Christelle Haudebourg : « J’en ai fait quelques grèves, mais là, c’est sans précédent. »

La réforme du baccalauréat et du lycée a beaucoup fait parler durant la dernière année scolaire, notamment à la fin, lorsque certain.e.s professeur.e.s ont fait le choix de la rétention de notes pour protester contre les vœux de Jean-Michel Blanquer. Rencontre avec l’une de ces professeures grévistes, Christelle Haudebourg.

Pierre Courtois–Boutet : Bonjour Christelle Haudebourg. Vous êtes prof de maths dans l’académie de Rouen et vous avez fait partie des professeurs grévistes contre la réforme du bac par Jean-Michel Blanquer. Pourquoi avoir été gréviste ?

Christelle Haudebourg : Je suis professeure en lycée et j’ai fait deux jours de grèves, de la rétention de notes et j’ai démissionné de ma fonction de prof principal en terminale. Et à la fin de l’année j’ai fait de la rétention de note de copies du bac en terminale S pour des élèves en spécialité, donc des copies avec un coefficient de neuf. J’ai été gréviste parce que les réformes Blanquer dans leur ensemble, à la fois la réforme du lycée et du bac, sont mauvaises. Concernant les réformes du lycée, en tant que prof de maths, je peux m’offusquer du fait que les mathématiques ne soient plus dans le tronc commun en première. Une partie des élèves jusqu’à maintenant n’avait plus de maths en première, c’était ceux qui faisaient un bac L. En ce qui concerne mon établissement, cela faisait entre vingt et vingt-cinq élèves qui ne faisaient plus de mathématiques sur cent-soixante-dix à peu près. L’année prochaine, sur cent soixante-dix, il y en aura entre cinquante et soixante qui ne feront plus de maths. La proportion des élèves qui arrêtent les mathématiques en première est très importante. Monsieur Blanquer répond à ça qu’il y a des mathématiques en première dans ce qu’on appelle l’« enseignement scientifique ». Il s’agit uniquement de l’utilisation de la calculatrice et de logiciels mathématiques type Excel ou Geogebra, c’est-à-dire des logiciels de géométrie. Et en tant que professeur de maths, je n’appelle pas ça des mathématiques. Dans la réforme du bac, ce qui m’horripile, c’est qu’une bonne partie du contrôle se fera en continu. L’argumentation pour cette idée, c’est de dire que les élèves seront moins stressés et ne joueront pas toute l’épreuve du bac sur une seule semaine et une seule épreuve dans chaque matière à la fin de l’année. Maintenant, au lieu de les stresser une seule semaine à la fin du mois de juin, on va les stresser à deux périodes différentes en première. Parce que le contrôle continu représentera dix pour cent des bulletins de première et de terminale. Mais ce sera aussi trente pour cent de la note finale des épreuves qui vont être demandés aux élèves. Il y en aura deux en première : une au printemps, une en juin. Et une autre en terminale.

PCB : Et sur ce point-là, qu’est-ce que vous reprochez à la réforme ? Le fait qu’il y ait un contrôle continu en plus des épreuves ? Ou la proportion du contrôle continu par rapport aux épreuves ?

Jean-Michel_Blanquer_-_2017
Jean Michel Blanquer © Domaine Public

CH : Je conteste le contrôle continu. Parce que, qui dit contrôle continu, dit que ce sont les professeurs de l’établissement qui jugent et qui notent leurs propres élèves. On sait très bien que lorsqu’on est dans une classe à un faible niveau, on a beau avoir un programme à suivre, on a tendance à se faire entraîner par la « faiblesse » des élèves, pour qu’ils ne soient pas tous à quatre de moyenne. Donc on abaisse un peu le niveau, on aménage des épreuves. Donc voilà, le principe du bac normalement, c’était une épreuve à la fin de l’année. Ce à quoi on est attachés, c’est une épreuve commune à tous les établissements de France. Tous les élèves qui passent le bac ont exactement la même épreuve dans toutes les matières. Ils avaient déjà introduit un peu de contrôle continu en ce qui concerne les langues et le sport. On a vu ce que ça donnait d’ailleurs. Un contrôle continu par rapport aux langues, ça veut dire que ce sont les élèves de l’établissement qui vont choisir les épreuves qu’ils vont passer. D’un établissement à l’autre, les élèves discutent entre eux et disent « ça n’est pas normal, nous on a eu un document audio. Vous, vous avez eu un film », « Votre truc était beaucoup plus facile que le nôtre », « Votre prof est beaucoup plus cool que la nôtre, donc forcément, vous avec des meilleures notes ». Ça crée des inégalités énormes.

PCB : Donc ça crée des inégalités qui existaient déjà. Un des reproches qui a été fait par rapport à la réforme de Parcoursup, ça a été de dire que l’obtention d’un bac dans un lycée de province ou de banlieue, n’aura pas la même valeur qu’un bac passé dans un lycée de région parisienne.

CH : Normalement si. Sauf que manifestement, ils appliquent des coefficients. Nous concernant, ce qu’on a entendu_ parce qu’on ne maîtrise pas les algorithmes utilisés par le supérieur_ on a entendu dire qu’ils appliquent des coefficients au moins sur des zones géographiques pour privilégier les élèves. Mais effectivement, on peut déjà supposer qu’avec Parcoursup, il y a des inégalités. Parce que lorsque des élèves viennent de tel ou tel établissement, on peut leur affecter un coefficient qui va les mettre à la queue par rapport à d’autres. Mais là, c’est bien pire que ça. La, c’est l’épreuve elle-même qui va créer des inégalités. Je travaille dans un lycée dans une zone un peu défavorisée, voire très défavorisée, avec des catégories socio-professionnelles très défavorisées. D’ailleurs, on a été classés deuxième lycée de l’académie de Rouen, parce qu’on faisait énormément de « plus-value » (rires). Ça s’appelle comme ça maintenant dans l’Education Nationale. Ça veut dire qu’on a permis à beaucoup d’élèves d’accéder au baccalauréat alors qu’on avait beaucoup d’élèves de catégories socio-professionnelles très défavorisées. Mais là on sera forcément très mal côtés. Enfin, nos élèves vont forcément se retrouver très mal côtés. Et puis on peut imaginer des lycées qui veulent favoriser leurs élèves et vont donc les faire travailler exclusivement sur des exercices prévus dans l’épreuve finale. Enfin, on peut tout imaginer en fait. Dès lors qu’on choisit nos épreuves à partir d’une banque de données pour nos élèves et que les évaluateurs sont des gens de notre établissement… Evidemment qu’on peut imaginer tout et n’importe quoi.

PCB : Vous avez expliqué tout à l’heure qu’en tant que gréviste, vous aviez commencé par démissionner du poste de prof principal, puis de la rétention de note en ne donnant pas les notes sur Pronote. Pourriez-vous développer les actions que vous avez menées avec vos collègues de l’académie de Rouen ?

CH : En fait, on agit depuis janvier, depuis qu’on a un peu compris en quoi consistait la réforme ; parce que ça a été une stratégie du gouvernement, de donner les tenants et les aboutissants de la réforme au compte-goutte. Au départ, on était assez satisfaits qu’il y ait une réforme du lycée et du bac. Quand on a commencé à voir la réforme arriver, rien ne nous a choqués particulièrement. Et c’est petit à petit que c’est arrivé. Alors depuis janvier, on fait une heure d’information syndicale tous les mois dans notre établissement. On réfléchit ensemble à ce que l’on pourrait faire pour faire reculer le gouvernement sur cette réforme, qu’il nous entende enfin, qu’il ouvre des négociations et que l’on rediscute de tout cela. Et donc voilà : les journées de grèves n’ont servi à rien, le gouvernement ne nous a pas entendus. Il a d’ailleurs dit que nous étions très peu nombreux à faire grève. Je crois que la première fois, le chiffre était de cinq à sept pour cent de grévistes. Alors, évidemment, quand vous prenez tous les gens de l’Education Nationale, instituteurs, enseignants de collège et enseignants de lycée, vous pouvez dire effectivement que vous n’avez que cinq pour cent des profs qui ont fait grève. Evidemment que les professeurs des écoles a priori ne se sentaient pas très concernés par les réformes du baccalauréat et on comprend assez aisément qu’ils ne se soient pas mis en grève. En plus, on oublie un petit peu de dire que quand on fait une journée de grève, on perd une journée de salaire, que ça signifie qu’on n’avance pas dans notre programme et que l’on met en difficulté un minimum les élèves, et même nous, parce que quand notre programme n’avance pas, on est les premiers avec nos propres élèves à en pâtir parce qu’après on sait qu’il va falloir mettre les bouchées doubles pour finir le programme à la fin de l’année parce qu’on n’a pas vraiment le choix. Alors effectivement, il y a plein d’enseignants qui ne font pas grève, alors que je suis bien placée pour savoir qu’il y avait une grande majorité qui était contre cette réforme et qui ne se mettait pas en grève pour autant. Certains, parce qu’ils ne peuvent se le permettre financièrement. Beaucoup ont perdu « la foi » dans les grèves : ils ont déjà essuyé des échecs, type 2003 où plein de professeurs ont fait énormément de grèves et ont perdu énormément en termes de salaire pour rien du tout comme résultat à la fin. Et puis c’est vrai qu’avec ce gouvernement, on est quand même assez nombreux à avoir constaté qu’ils n’écoutaient pas la base. Il y a eu les Gilets Jaunes, il y a eu la SNCF, plein de gens ont fait grève dans plein de domaines, les urgentistes aussi. Beaucoup de personnes ont tenté de manifester à ce gouvernement ce qui leur déplaisait et ce gouvernement ne bouge pas. Voilà pourquoi on n’était effectivement pas très nombreux, mais on n’était pas cinq ou sept pour cent comme le ministre a voulu le faire croire.

French school teachers, from the "Stylos Rouges" (Red Pens) mouvement, demonstrate against French Education minister Blanquer's law as part of a protest against the French government's reforms in Paris,
Manifestation du 17 juin 2019 © CHARLES PLATIAU/ REUTERS

PCB : Il y a eu des réponses lors des résultats des examens qui auraient dû être le 5 juillet. Des réponses par le gouvernement, notamment par Jean-Michel Blanquer et par le Président de la République Emmanuel Macron. Des termes forts ont été employés, le Président a employé le terme de « prise d’otages ». Quelle est votre réponse à ces réactions ? C’est certainement insultant vis-à-vis du travail que vous avez essayé de mener ?

CH : La première chose que devrait faire un ministre de l’Education Nationale, voire même un Président de la République, c’est essayer de comprendre pourquoi les gens sont en grève, essayer d’ouvrir le dialogue avec eux. Alors que la seule réponse qui nous a été faite depuis le début, depuis qu’on demande à ce qu’il y ait des négociations, c’est la répression. « Attention, vous allez perdre du salaire », « Attention, on va vous mettre des blâmes, des avertissements, vous allez avoir des sanctions », « Attention, vous prenez en otage vos élèves ». Mais à aucun moment, on a entendu un discours qui était « Attention, on va vous écouter enfin, on va essayer de comprendre ce soulèvement de bouclier ». Ça aurait peut-être été la première chose à dire face à des enseignants grévistes qui ont fait quelque chose d’historique. Ça fait plus de 20 ans que je travaille dans l’Education Nationale, j’en ai fait quelques grèves, effectivement de temps en temps, on nous présentait des choses qui ne nous semblaient pas correctes vis-à-vis des élèves, pas correct vis-à-vis des enseignants, que ce soit au niveau du salaire, des heures supplémentaires imposées … Mais là, c’est sans précédent. J’ai plein de collègues qui n’avaient jamais fait grève jusqu’ici et qui se sont mis à faire grève. Pour répondre à ce terme de « prise d’otages », effectivement je trouve cela scandaleux d’utiliser des termes comme ça. Je ne considère absolument pas avoir pris des élèves en otage. Au pire, j’ai pris des copies en otage. Je ne pense pas que les feuilles de papier mettent longtemps à se remettre de leur traumatisme. Retenir les notes pendant quelques jours pour essayer de faire bouger le gouvernement, ça n‘était pas du tout prendre en otage ces élèves. Pour un élève lambda, cela voulait simplement dire qu’au lieu d’avoir ses résultats le cinq, il risquait de les avoir le huit, peut-être de passer un oral de rattrapage le onze ou le douze au lieu du neuf. Donc je pense que ça n’était pas aussi dramatique qu’ont voulu le faire entendre le Ministre de l’Education Nationale et le Président de la République. Et je rappellerais quand même une image : c’est que lorsque des lycéens ont fait grève, toujours contre cette fameuse réforme du lycée et du bac, on ne les a pas entendus, pas plus que les professeurs. Et là par contre, on ne s’est pas gênés pour envoyer les forces de l’ordre leur attacher les mains dans le dos, les faire mettre à genoux devant un mur. Ça c’est de la prise d’otage par contre selon moi. Et c’est le gouvernement qui est à l’origine de ça, et pas du tout les enseignants.

PCB : Vous avez expliqué que vous étiez plusieurs enseignants à être plutôt favorables à une réforme du bac et à une réforme du lycée. Pour vous, quelle serait une bonne réforme du lycée et du bac ?

CH : Idéalement, il faudrait effectivement réformer les programmes. La, ce qui pouvait paraître sur le papier une très bonne idée, c’était d’introduire une matière qui s’appelle la SNT en seconde, c’est-à-dire « Sciences Numériques et Technologiques ». C’est-à-dire qu’on enseigne aux élèves Internet, le Web, les photos numériques, tout ce qui est en lien avec l’informatique, qui prend une place énorme dans notre société à l’heure actuelle. Mais, on ne décide pas de mettre ça en mars ou avril pour la rentrée prochaine en septembre, à raison d’une heure et demie par élève, sans se préoccuper de savoir si sur le terrain il y a des professeurs pour l’enseigner. Alors, oui des nouvelles matières qui soient plus en lien avec les nouvelles technologies et qui soient beaucoup plus formatrices pour les élèves. Que ce soit du point de vue de citoyen, parce qu’on sait qu’Internet envahit nos vies à tous les niveaux, mais aussi dans leur vie de futurs travailleurs. Mais il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs. Et il ne fallait pas décider de choisir de changer en plus deux années, c’est-à-dire l’année de seconde et l’année de première d’un seul coup ; il faut le faire en collaboration avec les enseignants pour savoir qui va enseigner cette nouvelle matière. Au jour d’aujourd’hui, je peux vous dire que dans mon établissement, sur les neuf classes de seconde qui doivent avoir des heures de SNT à la rentrée prochaine, seulement deux classes en auront, parce qu’aujourd’hui, notre proviseur est encore en recherche d’enseignants pour les sept autres groupes. Aussi, on invente une nouvelle matière en première qui s’appelle l’« enseignement scientifique ». C’est une matière où on va intégrer de la SVT et de la physique et des mathématiques. Comme je le disais tout à l’heure, c’est pratiquement juste l’utilisation de logiciel. Ça ne consiste qu’en cela, même si c’est intéressant. Mais c’est la même chose : sur le terrain, on va demander à un prof de SVT d’enseigner en plus des mathématiques et de la physique ou à un prof de maths d’enseigner de la SVT et de la physique et ainsi de suite. C’est-à-dire qu’on n’est absolument pas formés pour ça. Les inspecteurs nous disent qu’on n’a qu’à aller sur des « mooc » sur Internet et on va se former. Alors effectivement, il y a des « mooc » de trente heures, quarante heures qui sont censés former des enseignants. Ce qu’on oublie de dire, c’est que lorsqu’on devient comme moi, par exemple enseignante en mathématiques, c’est qu’on a une vraie appétence pour la matière qu’on a envie d’enseigner. Depuis que j’ai l’âge de onze ou douze ans, je veux enseigner les mathématiques et ça a toujours été les mathématiques, parce que c’est presque une passion, c’est vraiment une matière qui m’intéresse. Que j’apprécie particulièrement. On ne peut pas me demander du jour au lendemain d’enseigner de la physique ou des Sciences du Numérique auxquelles je ne connais rien et en plus pour lesquelles je n’ai aucune appétence. On occulte complètement l’intérêt des professeurs pour enseigner une matière. Là je vais vous dire : qu’est-ce qu’il se passe ? Qui a pris de la SNT pour les secondes à la rentrée prochaine ? C’est une prof de français qui voyait ses horaires diminuer comme une peau de chagrin et qui voyait son poste, sûrement l’année prochaine, à terme disparaître du lycée. Alors que ça ne fait que deux ans qu’elle a obtenu sa mutation pour passer de collège au lycée, donc elle n’a plus de points. Et puis maintenant, on l’accule à enseigner une matière qui ne l’intéresse pas du tout, pour laquelle elle n’a aucune capacité a priori. Voilà, dans mon établissement, c’est ce qu’il s’est passé : les professeurs acculés à enseigner cette matière pour ne pas perdre leur poste. Et tout cela par mépris complet des enseignants. Je trouve que ce gouvernement et principalement ce ministre de l’Education [Nationale] est très méprisant. Il l’a prouvé en ne nous écoutant pas.

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PCB : Vous dites que vous n’avez pas été consultés. Cela signifie qu’aucun enseignant n’a été reçu par le ministre ?

CH : Personnellement, je n’aurai jamais été reçue par le ministre. Ce que j’en sais, c’est que tous syndicats confondus disent, certains depuis février, et demandent que les négociations soient ouvertes avec le ministre de l’Education Nationale. Et que, pour lors, il n’y a jamais eu de délégations qui aient été reçues par le ministre. Alors que lui explique qu’il a fait plus de quatre-vingts réunions en lien avec les partenaires sociaux. Alors, lesquels mentent dans l’histoire, je ne sais pas. Je pense qu’il a peut-être fait des réunions, peut-être même avec des enseignants, peut-être avec des partenaires sociaux, je n’en sais rien, peut-être des enseignants très ciblés. En tous les cas, nous dans l’académie de Rouen, rien du tout. Et puis, tous les partenaires sociaux disent que non. Et puis, même du point de vue national, je reçois depuis des mois et des mois des mails de toutes les formations syndicales, de l’extrême-gauche à l’extrême-droite, qui continuent à dire qu’il n’y a eu aucune négociations avec les partenaires sociaux.

PCB : Vous avez donc fait de la rétention de notes, même si vous avez finalement rendu les copies. Et le ministre Blanquer parlait de mettre en place des sanctions envers les enseignants. Comptez vous continuer la mobilisation dès la rentrée de septembre ?

CH : Il risque d’y avoir effectivement à nouveau des manifestations. On craint énormément ce qu’il va se produire à la rentrée, pour savoir de quelle manière on va pouvoir accueillir nos élèves à la rentrée de septembre. Avec quel emploi du temps, et pour les élèves et pour les enseignants. Puisqu’avec cette nouvelle réforme, avec le fait que les élèves, soi-disant, bien que nous ayons fait en sorte que dans notre lycée ce soit un minimum possible, peuvent choisir trois spécialités parmi sept ou huit, ça fait des combinaisons énormes, des emplois du temps très compliqués à mettre en place. On a essayé de demander des dédoublements par exemple sur la SNT pour avoir une demie-heure de dédoublement sur une heure et demie. Ça n’est pas sûr du tout qu’on l’obtienne, parce qu’on a eu une dotation horaire pour l’année prochaine qui est très réduite par rapport à d’habitude. On s’inquiète de savoir comment ça a été mis en place. Justement, par rapport à la SNT, comment va-t-on faire pour les sept classes de seconde qui n’ont pas de professeurs pour le moment ? Je m’inquiète énormément de ces professeurs qui vont avoir à enseigner des nouvelles matières et qui vont passer une bonne partie de l’été à travailler ces matières là. On fait malgré tout un métier qui nerveusement n’est pas toujours très facile. Quand on n’a pas de vacances ou quand on passe nos vacances à élaborer des programmes. Je crains l’état de certains professeurs à la rentrée, psychologiquement, j’espère qu’ils vont tenir. Alors quand on met tout cela bout à bout, effectivement, je suis très inquiète pour la rentrée de septembre. Alors, il a été question de nous sanctionner, les derniers grévistes de la dernière heure qui ont retenu les copies du bac. Il a été question de blâme, d’avertissement, de cette question de dix à quinze jours de salaire en moins. Manifestement, ça a déjà fait jurisprudence et il serait illégal de nous enlever tous ces jours de salaire. On a déjà vu des enseignants à la fin de l’année dans un état psychologique assez alarmant. On a notamment un collègue qui, suite à tout cela, a fait un burn-out en fin d’année. Une équipe d’enseignants s’est même entendu dire à la fin de l’année par le proviseur « Bon écoutez, je vous souhaite bon courage, mais ça va aller quand même ? » avec un air assez inquiet en regardant ses enseignants, quand il a pris conscience de tout ce que cela signifiait pour la rentrée prochaine, de la quantité de travail que ça allait impliquer, du fait aussi qu’on allait se retrouver avec des classes à trente-cinq. Parce que quand en plus on est dans un lycée avec une population en difficulté, les avoir à trente-cinq par classe, ça va être très difficile à tenir. Et sans parler de la difficulté des programmes en première notamment dans les spécialités. On ne sait pas comment ça va être géré à la rentrée, mais ça va être très difficile. Notamment en mathématiques, quand vous savez que je vais me retrouver dans une même classe avec ceux qui étaient en forte difficulté de première économique et sociale dans l’ancien système, avec les très bons scientifiques qui faisaient première scientifique de l’ancien système, je serai dans des spécialités à vingt-cinq. Mais on sera dans un niveau de classe très hétérogène. Avec des anciens ES qui vont se retrouver en très grande difficulté quand je vais leur parler de vecteurs, de composés de fonctions avec des exponentielles. Je crains que ces élèves-là soient dégoutés complètement des mathématiques et qu’ils ne reprennent pas du tout de mathématiques qui seront pour eux en option l’année d’après. Et qu’en sera-t-il quand ils arriveront dans des facs d’économie ? Ou même s’ils veulent aller en école de commerce, je pense qu’on leur fermera la porte.

 

 

 

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