L’été 2019 sera féministe ou ne sera pas

Bon, en réalité, vous faites faites faites ce qui vous plaît plaît plaît, mais si le cœur vous en dit, pourquoi ne pas profiter de vos sessions plage/jardin/parc/openspace désert (rayer la mention inutile) pour vous plonger dans des lectures féministes aussi stimulantes que plaisantes ?

Et dans ce domaine, il y en a pour tous les goûts, vraiment. C’est donc parti pour une petite plongée non-exhaustive des autrices qui pourraient bien se loger dans votre sac entre la crème solaire (indispensable, pensez à votre peau!) et la serviette de bain.

Réfléchir (le rayonnement UV)

La mer, le (deuxième) sexe et le soleil. Ça donne envie non ? Il existe une très grande variété d’essais féministes, plus ou moins récents, plus ou moins connus, plus ou moins longs, dans laquelle chacun.e peut trouver son bonheur.

Bien sûr, il y a les classiques des classiques, pas forcément les plus abordables mais qu’il est toujours intéressant de parcourir si vous vous intéressez à toutes les questions de libération féminine et autres interrogations liées aux minorités sexuelles et de genre. Simone de Beauvoir s’impose avec les deux tomes du Deuxième sexe. La lecture peut parfois en sembler fastidieuse mais l’ouvrage demeure l’un des socles du féminisme moderne dans lequel se posent les questions de la construction d’une identité féminine, de la façon dont cette identité est érigée en alter-identité par rapport au masculin ou encore de la façon dont les femmes comprennent cette identité et s’y soumettent, s’y rattachent.

Outre-Atlantique, Judith Butler, théoricienne du genre et du mouvement queer a publié plusieurs essais dont Gender Trouble, dans lequel elle façonne le terme de « performance du genre » pour indiquer que la citation du genre par la société et les individus qui la composent accomplit une performance, est performative, et de ce fait a une incidence majeure puisqu’elle est une énonciation péremptoire qui façonne les relations entres humains.

Judith Butler ©CCO
Le beauté fatale de Mona Chollet invite à la réflexion sur le corps féminin et la façon dont il est soumis à la société qui lui dicte ce à quoi il doit et ne doit pas ressembler. La journaliste et essayiste y aborde pêle-mêle le culte de la maigreur, le marketing offensif ou encore la dévalorisation des corps non-blancs. 200 pages qui mettent en colère et ouvrent encore plus les yeux sur une situation aberrante.

L’esthétique de la lutte. Bandes-dessinées et romans graphiques

Le moment est venu de citer Pénélope Bagieu et les deux tomes des Culottées. Avec son trait de crayon fort et si singulier et son utilisation de la couleur, elle dresse le portrait de femmes extraordinaires pourtant souvent méconnues. Ainsi, parmi certaines figures que l’on ne présente plus (Joséphine Baker, Marie Curie…), le.la lecteur.trice découvre des vies hors du commun et pourtant trop peu exposées au grand public ; si, comme moi, vous ignoriez que le créateur des Moomins© était une créatrice, cet ouvrage est fait pour vous.

Pénélope Bagieu © Rudy Walks pour Télérama
Et dans une veine un peu similaire, Dures à cuire, de Till Lukat et Julie Etienne, présente des héroïnes marquantes mais laissées de côté par l’histoire que l’on veut bien raconter.

Féministes: récits militants sur la cause des femmes est un ouvrage collectif qui aborde, à travers seize histoires différentes, des problématiques aussi essentielles que celle de l’inter-sectionnalité (c’est-à-dire le fait d’appartenir à plusieurs groupes minoritaires à la fois, en étant par exemple une femme et noire), du harcèlement de rue ou de la grossesse.

Biographies, autofictions, conversations

Simone de Beauvoir trouve aussi sa place dans cette catégorie puisque avec Mémoires d’une jeune fille rangée, elle produit un récit des vingt premières années de sa vie et de la façon dont, avec la littérature et la philosophie, elle s’est extirpée de la voie que traçaient pour elle sa famille et son éducation. On y voit la construction d’un individu singulier et d’une identité sociale de femme au gré des rencontres et de l’apprentissage.

Annie Ernaux utilise sa vie comme support de la création littéraire, aussi bien dans les armoires vides, où elle explore la thématique de l’avortement et l’absence de réponse apportée par les cours de l’université, que dans les années, où elle revient sur sa vie et lie expérience(s) collective(s) et expérience(s) individuelle(s) dans un texte qui met entre autre en avant les combats féministes de la seconde moitié du XXème siècle.

Portrait d’Annie Ernaux  © Getty / Ulf Andersen
Deuxième femme élue membre de l’Académie française, en 1945, Colette a publié des romans dans lesquels on sent plus ou moins poindre l’écriture de soi. La figure de l’autrice apparaît dès La Maison de Claudine (1922) et se fait sentir de manière particulièrement prégnante dans La Naissance du jour (1928) et Sido (1930). Sa bisexualité en fait une figure sulfureuse de la vie littéraire et sociale du XXème siècle et la place à l’avant-garde du mouvement de libération des femmes.

Romans de renardes

Un chant écarlate est le deuxième roman, posthume, de l’autrice sénégalaise Mariama Bâ. Elle y développe la relation, tabou, entre un Français et une Sénégalaise et pointe du doigts la façon dont la société perçoit les couples mixtes. Engagée pour les droits des femmes et notamment des femmes noires, elle écrit un premier roman en style épistolaire, Une si longue lettre, qui fait figure de manifeste féministe contre la domination sociale, religieuse et l’héritage sexiste colonialiste.

Poursuivons avec Second-Class Citizen, de la Nigériane émigrée en Angleterre Buchi Emecheta. Dans ses œuvres et notamment dans ce roman, elle raconte son expérience de femme noire dans un pays européen ainsi que les violences que son mari lui a fait subir. Après son divorce elle reste en Angleterre où elle étudie la sociologie tout en élevant ses cinq enfants, ce qui, je pense, est une définition claire et précise de l’empouvoirement.

Buchi Emecheta © George Braziller, Inc.
Bon, l’heure est venue de parler de L’amie prodigieuse, d’Elena Ferrante. Alors oui, OUI, c’est connu. Je sais. Mais j’avais envie d’en parler car après tout c’est mon article et cette saga, moi, je l’ai aimée, beaucoup. Pour être d’une franchise absolue je n’ai pas encore terminé, j’en suis à 2,5 sur 4 mais c’est vraiment bien. Le tome 1 est à mon sens le meilleur pour l’instant mais la suite vaut aussi le coup. L’autrice y présente une amitié à la fois banale et hors du commun entre deux gamines des quartiers populaires du Naples des années 1950, leur parcours, parfois commun, parfois individuel, leurs séparations et leurs retrouvailles, la jalousie, l’amour, le féminin dans un monde particulièrement patriarcal (pas facile à dire, preuve que ça n’aurait pas lieu d’être !) En plus de cela – c’est un détail trivial mais qu’importe – ces livres sentent bon l’été ET ont l’avantage d’être divisés en chapitres très courts, de quelques pages à peine pour la plupart, donc très pratique si vous avez besoin de lire un peu entre deux baignades ou entre trois stations de métro.

La mère qu’on voit danser

Alors, évidemment, il est impossible de parler de tout ce que l’on pourrait lire sur le sujet. Déjà parce que ce serait très – trop – long. Ensuite, et surtout, parce que je suis LOIN d’avoir la science infuse. Mais j’espère que ma petite sélection sera assez variée pour que chacun.e y trouve son bonheur. On pourrait ajouter des autrices aussi inspirantes que Benoîte Groult, Marina Tsvetaïeva ou Sei Shōnagon (gros coup de coeur !!) mais au risque de tomber dans le name dropping je m’arrêterai ici.

Lady Sei Shonagon – Kobayashi Kiyochika (Japan, 1847-1915)
Bel été, et bon féminisme !

 

Image de couverture : We Can Do It ! J. Howard Miller

 

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