« Ma vie avec John. F. Donovan » : Xavier Dolan, et l’enfant terrible devint adulte ?

Il faut le voir pour y croire. A la fin du générique de Ma vie avec John. F. Donovan, la mention « Directed by Xavier Dolan » ne ment pas. 

Septième long-métrage du « cinéaste prodige », Xavier Dolan s’était habitué à secouer la croisette depuis la sortie de J’ai tué ma mère en 2009. Travailleur acharné et superbe, incarnation exquise de « l’œuvre est sueur » chère à Cocteau (qu’il s’est tatoué sur la cuisse), le Québécois vient d’avoir 30 ans et a récemment confié qu’il « n’en pouvait plus qu’on parle de lui comme d’un enfant terrible ». Son dernier film confirme, malgré lui, ses propos.

La publication de la bande annonce fin janvier échaudait déjà les plus impatients. La dernière fois que la mention Xavier Dolan était inscrite sur nos tickets, c’était il y a trois ans pour Juste la fin du monde. C’est pourtant en 2019 que l’œuvre de Dolan frôle l’eschatologie dans cette chronique d’une mort annoncée.

Vedette montante d’un soap opera américain au début des années 2000, John F. Donovan (Kit Harrington) entretient une relation épistolaire – intime et secrète – avec Rupert (Jacob Tremblay) un jeune acteur de 8 ans. Beau parleur qui jacasse autant qu’il s’insurge contre sa mère (Nathalie Portman). Un film à deux voix, dont l’accouplement est – sans surprise – Dolan lui même. Malheureusement l’accent biographique, griffe du réalisateur, tourne ici à la caricature faute d’une production qui transpire les gros moyens. Casting de star oblige. Le problème n’est pas le budget mais plutôt la manière dont il impacte la réalisation. Choix d’auteur assumé ou confusion en post-production ?

D’un coté c’est peut-être le Dolan le plus personnel. A huit ans, il découvre Titanic. Ebranlé par le film, il écrit à Léonardo plein de rêverie. Ma vie avec John. F. Donovan c’est donc un retour plus grand encore dans ses souvenirs, en pénétrant sa chambre de collégien autant fasciné que fascinant. Dolan a peut-être pris la tangente pour s’accorder une consécration personnelle : son film américain.  Néanmoins la narration du film est trouée d’ellipses, qui n’ont de cesse de nous rappeler qu’il s’est construit sur des failles. Quelques racolages tentent de nous faire oublier la coupure des scènes de Jessica Chastain au montage. Une décision décrite comme « extrêmement difficile » motivée par « le montage et la narration ». Ces difficultés sont aussi la marque d’un grand auteur qui ose questionner son œuvre.

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Xavier Dolan sur le tournage de THE DEATH AND LIFE OF JOHN F. DONOVAN (2017) ©Collider

Pourtant la mutation d’une œuvre n’est pas gage de qualité. Habitué à une production artisanale, ce dernier long métrage filtre avec les poncifs. D’une part la multitude de « déjà-vus » à Hollywood : des retrouvailles en slow motion ; des fonds sonores semblables à ceux des téléfilms dramatiques … D’autre part les thèmes inhérents à Dolan semblent ici l’enfermer dans une case. L’homoparentalité, les conflits mère-fils, l’identité sexuelle et l’expérience de la célébrité sonnent sans écho. Abordés avec distance, Dolan semble avoir changé de vision sur ces sujets. Il parait loin le temps où le jeune réalisateur plongeait dans l’intimité absolue du quotidien. La caméra au poing comme prolongement de son regard. Personnages aussi libres qu’impertinents, la spontanéité du verbe s’emmêlait avec les aléas du destin. De la réalisation au montage, en passant par les costumes, Xavier Dolan forçait l’admiration de par son ubiquité. En 2019 il est une nouvelle fois là où l’on ne l’attendait pas. Le contraire aurait peut-être été préférable. A 30 ans Dolan reste cet adulte hanté par l’enfance. Alors que les souvenirs se dissipent, ils semblent emporter avec.  La liberté innée de l’artiste serait-elle dorénavant à acquérir ?

Les critiques à l’encontre de son dernier long-métrage sont d’une extrême sévérité. L’artiste est d’ailleurs plus jugé que son œuvre : c’est Dolan contre Donovan. Le Xavier Dolan des premières heures s’était hissé en pionnier du genre, ou en tout cas en Rohmer des temps modernes. L’accent en plus. L’exigence grandissante du public n’est que le rappel d’une vielle promesse : « à l’impossible je suis tenu » tatoué sur l’autre cuisse du réalisateur.

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X. DOLAN (2014) ©Shayne Laverdiere

 

Xavier n’est plus un enfant mais rien n’y fait. Cocteau lui colle à la peau. Le réalisateur semble éternellement lié à « cette réalité de l’enfance, réalité grave, héroïque, mystérieuse, que d’humbles détails alimentent et dont l’interrogatoire des grandes personnes dérange brutalement la féérie. » (Jean Cocteau, Les enfants terribles)

La maturité de l’âge comme frein à sa liberté créatrice ? Ou mutation assumée de son œuvre ? Xavier Dolan confirmera sa réponse courant 2019 avec la sortie de Matthias et Maxime.

 

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