L’arrivée des blogs parmi les médias : un «  4 août numérique ? » ?

4 août 1789. 19 heures. Les Français s’apprêtent à vivre un grand moment de l’histoire, un événement fondamental de la Révolution française. Après des mois et même des années de lutte, il est temps de voter la suppression des privilèges féodaux. Finies la servitude et l’exclusivité seigneuriale sur les colombiers ou l’accès à certaines professions, finies la pluralité des bénéfices et la vénalité des offices. L’Assemblée nationale met un terme aux libertés locales plaçant chaque habitant à des rangs différents. L’idée vient du vicomte de Noailles, un cadet de famille sans fortune. Celui-ci propose d’en finir avec les droits seigneuriaux quand l’évêque de Chartres surenchérit en suggérant l’abolition des droits de chasse et des privilèges des provinces. Les applaudissements et les cris de joie prennent rapidement le dessus. La France vient de tirer un trait sur un système longtemps imposé et pourtant bien trop injuste. Il aura toutefois fallu passer par la prise de la Bastille, soit 98 morts et 73 blessés, ainsi que par une vague d’insurrections menées par les paysans et engendrées par une peur collective.

Alors qu’entend Laurent Guimier, actuel vice PDG d’Europe 1, quand il considère l’arrivée des blogs parmi les sources d’informations comme la nuit du 4 août numérique ? « On a mis sur un pied d’égalité un post de blog et un article. Les journalistes avaient le monopole de la diffusion des informations et le monopole de la distribution de l’opinion. »

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Laurent Guimier, vice-président directeur général d’Europe 1 depuis 2018. ©Vincent Isore

L’apparition des blogs dans la sphère numérique

Dans les années 2000, les sites Internet voient apparaître les blogs sur la sphère numérique. Avec ce nouveau type de média, chacun est libre de s’exprimer et de délivrer un message au grand public. Les journalistes frustrés par les restrictions imposées au sein des rédactions sont les premiers à être séduits par l’idée. C’est pour eux l’occasion de développer leurs sujets et d’en parler comme bon leur semble, de se faire un nom indépendant du journal pour lequel ils écrivent. Mais à côté des professionnels, se trouvent aussi des internautes souhaitant vivement prendre part au débat public et exposer leur opinion. Ces derniers adoptent un style moins formel, plus authentique, sortant des codes enseignés par la profession et de plus en plus apprécié par la société. Les journalistes n’ont plus le privilège de la distribution de l’information. L’action ne requiert aucune certification, aucun diplôme, et reste aussi libre que gratuite. Le citoyen ne fait plus que lire l’actualité. Il la commente, la publie et la fait à tel point que la presse craint pour son avenir. Est-ce un bien ou un mal ? Difficile de critiquer cette démocratisation de la parole quand on écrit soi-même sur un blog. Mais impossible de nier les dangers lorsqu’on aspire à exercer l’un des métiers les plus menacés. Puisqu’avant de parler de privilège, nous pourrions peut-être simplement rappeler qu’il s’agit de compétences et différencier les aboutissants d’un 4 août historique et ceux d’un 4 août numérique.

 

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