Le Barde – Doux réveil 2

« Ils arrivent par le nord !… Ils étaient cachés dans les bois… 

– Lâchez les chiens ! Que les piquiers se mettent en mur ! Qu’une unité de frondeurs nous soutienne… »

Une volée de flèches l’interrompit.

Les chiens attrapèrent les jambes et s’agrippèrent à la cuisse des chevaux, désarçonnant quelques archers montés. À terre, certains riaient se moquant une dernière fois des familles qu’ils avaient brisées dans leur sillage. Les autres, feintant la fuite, laissaient place à une cavalerie de choc qui venait déjà t’atteindre sa vitesse maximale…

« Où sont-ils ? Ces bâtards avec leur Théoric ? »

« Éros ? »

Arraché à son sommeil, il sursauta. De grosses gouttes dégoulinantes ruisselaient et grignotaient les cicatrices qui arpentaient son visage.

« Tu parlais d’hommes qui tombaient… Enfin… je vais te chercher de l’eau. »

Elle ramassa sa mante pour se couvrir des regards et sortit de la tente.

Des taches d’un doré aveuglant pénétraient les griffures de la toile, des tentacules de lumière étranglaient la pièce. La nuit agréable qu’il venait de vivre faisait office de rêve, une sorte de souvenir que l’esprit reconstruit après qu’on l’ai raconté… Les douleurs qui sommeillaient en lui le prirent d’assaut. Son visage se crispa, il voulait lâcher un râle lorsqu’une silhouette rentra.

« Jeune homme, enfin si je puis dire, mon seigneur ? Aha !  cria l’homme d’une haleine pleine d’eau de vie. Quel homme, mais quel homme ! Tu crois que je n’t’ai pas vu ? Au front ! Tout ton régiment décimé après leur charge…

En s’approchant du lit du barde il sortit une francisque ensanglantée.

– Tu crois quoi ? Je t’ai vu moi! Et on m’prend pour un fou maintenant ? »

Il trébucha soudainement et commença à cracher un glaire, les bronchioles lui arrachant la gorge. Il avait mis la main devant sa gueule par réflexe, la mixture le regardant, il vomit une bile jaunâtre

Le sol changea de couleur. L’odeur de la tente prenait maintenant un mélange de sang et d’acide, sorte d’alchimie désagréable. Elle ne décontenança pas les soldats qui venaient d’entrer. L’un ne tarda pas à donner ses ordres :

« Que fait cet homme ici ?

D’un geste significatif, l’inconnu laissa ses gardes attraper l’ivrogne pour le balancer sur de la boue glissante. Lorsqu’ils furent dehors il lança d’un ton solennel :

– Jeune homme, si votre état vous le permet, pourriez-vous répondre à quelques questions ?

Le barde acquiesça, surpris de la situation qu’il venait de vivre. Perdu dans ses réflexions l’homme le ramena au moment présent.

– Simplement pour l’effectif, vous faisiez partie du régiment vingt-sept des jeunes recrues c’est ça ?

– Oui.

– Vous m’avez l’air bien en point jeune homme, enfin pour un barbare.

– Comment ça ?

– Vous l’ignorez ? Vous n’êtes que de la chaire. Comme appât durant cette bataille vous avez été épatant. Ceci dit, lorsqu’il s’agit de se battre certains d’entre vous se dandinent plus qu’ils ne tranchent… ceci vous nous avez été d’une aide utile pour le dénouement et nous vous remercions.

Le barde se mit à pouffer puis un rire moqueur lui fit prendre une allure arrogante.

– Vous êtes hilarant mon seigneur, vous savez que votre piètre empire est tellement dépendant de ses « appâts » qu’il finira par imploser, pas vrai ? Surtout que maintenant vous nous devez des privilèges après cette bataille sauvée, comme vous dîtes, par nos mains.

– Ne soyez pas si fier, ce n’est qu’une victoire. Le territoire de la Gaule fait toujours parti de ses désirs les plus profonds. Chercher la querelle ne vous aidera en aucun cas.

En le scrutant le barde remarqua qu’il n’était pas armé.

– Hm… Vous n’êtes pas un militaire n’est-ce pas ?

– Non je ne le suis pas. Pour tout vous avouer, si je suis avec vous en ce moment c’est parce que vous m’intéressez et que votre cas mérite des regards éveillés.

Il sortit un papier jaunâtre portant un sceau officiel et lança :

– Je me présente Bjornus de Arhus, inspecteur et traducteur pour le compte de Valentinien III.

– Enchanté pseudo-romain vous pouvez m’appeler Éros.

Lorsqu’il entendit le prénom du nouveau venu il ne pu cacher son sourire.

– Alors, ce qui vous amène c’est simplement ma surprenante survie n’est-ce pas ? Je me rappelle avoir été assommé et m’être réveillé dans cette tente…

– Effectivement, le légiste nous l’a appris. Vous avez été assommé, mais la raison de ma visite ne s’arrête pas là, Éros.

Prenant un air plus grave il s’approcha du barde et lui chuchota :

– De nombreuse personnes rodent autour de votre tente. Ils voient en vous une taupe, votre survie sur les champs reste plus qu’improbable… et votre visite nocturne ne vous a pas aidé.

– Elle n’a rien avoir…

– Oui, elle n’a rien à craindre… c’est plutôt vous qui n’avez rien avoir avec elle, le coupa-t-il.

– Aha ! Et qui est elle pour prétendre ne rien avoir avec un soldat ? C’est une putain !»

L’inspecteur voulu lui offrir un soufflet pour ses dires mais des bruits de lames se firent entendre dehors. Dans un dernier souffle un des gardes cracha une phrase en latin. L’inspecteur l’entendit et se précipita sur le barde.

« Prenez ça et fuyez ! »

© Atypik Photographie
https://www.flickr.com/photos/patrickboiteux/

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