Veni, Vidi, Varda

Vendredi 29 mars. 11h27. C’est avec étonnement que j’accueille la nouvelle du Monde : « La réalisatrice Agnès Varda, pionnière de la Nouvelle Vague, est morte ». On oubliait qu’elle avait 90 ans tant elle était encore active artistiquement, elle qui venait juste de réaliser, en collaboration avec Didier Rouget, Varda par Agnès, autoportrait dans lequel elle revenait sur son œuvre. Bilan presque exhaustif d’une vie, surprenante coïncidence.

Avant-garde de l’avant garde

Née en Belgique en 1928, elle quitte son pays pour s’installer à Sète avec ses parents en 1940. Quatorze ans plus tard, en 1954, elle tourne La Pointe courte, son premier long métrage de fiction, avec Philippe Noiret et monté par Alain Poiret, qui mêle influence du néo-réalisme et dialogues littéraires et poétiques. La Nouvelle Vague pointe le bout de son nez.

Figure de poids de ce mouvement cinématographique, elle s’illustre à la fois en tant qu’artiste majeure et femme inspirante, puisqu’elle réalise L’une chante, l’autre pas en 1977, qui promeut des valeurs féministes et les droits des femmes. Son nom figure d’ailleurs sur la liste des signataires du Manifeste des 343, pétition en faveur de la dépénalisation et de la légalisation de l’avortement, texte résolument majeur pour le féminisme en France.

L.A Woman

Agnès Varda et Jacques Demy son compagnon se sont installés aux États-Unis à la fin des années 1960. Elle y réalise des courts-métrages et Lions Love, créature hybride plus ou moins improvisée, à la croisée de la fiction et du documentaire. Burlesque et psychotropé, le film est né d’un amour de la cinéaste pour la contre-culture et les idéaux hippies qui fleurissent sur le sol californien en pleine guerre du Vietnam.

Le séjour américain est également l’occasion pour Agnès Varda de s’intéresser aux mouvements de lutte contre l’oppression des Noirs et la poursuite d’une ségrégation intolérable. Dans Black Panthers (1968) elle pose sa caméra à Oakland parmi les activistes de ce groupe.

C’est à Los Angeles qu’elle rencontre Jim Morrison, le chanteur des Doors, et d’autres personnalités en vue de la culture underground américaine, comme Andy Warhol. En 1981 elle y réalise Murs Murs, documentaire sur le street art, jolie prolepse de sa récente collaboration avec l’artiste JR pour Visages, Villages (2017).

© AFP/Archives/ FADEL SENNA

Varda touche-à-tout

Agnès Varda fut également photographe et artiste plasticienne. Un hommage lui est rendu en 2005 par la Cinémathèque québécoise qui, en plus d’une rétrospective cinématographique, organise une exposition photographique. En 2006 la Fondation Cartier pour l’art contemporain l’invite à prendre possession des lieux pour une exposition à laquelle elle donne le nom d’Île et Elle. Et depuis 2016, le visiteur qui se promène aux abords de la Fondation peut entrer dans La cabane du chat, monument à la mémoire de Zgougou, enterré à Noirmoutier. Dans le cadre de l’installation Les cabanes d’Agnès pour la Xe édition de la Biennale d’art contemporain de Lyon en 2009-2010, l’une des cabanes est réalisée à partir de la pellicule des Créatures, sorti en 1966, occasion pour Agnès Varda de faire se rencontrer la cinéaste et la plasticienne.

 3. © Bobby Doherty/Vulture

Chercher l’autre

Le rapport à l’autre est un point central de l’œuvre d’Agnès Varda, aussi bien dans Les Glaneurs et la glaneuses (1999), où elle pointe sa caméra sur ceux qui, par choix ou par nécessité, récupèrent les restes d’autrui, que dans Sans toit ni loi (1985), où elle dirige une Sandrine Bonnaire sans domicile fixe et réduite à une vie de paria. Elle attire l’attention sur l’autre, ses émotions, ses pensées, ses souffrances, avec l’idée que l’observation de la condition d’autrui est un moyen de relativiser sa propre existence et ses propres peines.

Une grande cinéaste, donc, mais aussi et surtout une grande féministe, une grande humaniste, qui mit son art au service d’autrui et s’engagea socialement et politiquement tout au long de sa vie. Sa disparition est l’occasion pour chacun de se plonger ou de se replonger dans l’œuvre prolifique de cette femme hors du commun qui a marqué plusieurs générations d’artistes et d’amateurs. Vous reprendrez bien un peu de Cléo de 5 à 7 ?

Une : © AFP/Archives / FADEL SENNA

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