des enfants dans leurs bras et celles qui tentent de réveiller les plus petits cœurs. A celles et ceux qui fournissent des efforts plutôt que des statistiques. A qui on ne demande pas d’intervenir au Conseil des Nations Unies mais qui répondent présent à chaque catastrophe. A ces ONGs miniatures qui circulent dans les pays, sans soutien financier du fait de leur taille minuscule, dans le simple but de ramener des sourires sur des visages dépouillés. A ceux enfin qui affrontent physiquement et moralement la misère du monde que nos propres institutions perpétuent parfois.

A notre époque où la dignité même a de quoi tomber des nues, je voudrais rendre hommage à celles et ceux qui croient encore en un monde plus juste.

Dossier à venir.

 

 

 

 

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