Mai 1936 : et le Front Populaire naquit

Partie intégrante de l’Histoire de la France, des avancées sociales, syndicales et de la lutte contre le fascisme, le Front Populaire est né des négociations et de l’ouverture des figures progressistes de son époque. Alors que les régimes totalitaires d’extrêmes-droites démarraient partout en Europe, avec Adolf Hitler en Allemagne ou Benito Mussolini en Italie, les trois principales composantes de la gauche ont décidé, peu après 1934, de discuter pour s’allier en vue des élections législatives de 1936.

La chose n’était pas aisée : trois partis. Le Parti Communiste Français, la SFIO et la gauche-radicale ne semblaient avoir aucune raison d’aller les uns vers les autres. Aucune ? Si. La droite traditionnelle était au pouvoir depuis longtemps et une aile extrême de la vie politique Française ne semble pas faiblir : le fascisme. Bien que tous d’accord pour éradiquer l’horreur de ce que représente cette pensée, les partis progressistes n’en demeurent pas moins opposés.

Le Parti Communiste Français (PCF), qui est régi par l’idéologie du Communisme, mais aussi sous la IIIème Internationale dont Joseph Staline est le représentant, met en avant une volonté de lutte des classes, contre le capitalisme, contre la bourgeoisie, aussi petite soit-elle. Et cette petite bourgeoisie semble être représentée par la SFIO, organe tout aussi progressiste qu’eux, mais avec une volonté réformatrice. Cette non-volonté d’affrontement dans la lutte des classes met un gros point d’arrêt du PCF vis-à-vis de la SFIO. Cette idée est particulièrement défendue par Maurice Thorez alors secrétaire général du PCF. La SFIO reproche, quant à elle, au PCF de venir chasser des militants socialistes sur ses propres terres. Les deux partis reprochent tous deux aux Radicaux d’avoir fait partie du gouvernement de coalition mené par la droite. Bref, il semblerait qu’au-delà d’une guerre de vision politique, ce soit une guerre d’égo des représentants des différents partis, incapables de mettre leurs différents de côtés pour laisser la place à la réelle politique. Une activité qui semble encore largement plebiscitée aujourd’hui.

Mais les militant.e.s des différents partis ne sont pas de cet avis. Et c’est pourquoi, le 12 février 1934, lors d’une grève générale organisée par la CGT, à laquelle participe la SFIO, et finalement le PCF, des militant.e.s communistes se mêlent aux troupes socialistes et déambulent, abandonnant les estrades pour crier ensemble « Unité ! Unité ! ». Cet élan de rapprochement scelle la volonté des militants de la gauche, réformatrice ou communiste, de ne faire plus qu’un contre le gouvernement. C’est d’ailleurs en juillet 1934 que les deux partis d’origine marxistes vont se rassembler. Il ne faudra qu’une seule année pour rassembler autour d’eux les forces radicales, par Edouard Herriot, qui, sous la pression d’Edouard Daladier et des Jeunes Turcs, soit de l’aile gauche du Parti Radical, pour entamer une alliance entre les Radicaux, la SFIO et le PCF. De cette ouverture d’esprit et de cette mise d’égo de côté naquit le Front Populaire.

Après cette alliance officielle, il fallait commencer la composition d’un programme commun à appliquer au pouvoir, avec notamment l’idée de réduire le temps de travail hebdomadaire sans réduire le salaire,  mais aussi la création d’un système de chômage. Encore fallait-il remporter la bataille des urnes et ainsi avoir le soutien du peuple…
Ce sera fait quelques mois plus tard. Après plusieurs désistements de listes, les Radicaux, la SFIO et le PCF arrivent en masse à l’Assemblée Nationale le soir du 3 Mai 1936, second tour des élections législatives. Remportant plus de 57% des voix, ils vont atteindre respectivement 167, 147 et 72 députés, formant alors ensemble la plus grande coalition de la gauche sous la IIIème République. C’est d’ailleurs pour la première fois depuis le début du régime qu’un gouvernement sera piloté uniquement par des personnes issues des bancs progressistes. L’opposition ne fait pas bonne figure : le centre-droit ne récupère que 82 sièges et la droite traditionnelle 140. Mais il n’en demeure pas moins que le Front Populaire n’est pas à l’abri de la scission : les Radicaux, qui ont déjà travaillé avec un gouvernement conservateur, peut très bien retourner sa veste et faire tomber le gouvernement du Front Populaire.

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Vient ensuite le moment de nommer celui qui va mener les réformes, combattre l’opposition et diriger le pays : le Président du Conseil. Bien que les Communistes soient en grand nombre, le premier parti de France va demeurer la SFIO. Il est donc logique que le Président du Conseil soit issu de ses rangs. Le choix se porte donc sur Léon Blum, qui aura malgré tout une vision globale de la situation : la SFIO n’a pas la majorité à l’Assemblée, il ne peut donc pas imposer ses idées propres. Il doit respecter le programme commun de la coalition et mener des réformes sociales et justes.

C’est donc effectivement Léon Blum qui sera nommé Président du Conseil par le Président de la République Française Albert Lebrun. Le nouveau chef du Conseil des Ministres a une idée bien précise de la position qu’il occupe : il doit diriger les réformes et n’aura alors qu’une seule fonction, celle du Président du Conseil. En effet, auparavant, ses prédécesseurs avaient l’habitude de cumuler deux postes. Il nommera donc Edouard Daladier à la Défense Nationale et à la Guerre, Vincent Auriol aux Finances ou encore Jean Zay à l’Education Nationale. Il nommera également trois femmes à des postes de sous-secrétariats d’Etat ; fait remarquable car il convient de rappeler que les femmes n’obtiendront le droit de vote que huit ans plus tard.

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Léon Blum

L’arrivée d’un gouvernement, mettant en avant le prolétariat et le social, a déclenché plusieurs grèves, certaines pour mettre en avant des revendications pour donner plus de poids aux ouvrier.ère.s, mais aussi pour fêter simplement la victoire de la gauche et l’espoir d’une meilleure écoute. Les accords de Matignon seront rapidement signés, afin que les mouvements de grèves cessent et que l’activité puisse reprendre. Alors que certaines usines souhaitaient maintenir le mouvement de grève, c’est Maurice Thaurez en personne qui demandera la fin des grèves, les revendications ayant été satisfaites.

Quels seront les actes concrets de ce gouvernement ? On entend souvent dire que le Front Populaire, s’il n’a pas existé longtemps, a permis de grandes avancées sociales, qui font parties intégrantes de notre socle encore aujourd’hui. Une des réformes, qui a permis, plus tard, l’avancée d’un autre gouvernement socialiste, est le passage de la semaine de quarante-huit heures de travail à quarante heures de travail, sans réduction du salaire. Plus tard, la loi Aubry fera passer ce temps de travail à trente-cinq heures. De plus, les fameux accords de Matignon ont mis en place le droit syndical et une augmentation des salaires d’environ 12% sur tout le territoire français, bien que ce pourcentage variât en fonction du secteur. Mais ce sont aussi l’arrivée des premiers congés payés, à cette époque de deux semaines. Ainsi, les ouvrier.ère.s pouvaient partir en vacances et, pour ce faire, les prix des billets de trains fut réduits de 40% pour une facilitation des départs. Mais c’est aussi sur une proposition du Ministre de l’Education Nationale que l’Ecole Nationale d’Administration fut créée quelques années plus tard par Michel Debré. Des piscines et des stades publics sont créés à l’initiative du sous-secrétaire d’Etat à la Jeunesse et aux loisirs, Léo Lagrange.

Malheureusement, la volonté ne fait pas tout. Alors que le Front Populaire s’était créé pour faire une opposition de masse contre le fascisme, cela n’empêchera pas, quelques années plus tard, l’arrivée au pouvoir du Maréchal Pétain et du mouvement de collaboration qui a suivi.

En bref, l’arrivée de ce mouvement prolétarien a été une grande victoire idéologique de la gauche à cette époque. Certaines des plus grandes avancées sont issues de ce mouvement et il est de notre devoir de nous souvenir que même si ces acquis sociaux font aujourd’hui partie de notre système social, des gens se sont battus pour l’avoir, des discussions ont existé. Il faut donc se battre pour conserver ces acquis, qui ont l’air d’être remis en question, même de façon subtile, par nos dirigeant.e.s et les idées qu’il.elle.s véhiculent.

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