Trente ans des droits de l’enfant


Entre ciel et terre, dans un espace hors du temps et introuvable sur quelque carte géographique que ce soit, dans le bureau de Madame Géviène Draneva, des enfants, Christophe, Lucas et Téa, tous trois âgés de 10 ans et nés respectivement en 1969, 2019 et 2049 sont convoqués afin de faire valoir leurs droits.

* * *

Les trois enfants rentrèrent d’un pas timide dans la pièce rectangulaire. La juge leur souria et les pria gentiment de s’asseoir sur les chaises en plastique disposées devant son bureau ovale. Après une brève présentation, elle entra dans le vif du sujet :

« – Quelle est votre histoire ? Parlez moi un peu de vous… demanda la juge en interrogeant les trois enfants du regard. 

Les joues de Lucas s’empourprèrent, il commença à raconter son histoire.
– Moi je pense que des fois papa et maman ne m’aiment pas. Quelques fois ils sont gentils avec moi et me font des cadeaux, mais d’autres fois ils sont méchants.
– Qu’est ce que tu entends par méchants ? demanda Madame la juge.
– Ils me grondent…
Lucas ne parlait plus et un silence gêné s’installa. Christophe semblait observer avec intérêts les formes originales que dessinaient les nuages à travers la fenêtre ronde qui surplombait le bureau.

Puis Lucas reprit : 
– Quand ils me grondent, ils me mettent des fessées et des claques, et ça fait mal après je suis même tout rouge et je pleure.
– Tu veux dire, après que tu aies fait une bêtise?
– Oui mais certaines fois c’est même quand je fais pas de bêtises. Je crois que c’est quand ils m’aiment plus. Et quand ils veulent rester que tous les deux, ils m’enferment à clé dans ma chambre et j’aime pas ça parce que je m’ennuie.
C’est souvent pendant la nuit mais dés qu’il fait noir j’ai peur. 

-Moi je fais des cauchemars la nuit. Rajouta Téa qui jusque là était restée silencieuse.
-Qu’est ce que tu vois dans ces rêves Téa ? L’interrogea la juge.
-C’est souvent des rires et des cris très aigus qui résonnent dans mes oreilles et des gens morts au sol et dés que je les regarde des smartphones me suivent et essayent de me kidnapper mais c’est pas drôle comme quand on joue à chat. 
-Te sens-tu souvent observée ?
-Parfois quand mes amies me filment sur Snap et me disent de faire des bêtises.
-Mais il faut dire non, moi mes copains même si ils me forçaient je le ferais pas. Rétorqua Lucas.
-Mais tu les connais pas, elles voudront plus être mes copines et après je serais toute seule. Répondit Téa énervée.
-Téa, tu ne dois pas les laisser faire, tu as des droits. Personne ne doit ni n’a le droit de t’obliger à faire quoique ce soit. Tu es libre de tes actes et de tes choix, même si tu es encore une enfant. Et quant à toi Lucas tu dois en parler à une personne adulte de confiance mais nous allons régler cette situation qui n’a pas lieu d’être. Enfermer son propre enfant c’est un crime que la justice ne peut tolérer. Même si ce sont tes parents tu ne dois pas te laisser faire car tu n’es pas leur propriété. Et toi, Christophe tu es resté bien silencieux depuis le début de cette audience collective, pourquoi es-tu ici ? 

– Je ne sais pas si j’ai le droit d’en parler…
– Ici tu es un sujet à part entière Christophe et as donc le droit de t’exprimer comme bon te semble. Sache que si à ton époque un enfant n’est pas encore un être porteur de droits, il l’est aujourd’hui et ce depuis 1989 et la signature de la convention relative aux droits de l’enfant adoptée par l’ONU le 20 novembre. Alors je t’en prie raconte nous ce qui te tourmente. 
– Le maitre me punit sans arrêt, il me dit souvent d’aller au coin en me mettant le bonnet d’âne. Aussi, il me tape sur les doigts avec sa règle ou même sur les fesses devant le regard de tous mes camarades. Après quand je rentre à la maison mon père me punit et m’interdit même de parler à table. Répondit timidement Christophe, dont les yeux étaient embués de larmes.
– Christophe malheureusement tu es né un siècle trop tôt et ce dont tu es victime est encore considéré comme légitime. Toi Lucas, des procédures vont être engagées, tes parents vont être convoqués au tribunal et une assistante sociale veillera à ce que tu ne subisses plus aucunes violences. Quant à toi Téa, le harcèlement que tu subis sera communiqué à tes professeurs et parents, afin de prendre les mesures nécessaires pour que tu puisses être pleinement heureuse. 

Geneviève Avenard                     © DSAF-DPL

Mais n’oubliez pas les enfants, vous êtes aussi importants que ceux qui essayent de vous faire croire l’inverse, que ce soit vos parents, vos professeurs, vos amis ou qui que ce soit. Selon l’article 12 de la Convention internationale des droits de l’enfant vous êtes libres de vous exprimer et votre opinion à une valeur telle qu’il ne peut être mis de côté. La société doit vous écouter, si elle ne l’a pas fait il y a 30 ans, elle le fait beaucoup plus en 2049 et le fera encore plus en 2050. Si tous les 5 jours un enfant meurt sous les coups de ses parents ou à cause d’autres violences physiques ou mentales en 2018, ce n’est plus le cas 30 ans après, grâce aux nombreuses associations et organisations qui promulguent vos droits. Les choses changent et évoluent avec le temps. Le droit des enfants à fondamentalement progressé au cours de l’histoire. Au Moyen-Âge les enfants étaient considérés comme des copies réduites de leurs parents. Mais demain et d’ici une trentaine d’années, les défaillances encore présentent des droits des enfants devraient petit à petit être complétées et qui sait, disparaitront un jour. » Conclue Mme Draneva.


Lucas opina de la tête, Christophe regarda une fois de plus ses souliers d’un air désappointé tandis que Téa se leva, prête à partir. 

 

Article par Lydie Regen et Lucie Pelé

Dessin par Nina Pelé

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