Le Barde – Episode 1 : Doux Réveil

Elle vint le voir avant l’aube.

Elle entra très prudemment, doucement, posant les pieds sans un bruit, flottant à travers la chambre comme une ombre, une apparition. Le seul son qui l’accompagnait venait de sa mante frottant contre sa peau nue. Pourtant, c’était ce chuintement qui fit ouvrir l’œil au barde. La mante avait brisé le doux silence qui apaisait le musicien. Aucune vibration ne l’avait dérangé avant son arrivéE. Cela ne lui est pas désagréable, cacher son contentement serait lui mentir: elle vient soigner ses maux, peut-être.

Il commença à sourire et tenta de se lever. D’un geste avisé et prudent elle l’en empêcha. Lui qui était respectueux comprit qu’il fallait parfois laisser les vivants s’occuper de ceux dans son cas. Lentement elle se posa tout près de son genou. Sa peau froidement humide le fit frémir. Les ruissellements de quelques ruisseaux lui firent comprendre qu’il pleuvait. Elle lui prit la main avec douceur et lui fit glisser sur la joue, lui faisant effleurer quelques gouttes qui tombèrent sur le drap blanc. Il la laissait, il avait compris. Il l’avait reconnu grâce à un léger trou dans le mur ; la lune y avait transpercé un maigre filet de lumière qui caressait sa bouche entrouverte. Il lui sourit. La fille grimpa sur les draps, sur lui, l’embrassa, et sans un mot lui rendit son regard tendre. Il avait continué son doux touché jusqu’à sa poitrine. Elle sursauta à peine. Elle venait de se faire devancer. Ce rictus doux le fit succomber d’un soufflet. La dominance masculine ne faisait pas partie de sa culture. Il ne manquait jamais de la chercher, même s’il grognait à chaque petite violences, il devait se l’avouer: elle lui manquait.

Retournant son visage, elle l’embrassa et lui serra le haut du corps comme l’enfant qui se cadenasse lorsqu’il souhaite l’objet qu’on tente de lui voler. Il arrêta toute gaminerie et ferma les yeux. Il songeait à ses lèvres toujours autant parfumées. Il voulait, encore, garder ce léger goût sucré d’une fleur qu’on trouve parfois sur le bord des routes. Elles aussi? il les trouvait rarement. Il se cacha pourtant d’en profiter, comme si la honte l’empêchait de montrer un quelconque sentiment d’appartenance. La route n’appartenait pas au fidèle.

Elle fit un mouvement de hanche. Elle se cachait à gauche de son visage. Le ciel avait arrêté de lâcher ses larmes. Ses yeux quant à eux prirent la pluie comme pour profiter du temps qui coule: le présent devait durer. Il lui répondit et ils s’enlacèrent de plus en plus. Elle n’avait plus cette pudeur prudente de son entrée. Elle laissa sa culture de côté et ils succombèrent aux retrouvailles.

Il s’en fuit dans le présent qui devait durer. C’était une fois comme une autre où la rencontre jouait avec la rupture. Elles se faisaient d’un mélange de couleurs merveilleusement saignantes. Sans bruit et dans une vague de désir comblé, l’instant les engloutirent sous un tapis d’algues verdâtres attendant leur futur réveil.

© Joseph

Url de Joseph pour la photo : https://www.flickr.com/photos/wakeupmrfreeman/14368112176/in/photostream/

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